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Une victoire de Syriza en Grèce, une chance pour l'Europe ?

Un spectre hante l’euro(pe). L’idée d’une arrivée au pouvoir en Grèce d’Alexis Tsipras et de Syriza agite une nouvelle fois les marchés et les chancelleries. Après des années de purges, les Grecs semblent en effet vouloir sortir de l’austérité imposée par Bruxelles. Avec des risques pour la monnaie européenne mais peut être aussi l’espoir d’un redécollage des économies grecque et européenne.
Article rédigé par Pierre Magnan
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Drapeaux européen et grec sur fond d'Acropole. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)
Alexis Tsipras, le leader de Syriza, entend mettre un terme à la politique d’austérité qui appauvrit le peuple grec dans des proportions inimaginables en France. Syriza veut «l’annulation des mémorandums (les programmes édictés par la troïka, NDLR) de rigueur et leur remplacement par un plan de développement qui favorisera la restructuration productive». Depuis l’imposition de cette politique, la dette grecque est passée de 120 à 175% du PIB et tous les voyants économiques sont dans le rouge même si l’actuel gouvernement affirme que la reprise est là. Un constat partagé par le prix Nobel d’économie Stiglitz  «En Grèce, le ratio dette-PIB a augmenté en raison de la politique d’austérité». 


Si dans son discours, Syriza affirle ne pas vouloir sortir de l’euro, il entend bien relancer l’économie grecque. «Une cinquantaine de mesures ont été annoncées, allant du rétablissement de fonctionnaires à une réforme des licenciements jugés anticonstitutionnels, en passant par la hausse du salaire minimum ou l’attribution d’aides sociales aux foyers les plus défavorisés. Le coût de ce programme est évalué à quelque 12 milliards d’euros», estimait le Monde début janvier. De quoi faire tiquer les partenaires de la Grèce en Europe mais de quoi redonner de l'espoir à une partie du peuple grec plongé dans la depression.

Un sauvetage pour la Grèce ?
La Grèce subit, depuis l’apparition de la crise financière, une politique d’austérité, de réduction des dépenses publiques extrèmement sévère dont les conséquences humaines et sociales sont difficiles à imaginer derrière la froideur des chiffres. 


ou ceux là.


Résultat, au lieu de mieux aborder l’avenir, l’économie grecque semble se volatiliser.  «A l'exception de l'effet du tourisme, les exportations ne peuvent avoir un effet favorable sur la croissance d'un pays qui était peu industrialisé avant la crise et qui l'est encore moins aujourd'hui. Il faut donc massivement investir dans l'économie grecque pour pouvoir le faire vraiment 'profiter de ses efforts '», notait le journal économique La Tribune. C’est l’idée force de Syriza. Si la Grèce a enfin touché le fond et commence à dégager un léger excédent budgétaire (hors remboursement de la dette), autant utiliser cet excédent pour relancer la machine plutôt que de s’en servir à continuer à rembourser une dette que beaucoup jugent de toute façon non remboursable.


«Le but est de libérer des fonds pour permettre à l'État d'investir et de faire face aux urgences sociales actuelles. Le parti d'Alexis Tsipras propose ainsi la création d'une banque publique d'investissement, et le lancement d'un plan humanitaire», ajoute La Tribune
 
Evidemment pour en arriver là, Alexis Tsipras doit renégocier la dette de la Grèce avec ses créanciers, en gros les institutions européennes et certains Etats membres. 

Une idée pour l’Europe ?
L’Europe a finalement financé la Grèce à fonds perdu. La Grèce a vu sa dette augmenter et rien n’indique que les fonds prêtés à la Grèce soient un jour remboursés.
 
Alors que le FMI et l’OCDE ont reconnu que l’austérité a été une mauvaise solution, seule l’UE semble continuer à vouloir imposer l’austérité à une partie de ses membres, dont la Grèce. La volonté de Syriza de mettre fin à cette austérité pourrait être un signal pour d’autres pays européens. Ce que tout le monde ne voit pas d’un mauvais œil.
 
Alexis Tsipras au congrès de Syriza, le 3 janvier 2015. (Wassilios Aswestopoulos / NurPhoto)

Même le très libéral Financial Times cite des économistes qui ne semblent pas terrifiés par l’idée d’une arrivée de Syriza au pouvoir.  «La possibilité d’un gouvernement Syriza serait moins problématique qu'on ne le craignait initialement , et peut même être un facteur positif pour la zone euro dans son ensemble», écrit le journal britannique qui ajoute que certains investisseurs ont profité du moment pour acheter 5% de la bourse d’Athènes.
 
Et le FT d’enfoncer le clou en citant le responsable du fond d’investissement Oppenheimer : «La Grèce interroge le dogme de l'austérité» , selon Krishna Memani . «L’austérité en Europe est contre-productive et pour sortir de la spirale déflationniste il faut de la souplesse sur le plan budgétaire». Vu leur état, les Grecs vont peut être jouer les avant-gardes et rallier à leur position d'autres forces européennes sur leurs positions.
 
Il est vrai que le programme de Syriza comporte des mesures de relance qui peuvent interesser les investisseurs (augmentation d’au moins 4 milliards d’euros de l’investissement public). Cette politique de relance, que d’autres réclament en Europe, pourrait démarrer en Grèce. C’est en tout cas le vœux d’Alexis Tsipras : le «changement nécessaire en Europe commence ici, en Grèce» et «il gagnera progressivement toujours plus» de pays de l'UE.
 
«Grâce à des négociations énergiques, nous garantissons une participation réellement équitable de notre pays à la zone euro, sans l'austérité que n'imposent pas les règles européennes», a déclaré le dirigeant de Syriza. Se pose alors la question de la dette et des remboursements de celle-ci. Le parti de gauche grec souhaite «l’effacement de la majeure partie de sa valeur nominale».
 
«Une demi-décennie perdue se transforme rapidement en une décénnie entière», explique Jospeh Stiglitz à propos des cinq années de dépression que vient de vivre la Grèce et une partie de l'Europe. «Derrière les froides statistiques, des vies sont ruinées, les rêves sont brisés, et les familles s’enfoncent alors que la stagnation - la dépression dans certains endroits - progresse année après année», analyse le prix Nobel 2001 qui appelle l’«Europe à arrêter la folie et à renverser l’austérité».
 
La dette étant en partie détenue par des institutions européennes, Syriza estime que l’effacement d’une partie de celle-ci se ferait sans conséquences. Mais il s’agit d’un débat qui existait avant même l’idée d’une victoire de Syriza. «Le FMI considère que la dette du pays est un sujet d'"inquiétude sérieux" et doute de sa viabilité tant l'évolution de l'économie à moyen terme reste incertaine. Dans ce contexte, le FMI, une fois de plus, lance un appel à l'UE afin qu'elle abandonne une partie de ses créances: "Il est essentiel que les partenaires européens de la Grèce réaffirment leurs engagements sur la gestion de la dette en se tenant prêts à octroyer un allégement supplémentaire pour la maintenir sur les rails"», selon l'organisation internationale, écrivait Le Figaro en juin dernier.

De nombreux économistes ont noté la différence de traitement de la crise entre l'Europe et les Etats-Unis. Alors que l'UE stagne, la politique de relance, tant monétaire que budgétaire, menée par Washington se traduit dans les chiffres. 

 
Pour Joseph Stiglitz, la question de la relance dépasse largement la Grèce. «La question n’est pas la Grèce. C’est l'Europe. Si l'Europe ne change pas ses moyens - si elle ne réforme pas la zone euro et n’abroge pas l'austérité – une réaction populaire deviendra inévitable. La Grèce peut maintenir le cap cette fois. Mais cette folie économique ne peut pas continuer éternellement»
 

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