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Crise en Grèce : le pari risqué de Bruxelles pour éviter un "Grexit"

Face au blocage de la situation, l'Union européenne modifie sa stratégie. Les dirigeants militent pour le "oui" au référendum organisé dimanche. Ils espèrent ainsi voir un nouveau gouvernement formé en Grèce, qui permettrait une reprise des négociations.

Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 29 juin 2015 à Bruxelles (Belgique). (WIKTOR DABKOWSKI / AFP)

La spectaculaire rupture des négociations avec Athènes, ce week-end, a obligé les responsables européens à s'adapter. Mise sous cloche du système financier, victoire du "oui" au référendum en Grèce et reprise des négociations : voilà le nouveau pari, à haut risque, des Européens pour empêcher une sortie de la Grèce de l'euro, lundi 29 juin. En quoi consiste ce nouveau positionnement ? Eléments de réponse.

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Des dirigeants européens en campagne pour le "oui" 

Pour sortir du blocage, les Européens ont décidé de jouer le jeu du gouvernement d'Alexis Tsipras en entrant dans la logique du référendum, et en faisant campagne pour le "oui". Annoncée dans la nuit de vendredi à samedi par le Premier ministre grec, cette consultation, qui doit permettre aux Grecs de valider ou non la dernière proposition d'accord faite à Athènes par les créanciers (UE, FMI, BCE), a surpris les dirigeants européens. Mais ces derniers en ont pris leur parti et s'invitent dans la campagne électorale, en disant clairement aux Grecs : vous votez pour ou contre votre présence dans la zone euro, voire dans l'Europe.

"Je demanderai aux Grecs de voter 'oui'", a déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, tandis qu'"un 'non' voudrait dire, indépendamment de la question posée, que la Grèce dit 'non' à l'Europe". "L'enjeu, c'est de savoir si les Grecs veulent rester dans la zone euro", ou "s'ils prennent le risque d'en sortir", a abondé François Hollande.

Selon un sondage Kapa research pour l'hebdomadaire Vima, réalisé avant l'annonce du référendum, 47,2% des Grecs sont pour un accord et 33% contre, 19,8% ne se prononçant pas. Un second sondage, de l'institut Alco, donne lui aussi l'avantage aux partisans d'un accord avec l'Europe, à 57% contre 29%. 

L'UE espère un remaniement du gouvernement grec

Les dirigeants de l'UE sont en conflit ouvert avec Alexis Tsipras. Au point de vouloir l'écarter du pouvoir ? Pour Paul Krugman, prix Nobel d'économie, les Européens "ont fait à Tsipras une offre qu'il ne pouvait pas accepter, et l'ont sans doute fait sciemment". D'après l'économiste, qui publie un billet sur le New York Times (en anglais), "l'ultimatum [des créanciers] était une stratégie pour remplacer le gouvernement grec", qui appelle à rejeter les conditions des créanciers.

L'objectif des Européens, suivant le billet de Paul Krugman, serait de provoquer la chute de Syriza, arrivé au pouvoir en janvier sur la promesse d'une politique anti-austérité. Puis de reprendre les négociations avec un gouvernement technique ou une majorité plus favorable aux propositions des créanciers.

"Le gouvernement s'est engagé à mettre en œuvre le verdict du peuple", a assuré le ministre des Finances, Yanis Varoufakis. Si les Grecs "veulent que nous signions [l'accord], nous le ferons, même avec un remaniement ou une autre configuration au niveau du gouvernement", a-t-il ajouté, laissant entendre que le sort de l'équipe dirigeante est en jeu.

La BCE et le FMI devront se montrer conciliants

Le maintien d'Athènes dans la zone euro, si l'échéance due au 30 juin au FMI n'est pas honorée, impliquerait toutefois "de commettre des entorses vis-à-vis de l'orthodoxie financière", estime Philippe Waechter, économiste en chef chez Natixis, pour "trouver des solutions à court terme". Les gardiens du temple, BCE et FMI, devront se montrer conciliants, ce qui est loin d'être acquis.

La BCE devra ainsi maintenir les banques grecques à flots malgré le probable défaut de paiement au FMI, mardi ou mercredi. Le Fonds monétaire international, lui, "n'a pas de problèmes de trésorerie. Il informera son conseil d'administration que la Grèce n'est pas à jour", estime Nicolas Véron, chercheur à l'institut Bruegel, mais cela prendra du temps.

Si l'incertitude politique se prolongeait en Grèce, cette position serait cependant plus difficile à tenir. Et surtout, rien ne dit que le scénario de Bruxelles, pariant sur l'attachement des Grecs à l'euro et à l'Europe, se vérifiera dimanche.

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