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Grèce : les retraités entre déception et humiliation au moment de retirer leur pension

Jusqu'à vendredi, les retraités qui n'ont pas de cartes bancaires peuvent aller retirer 120 euros maximum dans les banques, qui ont été rouvertes pour l'occasion.

Article rédigé par
Envoyée spéciale à Athènes (Grèce) - Elise Lambert
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Des retraités attendent de retirer leur pension devant une banque à Athènes (Grèce), le 1er juillet 2015. (AYHAN MEHMET / ANADOLU AGENCY)

En général, Kostas, 85 ans, ne se lève jamais aux aurores. Pourtant, mercredi 1er juillet, il est arrivé vers 7 heures, près d'une heure avant l'ouverture de la banque la plus proche de chez lui, à Athènes, pour pouvoir retirer une partie de sa pension.

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Le montant maximum est fixé à 120 euros par retraité pour cette semaine, pas un euro de plus. Le reste de la pension pourra être récupéré la semaine prochaine. Mais aucun retraité n'est certain de pouvoir le faire. Car, entre-temps, le référendum du dimanche 5 juillet, qui pourrait décider du sort des pensions de retraite, sera passé par là.

Quelques euros pour finir la semaine

Le gouvernement grec a permis la réouverture d'un millier de banques dans le pays pour permettre aux retraités qui ne disposent pas d'une carte bancaire de retirer leur pension. Mais dans la nuit de mardi à mercredi, il a publié un communiqué autorisant les seuls retraités dont les noms commencent par un "A" ou un "I" à venir retirer leur pension ce jour-là. "Evidemment, moi je n'étais pas au courant, déplore Kostas derrière ses lunettes noires, son livret bancaire à la main. Du coup, j'ai attendu une heure pour rien. Je vais devoir encore patienter une semaine avant de récupérer de l'argent, et il ne me reste que quelques euros pour finir la semaine." Mécanicien de profession, Kostas touche 600 euros par mois, une des retraites les plus basses du pays. "On ne peut pas dire qu'on vit bien avec cette somme. On survit tout au plus", souffle-t-il.

Devant les banques, les files d'attente, devenues habituelles aux guichets automatiques, ont changé d'allure. Des rangées de personnes âgées, le pas lent, avec leur canne ou leur déambulateur, patientent plus ou moins calmement. Le gouvernement a garanti un passage prioritaire pour les plus fragiles. "Je suis venue à la place de mon père, qui ne peut pas marcher, confie Evie. Il est complètement isolé, il ne peut plus bouger. Je ne comprends pas ce qui nous arrive, c'est la pire situation que j'aie vécue depuis cinq ans."

Le gouvernement a prévu que les retraités les plus fragiles puissent toucher leur retraite en priorité. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

La plupart des retraités grecs ne possèdent pas de carte bancaire et ne vivent au quotidien qu'avec du liquide : "Vous vous rendez compte, normalement,  je dois toucher une retraite de 1 300 euros et on ne me donne même pas la moitié !, enrage un retraité, en brandissant ses billets de 10 euros. De qui se moque-t-on ?"

Un retraité s'indigne des 120 euros retraite qu'il a pu toucher mercredi 1 juillet à Athènes. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Silencieux, mais le regard appuyé, quelques personnes approuvent. D'autres n'écoutent même pas et préfèrent guetter la prochaine entrée dans la banque. "Il n'y a pas que les retraités qui sont en difficulté !, crie un jeune passant aux retraités. Tout le pays souffre !"

La police a dû intervenir à la suite de bousculades devant certaines banques. Michalis, 79 ans, a été obligé de changer de banque car des personnes dans la queue ont commencé à s'écharper. Mais globalement, "les gens sont restés calmes, confie Manolis, un employé de banque. Ce matin, nous avons reçu 160 personnes, la plupart ont retiré le maximum et sont partis immédiatement." Contrairement aux consignes émises par le gouvernement, la banque de Manolis a choisi de ne pas mettre en place la sélection alphabétique : "On ne le dit pas, mais on ne trouve pas ça correct. Ici, toutes les personnes qui viennent sont servies."

Solidarité entre générations

La Grèce est un des pays de l'Union européenne qui compte le plus de retraités : 20,5% de sa population a plus de 65 ans, et le pays leur consacre 13% de ses dépenses publiques. En janvier, la retraite moyenne des Grecs s'élevait à 713 euros par mois et la complémentaire à 169 euros. Depuis 2010, avec le début de la mise en place du premier plan de sauvetage du pays et les plans de rigueur successifs, le montant de la retraite n'a cessé de reculer. De 10% au total pour les retraites les plus faibles (environ 500 euros) à 45% pour les plus élevées (3 000 euros). 

En conséquence, les familles grecques se réorganisent. "Pour ceux qui comparent nos pensions à celles des autres pays, il ne faut pas oublier une chose, explique une jeune fille. Ici, il existe une grande solidarité entre les générations. Les 120 euros par semaine, les retraités les partagent avec leurs enfants, petits-enfants qui sont aussi en grande difficulté." Près de la moitié des ménages grecs vivent de la pension de retraite d'un des membres de leur famille, selon une étude de la Fédération des commerçants et artisans (GSEVEE) réalisée en 2014.

Mais plus encore que la "déception" face à leur maigre retrait du jour, c'est ce sentiment d'"humiliation" qui domine chez les retraités. "Faire la queue pendant des heures, devant les caméras et les touristes, c'est encore ça le plus difficile", lance une femme âgée, juste avant de rentrer chez elle.

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