Face à la crise, la télévision publique grecque cesse d'émettre

Athènes a décrété l'arrêt immédiat des programmes des chaînes et de la radio.

La journaliste Elli Stai présente le dernier journal télévisé sur la chaîne publique grecque ERT, le 11 juin 2013.
La journaliste Elli Stai présente le dernier journal télévisé sur la chaîne publique grecque ERT, le 11 juin 2013. (JOHN KOLESIDIS / REUTERS)

La Grèce n'a plus de télévision ni de radio publiques. Pour faire des économies, le gouvernement grec a annoncé, mardi 11 juin, la fermeture immédiate du groupe audiovisuel public ERT "à la clôture des programmes". La diffusion d'ERT s'est arrêtée vers 22h30, heure de Paris, quelques heures seulement après l'annonce de la décision. "La diffusion d'ERT s'arrêtera après la fin des programmes ce soir", avait déclaré le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, soulignant qu'ERT, composé notamment de trois chaînes et d'une radio publiques employant plusieurs milliers de personnes, constitue "un cas exceptionnel d'absence de transparence et de dépenses incroyables. Et tout ceci prend fin maintenant".

Pourquoi cette mesure soudaine ?

Cette nouvelle a été annoncée sans préavis, alors que les chefs de file de la troïka des créanciers de la Grèce (UE, BCE et FMI) sont à Athènes. ERT appartient aux multiples organismes d'Etat qui devaient être restructurés ou fusionnés, en vertu du protocole d'accord signé entre la Grèce et ses bailleurs de fonds.

D'après le plan de sauvetage financier mis au point par l'Union européenne et le Fonds monétaire international, la Grèce doit lever au moins 1,8 milliard d'euros d'ici à la fin septembre par le biais de privatisations, avec un objectif d'au moins 2,5 milliards d'euros d'ici la fin de l'année. 

Le gouvernement avait par ailleurs rendu public dans la journée un texte législatif autorisant l'arrêt du fonctionnement d'un organisme public en cas de fusion ou de restructuration. La veille, les responsables de la troïka ont eu un entretien avec le ministre de la Réforme administrative, Antonis Manitakis, sur la restructuration du secteur public.

Que va-t-il advenir des salariés ? 

Le porte-parole du gouvernement a précisé que l'organisation publique rouvrirait sous une autre forme, avec un nombre de salariés considérablement réduit. Tous les employés actuels, au nombre de 2 700 selon les médias grecs, recevront une compensation et seront autorisés à postuler à un emploi dans la future structure. 

"ERT appartient au peuple grec ... C'est le seul média indépendant et la seule voix publique, qui doit rester dans le domaine public (...). Nous condamnons cette décision soudaine", a déploré le syndicat GSEE. Selon les syndicats, en fermant ERT, le gouvernement remplit d'un coup l'objectif assigné par les créanciers de la Grèce de supprimer 2 000 emplois publics d'ici à la fin juin : une "solution facile pour répondre aux exigences de la troïka", souligne le syndicat Poesy, tandis que la Confédération des fonctionnaires du service public Adedy a qualifié le texte législatif de "coup d'Etat"

Comment l'annonce a-t-elle été reçue ?

"C'est un choc total", commente un journaliste de la rédaction, Pantelis Gonos, tandis que des centaines de personnes ont afflué autour du siège de la télévision publique, dans la banlieue nord d'Athènes. "Le gouvernement, sans consultations ni discussions, a choqué tout le monde en annonçant la suspension à minuit de la télévision, tous les écrans vont être noirs et personne ne sait quand elle rouvrira", poursuit le journaliste.

Le syndicat de journalistes Poesy a quant à lui appelé à une grève immédiate de soutien dans les médias privés.