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Fukushima : fuites et pannes en séries autour de la centrale nucléaire

Depuis le séisme qui a touché le Japon le 11 mars 2011 et provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima, la situation n'est toujours pas réglée dans la centrale. Un réservoir a laissé s'échapper lundi 300 tonnes d'eau radioactive qui s'est répandue en flaques et dans le sol, un incident classé comme "grave" par les autorités. De l'eau radioactive continue aussi de se déverser dans le Pacifique, et les réacteurs ne sont toujours pas refroidis.
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France Télévisions
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  (Maxppp)

Nouvelle alerte à Fukushima : cette fois, c'est la fuite d'un réservoir de stockage qui suscite des inquiétudes. 300 tonnes d'eau radioactive se sont répandues en flaques et dans le sol du site de la centrale nucléaire, à 500 mètres du rivage de l'océan Pacifique.

L'autorité de régulation nucléaire japonaise a évalué au "niveau 3" cet "incident grave" sur l'échelle internationale des événements nucléaires, allant de 0 à 7. "C'est la première fois depuis l'accident que la nouvelle autorité de régulation nucléaire japonaise diffuse une alerte internationale ", a constaté Frédéric Charles, le correspondant de France Info au Japon.

Frédéric Charles raconte que la radioactivité mesurée à environ 50 cm au-dessus de ces flaques est d'environ 100 millisieverts par heure. Un ouvrier qui
serait exposé à ce niveau accumulerait en une heure la dose maximale autorisée
en cinq années actuellement au Japon pour les travailleurs du secteur
nucléaire.

"Il y a 10 jours, Tepco a admis, après avoir affirmé le contraire depuis des mois, que 300 tonnes d'eau radioactives s'échappent de la centrale pour s'écouler dans l'océan Pacifique, et cela depuis deux ans."

La compagnie d'électricité qui exploite le site de Fukushima continue de refroidir les réacteurs et les piscines qui contiennent des milliers de barres de combustiles. Une opération qui produit chaque jour près de 400 tonnes d'eau hautement contaminée. Tepco décontamine certes une partie de cette eau, mais comme les niveaux d'eau ne baissent pas dans les sous-sols de la centrale et que les capacités de stockage sont limitées, la centrale se sert de l'océan "comme d'une poubelle ", juge Frédéric Charles.

Une catastrophe qui dure

Depuis deux ans, les avaries autour du site de Fukushima n'ont jamais cessé. Le refroidissement des réacteurs et des piscines est toujours en cours, rendant la situation sur le site très instable.

En juillet dernier, Tepco a constaté une forte hausse du niveau de césium radioactif dans un puits de prélèvement situé entre les réacteurs et la mer : d'après le site de l'Association Santé Environnement France (Asef), les taux de césium avaient été multipliés par 90 en trois jours

Des chiffres embarrassants pour la compagnie électrique Tokyo Electronic Power, déjà au coeur d'une polémique sur le nettoyage du site : au mois de janvier 2013, le gouvernement japonais a été obligé de présenter publiquement ses excuses, la presse ayant révélé que l'opération était bâclée par des sociétés privées.

Nouvelle polémique quelques mois plus tard avec deux pannes en mars et en avril 2013 dans le système de refroidissement. Liés selon Tepco "à des travaux sur le site ", les incidents sont vite réparés mais interrogent sur la maîtrise réelle de la situation par la compagnie japonaise.

Preuve que rien ne change vraiment à Fukushima et alors que Tepco affirme régulièrement que la situation sur place est "stable ", l'état d'urgence a été décrété début août - soit plus de deux après les premiers incidents - déjà en raison des fuites de réservoirs de stockage.

L'environnement naturel gravement touché

La faune et la flore locales n'ont pas été épargnées par la catastrophe : en août 2012, des chercheurs japonais avaient constaté des mutations génétiques sur des papillons.

A l'automne 2012, c'est la revue américaine Science qui a mesuré des niveaux de césium anormalement élevés sur des poissons et des crustacés de la région. Rien n'a visiblement changé, puisque en janvier 2013, un poisson pêché à des fins de contrôle a présenté un niveau de contamination radioactive plus de 2.500 fois supérieur à la limite légale fixée par le Japon.

Premiers cas de cancers recensés

L'université médicale de Fukushima a lancé un suivi épidémiologique des 360.000 enfants de la préfecture : près de 40 % présentent aujourd'hui des kystes et des nodules à la thyroïde. Il y a trois cas de cancer avérés et sept supposés. Et le bilan pourrait s'aggraver, puisque c'est généralement dans les cinq ans suivant une catastrophe de ce type que l'on peut établir un bilan sanitaire fiable.

Aujourd'hui, la centrale de Fukushima est cernée par une zone d'exclusion de 20 km et une zone de confinement de 30 km. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées, et ne pourront jamais regagner leur domicile. Quant à savoir quand les autorités japonaises maîtriseront totalement la situation sur place, c'est une question à laquelle personne ne peut répondre aujourd'hui.

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