Présidence française de l'Union européenne : Emmanuel Macron aura "plus la position de faiseur de compromis que d'aiguillon"

Selon Florent Parmentier, secrétaire général du Cevipof, enseignant à Sciences Po, c'est "le variant Omicron qui sera peut-être l'un des juges de paix de cette présidence française".

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Emmanuel Macron, le 17 décembre 2021, à Bruxelles. (JOHN THYS / POOL)

La France a pris, samedi 1er janvier, pour six mois la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne qui représente les intérêts des 27 Etats membres face à la Commission et au Parlement européens. Pendant cette présidence, Emmanuel Macron aura "plus la position de faiseur de compromis que d'aiguillon", a expliqué samedi sur franceinfo Florent Parmentier, secrétaire général du Cevipof, enseignant à Sciences Po. Ce sera surtout "l'occasion de faire passer un certain nombre de messages" sur ses chantiers prioritaires. 

franceinfo : Est-ce que la France peut vraiment avoir de l'influence en Europe sur certains sujets ?

Florent Parmentier : Clairement, une présidence, c'est l'occasion de faire passer un certain nombre de messages. Alors, on ne fait pas passer les messages tout seul. L'Union européenne est composée de 27 États membres. Donc, naturellement, il faut travailler avec les 26 autres Etats membres. Cela se fait à plusieurs niveaux. Cela se fait par des jeux de l'alliance diplomatique, par exemple avec le soutien de l'Allemagne, puisque le chancelier allemand s'est montré assez favorable à l'agenda proposé, et à l'ensemble des propositions qu'a pu faire Emmanuel Macron. Et puis cela se passe également dans ce qu'on appelle une triplette. La présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, c'est à horizon de six mois. Donc on peut difficilement faire avancer en six mois un certain nombre de sujets qui sont de beaucoup plus long terme. Donc la présidence française travaille avec ses successeurs : la présidence tchèque, qui aura lieu à partir du 1er juillet prochain, puis la présidence suédoise qui aura lieu après la présidence tchèque.

N'est-ce pas un peu compliqué de garder une neutralité quand on préside le Conseil de l'Union européenne ?

Cette position est plus la position de faiseur de compromis que d'aiguillon. On peut être aiguillon. Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron, à plusieurs reprises, a mis la question européenne au cœur de ses préoccupations. On se souvient que dans les élections du Parlement européen en 2019, il avait été extrêmement présent. Il a participé à travailler un peu le rapport de force au sein de ce Parlement européen, de ceux qui sont en faveur d'avancées européennes concrètes pour répondre aux défis sanitaires et aux défis économiques, pour répondre aux rivalités géopolitiques. Emmanuel Macron est extrêmement présent pour avoir une Europe souveraine. Et il peut aussi également parler des dérèglements climatiques. C'est sur cet ensemble de défis généraux qu'Emmanuel Macron va devoir se positionner, et mettre en avant sa capacité à faire des compromis, puisque c'est cela qui sera recherché lors de cette présidence.

Emmanuel Macron s'est fixé un certain nombre de chantiers prioritaires, salaire minimum, régulation des géants du numérique, instauration d'une taxe carbone sur les produits importés en Europe. Aura-t-il le temps de tout faire ?

La réponse la plus vraisemblable est : probablement pas. Puisqu'on voit bien que la question de la régulation du géant du numérique, pour prendre ce seul sujet, sont des questions assez techniques d'imposition et de taxation au niveau mondial. Et là-dessus, cela fait quelques années que les gouvernements français ont essayé d'avancer leurs pions. Même chose pour l'installation d'un salaire minimum où cela dépend de chaque État membre qui est souverain en la matière. Il peut faire avancer et faire partager un certain nombre de progressions. Peut-être aura-t-il davantage de chances sur un sujet plus consensuel qui est celui de la taxe carbone à l'extérieur de l'Union européenne. En dépit des priorités que peuvent se fixer les présidents, il y a aussi des situations politiques qui peuvent faciliter ou au contraire rendre plus compliquées l'adoption de certains textes. Il faut se souvenir à ce niveau que le variant Omicron sera peut-être l'un des juges de paix de cette présidence française.

Cette présidence française est-elle une chance ou un tremplin pour Emmanuel Macron avant l'élection présidentielle ?

Cela peut être un tremplin, tout simplement parce qu'il parlera à son cœur de l'électorat. Dans un premier tour d'une élection présidentielle, on va essayer de convaincre le cœur de son électorat. Donc, il y a là, pour lui, la possibilité de s'offrir, par la force des choses et par la nature de ses fonctions, une visibilité internationale renforcée. Il aura peut-être des résultats à proposer. Puisque l'installation d'un salaire minimum au niveau de l'ensemble des pays de l'Union européenne serait un progrès pour tous ceux qui se disent que l'Europe doit être plus sociale, que l'Europe doit protéger davantage les uns les autres. Et puis, peut-être que sa capacité à mettre en avant son sens des compromis peut lui être bénéfique.

A contrario, on peut mentionner le fait qu'il ne sera pas dans le cadre d'une présidentielle où il n'aura qu'à "expédier des affaires courantes" au niveau français. Il y aura peut-être plusieurs temps de cette présidence française. Un temps initial qui sera certainement productif et qui affichera des ambitions, deux-trois mois qui seront, avant l'élection présidentielle, probablement plus compliquées. Et puis, il ne faut pas oublier les élections législatives qui auront elles aussi des conséquences. On voit bien qu'il y aura à la fois un équilibre subtil entre des obligations politiques et des obligations plus techniques dont il faudra tenir compte dans le cas de la présidence française.

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