La Grèce est "complètement exsangue sur le plan social" au moment de la levée de la tutelle européenne, selon un expert

Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et spécialiste de l'Europe, était invité sur franceinfo, samedi.

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Radio France
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La place Syntagma à Athènes. (JEAN-MARIE PORCHER)

La surveillance renforcée de la Grèce par la Commission européenne a "sauvé le pays et la zone euro. Mais douze ans après", le pays est "complètement exsangue sur le plan social", a affirmé ce samedi 21 août sur franceinfo Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et spécialiste de l'Europe. La tutelle européenne, mise en place pour la Grèce à la suite de la crise économique de 2010, a été officiellement levée ce samedi.

franceinfo : La Grèce ressort-elle la tête haute de cette surveillance de la Commission européenne ?

Patrick Martin-Genier : Non. Ce plan a certes sauvé la Grèce et la zone euro, mais douze ans après, on a un pays complètement exsangue sur le plan social. Les retraites ont considérablement diminué, des milliers de jeunes ont quitté le pays, le salaire minimum n'atteint même pas les 750 euros... C'est véritablement une catastrophe sur le plan social. Et la dette est toujours aussi élevée.

Comment se portent les services publics ?

Ils sont exactement dans la même situation : 20 000 médecins sont partis, certaines administrations ont fermé, des fonctionnaires ont été licenciés, certains hôpitaux ont fermé... Et on n'a pas totalement fait disparaître la corruption. Donc malheureusement pour se faire opérer ou pour accoucher, il faut parfois attendre ou verser des dessous de table. C'est cela aujourd'hui, la Grèce : un système D qui doit faire face aux conséquences économiques et sociales de la crise.

Malgré tout, la croissance devrait être de 4 % cette année en Grèce, soit au-dessus de la moyenne européenne. Comment cela s'explique-t-il ?

Cela s'explique par le fait que la Grèce reste un pays touristique, et que cela représente des recettes considérables pour le pays. Elle va également bénéficier de plus de 30 milliards d'euros du fonds de relance de l'Union européenne, qui vont permettre des investissements dans les infrastructures, les équipements, le numérique... Donc dans tout ce qui peut être synonyme de croissance.

Cette mise sous tutelle a-t-elle suscité un sentiment anti-européen au sein de la population grecque ?

Les Grecs ont fait preuve de résilience, c'est-à-dire qu'ils sont reconnaissants envers l'Union européenne de les avoir sauvés, notamment via des investissements dans les industries touristiques, via des aides apportées suite au Covid-19... L'Europe est présente, elle a été solidaire, et je ne pense pas qu'il existe un sentiment anti-européen en Grèce.

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