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Ukraine: quelles leçons Moscou a-t-il tiré de l'accident de Tchernobyl?

Dominique Derda, le correspondant de France 2 à Moscou, revient sur l'enchaînement des événements, l'appréciation de la situation et les mesures prises par les autorités soviétiques pour faire face à la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine, le 26 avril 1986. Trente ans après, les lieux sont encore en chantier pour contenir les conséquences de cet accident nucléaire majeur.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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A l'approche du trentième anniversaire de l'accident nucléaire de Tchernobyl, un cliché, pris le 25 janvier 2016, de la nouvelle arche destinée au sarcophage du quatrième réacteur de la centrale à Pripiat. Une ville d'Ukraine devenue fantôme. (Kanshiro Sonoda/Yomiuri/The Yomiuri Shimbun/AFP)
 
Comment réagissent les autorités soviétiques lorsqu’elles apprennent ce qui vient de se produire à Tchernobyl ce 26 avril 1986?
Le premier réflexe des responsables soviétiques à l’époque, à tous les échelons du pouvoir, c’est d’ouvrir leur parapluie. Non pas pour se protéger des radiations, mais pour couvrir leur responsabilité. Les rapports qui laborieusement parviennent à Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin sont rédigés dans un style volontairement très imprécis. Officiellement, ce n’est que le lendemain de la catastrophe qu’il apprend qu’un incident grave s’est produit sur le réacteur numéro 4 et qu’il y aurait deux morts.
 
Le jeune Secrétaire général du comité central, arrivé au sommet de l’appareil du parti communiste un an plus tôt, comprend vite qu’on lui cache quelque chose. Il demande alors au KGB de lui faire un point précis. C’est là qu’il prend conscience qu’il ne s’agit pas d’un banal incident.
 
Sur place, la gestion de la crise s’organise. D’une façon très improvisée et souvent chaotique. Ceux qu’on envoie au front pour tenter de contenir la contamination, les «liquidateurs» des premiers jours, n’ont pratiquement aucune protection. Ils sont condamnés à une mort certaine.
 
Le 28 avril, la Suède détecte un niveau de radioactivité étrangement élevé sur son territoire. Or, la fuite ne provient pas de l’une de ses centrales. Très vite, les soupçons se portent sur l’Ukraine. On parle de l’arrivée à Kiev de refugiés en provenance de Tchernobyl.
 
Mais il faut attendre le 14 mai pour que Gorbatchev reconnaisse à la télévision l’ampleur de la catastrophe. Pour lui qui, dès 1985, prônait la glasnost et la perestroïka, c’est à dire la transparence et les réformes économiques, c’est l’occasion rêvée de dénoncer l’impréparation des autorités et des scientifiques. Pour autant, cette transparence a ses limites. On est toujours, ne l’oublions pas, en Union Soviétique. Et Mikhaïl Gorbatchev, tout réformateur qu’il soit, reste un pur produit du système.
 
Trente ans après, le nucléaire russe est-il toujours aussi peu fiable qu’il l’était à l’époque?
Non. La catastrophe a évidemment eu des conséquences et des mesures sérieuses ont été prises. Les Russes de Rosatom fabriquent aujourd’hui des réacteurs dont ils affirment qu’ils sont parmi les plus fiables au monde. Le pays est aujourd’hui le premier exportateur de centrales nucléaires, loin devant la France. Le problème ce ne sont pas les nouvelles centrales, ce sont les plus anciennes.

Sur les onze centrales actuellement en service en Russie, deux sont les plus préoccupantes. Celle de Sosnovy Bor, non loin de Saint-Pétersbourg qui dispose de quatre réacteurs RBMK du même type que ceux de Tchernobyl. Et celle de la péninsule de Kola dont la durée de vie, pour des raisons purement économiques, doit être une fois encore prolongée et portée à soixante ans. Ce qui suscite l’inquiétude des écologistes de l’association norvégienne Bellona.
 
Ce sont eux qui, en 2011, peu de temps après la catastrophe de Fukushima, avaient révélé le contenu d’un rapport confidentiel remis au président russe de l’époque, Dmitri Medvedev: centrales vieillissantes, une technologie qui n’aurait pas pris en compte les risques sismiques, et un manque de préparation du personnel aux accidents.
  
Que devient la centrale de Tchernobyl aujourd’hui?
Le dernier réacteur encore en service a été mis à l’arrêt définitivement le 15 décembre 2000. Le grand chantier du moment, c’est la construction de l’arche gigantesque qui, avant l’hiver, devrait venir recouvrir le réacteur numéro 4. Elle mesure 108 mètres de haut, elle a une portée de 257 mètres et pèse à elle seule pas moins de 23.000 tonnes. Un véritable défi technologique pour les groupes Bouygues et Vinci qui ont dû s’allier au sein d’un consortium créé pour la circonstance, Novarka, pour parvenir à concevoir cette structure unique au monde dont la durée de vie doit être de cent ans au minimum. Le temps pour l’Ukraine de trouver les moyens, financiers, mais aussi techniques, de procéder enfin au démantèlement du réacteur et au stockage des tonnes de déchets qui se trouvent toujours sous le sarcophage construit à la hâte à la suite de la catastrophe.

Les travaux ont pris un certain retard, parce qu'il a fallu aux ingénieurs de Novarka imaginer des solutions inédites pour éviter notamment que la structure métallique ne rouille. Car, vous vous en doutez, une fois l’arche posée au-dessus du sarcophage pas question d’envoyer des peintres gratter et repeindre les taches de rouille. La solution qu’ils ont trouvée fut de construire une sorte de faux plafond, sous le toit de l’arche, où circulera un air sec qui devrait éviter la corrosion de la charpente.

C’est la communauté internationale qui prend en charge l’essentiel du coût de la construction de cette arche. L’Ukraine est dans une situation économique et politique telle qu’elle est absolument incapable de faire face seule à un chantier de cette ampleur. Le coût prévu de l’opération était à l’origine de 1,5 milliard d’euros. Il est passé à 2,1 milliards.

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