Nominations à l'Union européenne : deux femmes à des postes clés, "une bonne nouvelle mais pour quoi faire ?"

L'eurodéputée La France insoumise Manon Aubry est revenue sur le choix des États européens, qui s'est porté sur Ursula von der Leyen pour présider la Commission européenne et Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne.

Manon Aubry, le 26 mai 2019 à Paris.
Manon Aubry, le 26 mai 2019 à Paris. (BERTRAND GUAY / AFP)

"C'est toujours une bonne nouvelle quand il y a des femmes à des postes de pouvoir, mais la question, c'est évidemment : pour quoi faire ?", s'est interrogée Manon Aubry, eurodéputée La France insoumise sur franceinfo mercredi 3 juillet. L'élue réagit à la proposition de la ministre de la Défense allemande Ursula von der Leyen et de la Française Christine Lagarde pour prendre respectivement la présidence de la Commission européenne et de la présidence de la Banque centrale. "Ce sont deux femmes de droite, deux femmes tenantes d'un libéralisme", a regretté Manon Aubry. 

franceinfo : Deux femmes aux principaux postes de l'Union européenne, c'est une bonne nouvelle pour vous ?

Manon Aubry : C'est toujours une bonne nouvelle quand il y a des femmes à des postes de pouvoir, mais la question, c'est évidemment : pour quoi faire ? Non seulement ce sont deux femmes de droite, mais deux femmes tenantes d'un libéralisme. Christine Lagarde, on la connaît bien en France mais aussi pour le rôle qu'elle a joué au Fonds monétaire international. Elle va importer en Europe et à la Banque centrale européenne les mêmes politiques qu'elle a imposées à la tête du FMI, qu'elle a imposées notamment aux pays en développement, à savoir des cures d'austérité, des coupes massives dans les budgets publics et surtout toujours plus d'ouverture au commerce international, quitte à fragiliser les États et quitte à continuer à polluer la terre entière.

La première est allemande, la seconde est française, c'est un signe que le couple franco-allemand fonctionne encore ?

Je ne suis pas sûr que le premier guide et le premier indicateur pour juger cela soit les nationalités. On peut noter, cela dit, que la domination allemande persiste, puisqu'on a aujourd'hui une Allemande à la tête de la Commission européenne et que les Allemands sont très présents dans les postes à haute fonction au niveau européen. Ce n'est pas un problème avec la nationalité allemande. C'est plutôt que les intérêts économiques de l'Allemagne, qui est un pays beaucoup plus exportateur que la France ne sont pas les mêmes que d'autres pays de l'Union européenne.

Il y a un dernier élément frappant sur ces nominations, c'est qu'hier on a fait notre rentrée au Parlement européen, nous avons siégé pendant 20 minutes attendant que le conclave européen réuni à Bruxelles se décide et envoie la fumée blanche des nominations. Le Parlement était comme pris en otage, réduit à être spectateur de ce qui se passait à Bruxelles. Ce qui pose, je pense, une question démocratique.

Le profil politique de ces nominations que vous contestez, n'est-il pas le résultat logique des élections européennes du mois de mai, où les conservateurs sont arrivés en tête ?

Bien sûr, ça dénote d'une orientation politique qui est dominante au sein du Parlement européen. Aujourd'hui, quand bien même la droite et le PPE sont dominateurs au Parlement européen et j'insiste là-dessus, le Parlement européen n'a pas été consulté sur ces nominations et on l'entend dans les bruits de couloir : il y a un vent de fronde dans certains groupes, y compris chez les socialistes et à la droite européenne qui refusent ou remettent en cause ce package global. Parce qu'on se sent littéralement pris en otage, pris en otage aussi pour la décision à la tête du Parlement européen qui doit avoir lieu aujourd'hui [mercredi 3 juillet]. Je pense que c'est l'occasion de poser la question de l'équilibre des institutions européennes.