Scandale des écoutes: Murdoch n'est "pas apte à diriger un grand groupe"

La commission parlementaire britannique chargée de l'enquête sur cette affaire se montre particulièrement sévère avec le magnat des médias dans un rapport rendu mardi.

Rupert Murdoch, le PDG de News Corporation, le 26 avril 2012 à Londres (Royaume-Uni). 
Rupert Murdoch, le PDG de News Corporation, le 26 avril 2012 à Londres (Royaume-Uni).  (JUSTIN TALLIS / AFP)

Murdoch sur la sellette. La commission parlementaire britannique chargée de l'enquête sur le scandale des écoutes au Royaume-Uni s'est montrée particulièrement sévère avec le patron du groupe de médias News Corporation, dans un rapport rendu public mardi 1er mai. Rupert Murdoch a "délibérément fermé les yeux" et "n'est pas apte" à diriger un grand groupe international, affirme-t-elle en substance dans ce document de 121 pages.

L'affaire a éclaté en juillet 2011 après la révélation selon laquelle la messagerie d'une jeune fille assassinée en 2002, Milly Dowler, avait été piratée par le journal à sensations News of the World, comme le relatait à l'époque Le Figaro. En déroulant le fil, les enquêteurs se sont aperçus que des écoutes téléphoniques illégales sur quelque 800 personnes avaient été pratiquées pendant des années par ce tabloïd du groupe Murdoch, ex-plus gros tirage de la presse britannique, fondé en 1843. Depuis, le journal a cessé de paraître et plusieurs personnalités ont été indemnisées.  

"Un aveuglement délibéré"

"Rupert Murdoch a fermé les yeux et fait preuve d'un aveuglement délibéré sur ce qui se passait dans ses sociétés et publications", estime la commission au terme de plus de neuf mois d'enquête. "Le News of the World et News International [filiale regroupant les journaux britanniques du groupe Murdoch] ont trompé la commission sur la vraie nature et l'étendue des investigations qu'ils ont affirmé avoir menées sur les écoutes téléphoniques", estime-t-elle encore.

Les onze membres de la commission soulignent qu'il appartient maintenant aux députés de décider "quelles sanctions doivent être imposées à ceux qui ont traité la commission avec mépris".

La licence du bouquet BSkyB en jeu

Fin février, James Murdoch, le fils de Rupert, a annoncé sa démission de la présidence de News International puis de celle, début avril, du bouquet satellitaire BSkyB à cause du scandale. Le rapport l'accuse d'avoir fait preuve d'une "ignorance délibérée" sur ce qui se passait au sein de l'ex-tabloïd, ce qui "soulève des questions sur sa compétence".

Cette mise en cause de Rupert et James Murdoch intervient au moment où l'Ofcom, le gendarme des médias outre-Manche, mène des investigations sur News Corporation. Objectif : s'assurer que la multinationale constitue toujours un actionnaire "apte et convenable" pour le bouquet de chaînes par satellite BSkyB, comme l'exige la loi. Si la réponse est négative, le régulateur aurait le pouvoir de retirer à BSkyB sa licence de diffusion.