Scandale de corruption en Espagne : Rajoy se défend devant les députés

Le chef du gouvernement espagnol a été contraint de s'expliquer au sujet du scandale dans lequel son nom est cité.

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, arrive au Parlement où il doit s\'expliquer sur le scandale de corruption dans lequel il est cité, le 1er août 2013 à Madrid (Espagne). 
Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, arrive au Parlement où il doit s'expliquer sur le scandale de corruption dans lequel il est cité, le 1er août 2013 à Madrid (Espagne).  (DOMINIQUE FAGET / AFP)

"Je me présente devant les députés pour fournir les clarifications nécessaires sur la situation que nous vivons." Depuis des mois, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, rechigne à répondre aux questions de l'opposition, évite les conférences de presse et laisse son téléphone sonner dans le vide. Mais, acculé par le scandale de corruption de "l'affaire Barcenas", du nom de l'ancien trésorier de son parti (Parti populaire, droite), il a dû se résoudre à prendre la parole devant le Parlement une heure durant, jeudi 1er août, pour fournir des explications.

Rajoy charge l'ancien trésorier de son parti...

Tout le pays a les yeux rivé sur son intervention lorsqu'il prend la parole : "Je viens pour démentir les mensonges et les manipulations et insinuations malignes qu'ont encouragés entre autres certains dirigeants politiques."

En ligne de mire : Luis Barcenas, l'ancien ami, celui qu'il a longtemps défendu et à qui il écrivait tendrement par texto "sois fort". "Je me suis trompé en faisant confiance à quelqu'un qui ne le méritait pas", admet-il aujourd'hui dans un exercice de contrition devant les députés. Luis Barcenas, qui a tenu pendant 20 ans les finances du parti, est en détention provisoire depuis le 27 juin pour "fraude fiscale" et "blanchiment d'argent", dans le cadre d'une enquête sur une autre affaire de corruption.

La justice a découvert qu'il avait détenu deux comptes en Suisse dotés au total de 47 millions d'euros. Il aurait versé de l'argent au noir à des dirigeants du parti, et le nom du Premier ministre est même cité. Après que Mariano Rajoy l'a lâché, il l'aurait menacé : "Tu sauras à quoi tu joues, mais je me considère libéré de tout engagement envers toi et le parti."

Devant le Parlement, Mariano Rajoy se défend. Son parti a seulement versé des "compléments de salaires" à ses dirigeants mais ceux-ci correspondaient "à un travail", jure-t-il. Ces sommes "ont été inclues dans la comptabilité. Déclarer ses revenus au fisc est une responsabilité individuelle".

... et s'agrippe au pouvoir

Depuis des mois, la position de Mariano Rajoy ne cesse de s'effriter et il ne tient plus au pouvoir que par l'extrémité de ses doigts. Selon Le Monde, les sondages sont catastrophiques pour le chef de file des conservateurs : seuls "13% des Espagnols lui font confiance" et il est contesté jusque dans son parti.

Mais Mariano Rajoy, près de basculer dans le vide, s'agrippe au pouvoir. "Rien de ce qui est lié à ce sujet ne m'a empêché ou ne m'empêchera de gouverner. (...) Rien de cela ne touche, limite ou conditionne l'agenda du gouvernement." Il en appelle au sentiment national : il faut "freiner l'érosion de l'image de l'Espagne que certains encouragent", alors que le pays est "sur le point de sortir de la récession".

Son intervention aura-t-elle convaincu les Espagnols ? Sur Twitter, ils ont surtout ironisé sur les "fin de citation", dont il a ponctué son intervention. Le hashtag #FinDeLaCita a été repris des centaines de fois.