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Pourquoi l'Irlande du Nord reste sous tension

Belfast a été le théâtre d'une nouvelle nuit d'affrontement entre manifestants protestants et forces de l'ordre. Francetv info revient sur les raisons de cette flambée de violence.

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France Télévisions
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Des unionistes protestants bloquent Newtownards Road, à l'est de Belfast (Irlande du Nord, Royaume-Uni) le 5 janvier 2013, après une manifestation.  (CATHAL MCNAUGHTON / REUTERS )

Nouveaux heurts à Belfast. Dans la nuit de mardi à mercredi 9 janvier, dans les quartiers unionistes (les partisans du maintien de l'union de l'Irlande du Nord avec le Royaume-Uni), les cocktails Molotov et les briques ont volé en direction de la police. Les forces de l'ordre ont répliqué avec de canons à eau et en tirant des balles en caoutchouc. Il s'agit de la sixième nuit de violence consécutive dans la capitale de la province d'Irlande du Nord.

La cause de ces manifestations est la même : l'Union Jack, le drapeau britannique qui flotte depuis 1906 sur le fronton de l'hôtel de ville de Belfast, n'apparaît plus sur la mairie depuis le 3 décembre. Il ne sera plus hissé que 17 jours par an lors des grandes occasions royales (notamment ce mercredi 9 janvier, pour l'anniversaire de Kate, l'épouse du prince William). Depuis ce compromis municipal entre républicains catholiques (désormais majoritaires à la mairie), favorables au rattachement à la république d'Irlande, et unionistes protestants, les manifestations pro-britanniques et les nuits de violences s'enchaînent. La chaîne publique BBC, dans un diaporama photos, revient sur le déroulement des évènements. 

Les discussions en cours entre représentants politiques et religieux des communautés protestantes et catholiques n'y changent rien. Car ces émeutes ravivent des tensions récurrentes depuis l'accord de paix de 1998. Francetv info vous explique pourquoi l'Irlande du Nord brûle à nouveau.

Parce que les unionistes se sentent menacés

Pour les partisans du maintien de l'union avec le Royaume-Uni, dont l'Irlande du Nord est une des quatre nations (avec l'Angleterre, l'Ecosse et le pays de Galles), le retrait de l'Union Jack du fronton de l'hôtel de ville de Belfast est un symbole fort. Dès le 3 décembre, juste après l'adoption de cette décision, 1 000 manifestants unionistes se sont réunis, enveloppés de leurs drapeaux britanniques, devant la mairie pour protester. Gerry Feehily explique cette réaction dans Courrier international : "Elle touche au symbole de l’appartenance au Royaume-Uni, très sensible pour de nombreux loyalistes. Majoritairement protestants, ils considèrent ce geste comme une forme de concession aux nationalistes, majoritairement catholiques, qui souhaitent une réunification de l’île avec le voisin d’Irlande du sud."

Dans un tweet, Mark Simpson, correspondant en Irlande du Nord pour la BBC, est abasourdi par cette "dévotion" , qui se manifeste jusque dans les salles de bains. 

 

Autre facteur : le déclin de la population protestante, autrefois largement majoritaire en Irlande du Nord. Selon le dernier recensement de 2011 (article en anglais) la proportion de population protestante a chuté de 53% à 48% en dix ans. Au contraire, celle des catholiques a progressé de 2 points, pour atteindre 45%. A Belfast même, les protestants sont devenus minoritaire (42%) face aux catholiques (49%). Dans un article de The Independant (traduit par Courrier international), David McKittrick le lie avec le compromis du drapeau : "Accrochés partout, les drapeaux servaient auparavant à affirmer la domination des protestants sur les catholiques, ces symboles sont à présent vus comme des actes de bravade alors que la communauté protestante de Belfast ne cesse de se rétrécir. Leur présence est moins l'affirmation d'un caractère britannique qu'un symbole sectaire."      

Parce que des groupuscules radicaux protestants exploitent la bataille du drapeau

Depuis l'été 2012, saison des marches commémoratives loyalistes – notamment les fameuses marches orangistes –, de nombreux incidents ont eu lieu. Soixante policiers ont été blessés lors d'échauffourées, début septembre. La police de Belfast a accusé les organisations paramilitaires unionistes d'encourager les incidents : "Les paramilitaires ont détourné les manifestations sur le drapeau, et retournent leurs armes contre la police. Il est tout à fait clair qu'il existe des membres importants de la Force des volontaires de l'Ulster [UVF, milice paramilitaire protestante] qui exploitent, organisent et orchestrent ces violences."

Pour le journaliste David McKittrick, dans The Independant, les émeutiers, de jeunes protestants issus de la classe ouvrière, "sont animés d'une profonde rancœur à l'égard d'un monde qui change. Ils n'y voient qu'un prétexte pour semer le trouble. Tous les ans en été, ils descendent dans la rue pour se livrer à ce qu'on appelle ironiquement des 'émeutes récréatives'."  

Parce que le chômage touche fortement la province

Avec un taux de chômage des jeunes oscillant entre 20% à 25%, la crise n'épargne pas l'Irlande du Nord. Les chantiers navals et l'industrie lourde ont cessé de recruter depuis longtemps. L'économie a du mal à se relever et l'activité touristique n'en est encore qu'à ses balbutiements. Un musée du Titanic (le paquebot a été construit dans les chantiers de Belfast entre 1909 et 1912) a ouvert ses portes en mars 2012. Mais depuis le début des émeutes, de nombreux séjours sont annulés, et les commerçant du centre de la ville s'inquiètent. 

Dans un reportage publié en septembre 2012Marianne montrait l'amertume des classes ouvrières protestantes. Elles se sentent lésées par des règles de quota entre communautés dans le secteur public et par la discrimination positive en faveur des catholiques dans le secteur privé. 

Parce que les deux communautés restent séparées

Au final, la division entre les communautés constitue le ferment de ces tensions. Malgré les accords de paix de 1998 et l'installation d'un gouvernement bi-confessionnel depuis 2007, catholiques et protestants vivent à part.

A Belfast, les quartiers sont parfaitement délimités. Parmi les plus célèbres, Shankill Road pour les protestants et Falls Road pour les catholiques. Des murs de séparation, aussi surnommés "murs de la paix", ont continué d'être érigés entre les quartiers catholiques et protestants ces dernières années. Ils sont réclamés par les habitants, qui veulent ainsi éviter les projectiles et les attaques lancées depuis l'autre camp. Il y aurait ainsi une quarantaine de "murs de la paix" dans la ville, selon le Belfast interface project, qui en a dressé une carte.

Les écoles "mixtes" (intégrant catholiques et protestants), sont peu nombreuses. Seulement 5% des élèves y étudieraient, selon le ministère de l'éducation britannique. Dans ces conditions, les rencontres entre les deux communautés sont rares, sauf dans le travail. En Irlande du Nord, en 2013, on naît et on reste républicain catholique ou unioniste protestant. 

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