Portugal: des législatives marquées par un triple échec

Abstention record et pas de majorité claire. C'est ainsi que l'on peut résumer les législatives du dimanche 4 octobre au Portugal. Certes la droite du Premier ministre Pedro Passos Coelho est arrivée en tête mais a largement perdu sa majorité absolue. Résultat, le PS – qui avait enclenché la politique d'austérité en 2011 – et les gauches alternatives sont majoritaires.

A gauche, le Premier ministre sortant, Pedro Passos Coelho, arrivé en tête des élections... mais en perdant de sa majorité absolue.
A gauche, le Premier ministre sortant, Pedro Passos Coelho, arrivé en tête des élections... mais en perdant de sa majorité absolue.

Toujours au bord de la rupture économique, le Portugal pourrait connaître des difficultés politiques à l'issue des législatives, tant la situation politique est devenue complexe.

Ces élections portugaises ont été marquées par un triple échec: celui de la confiance en une solution politique avec la hausse de l'abstention, l'échec des conservateurs au pouvoir qui, arrivés en tête, perdent la majorité absolue et l'échec de la gauche, majoritaire, incapable (pour l'instant) de s'unir.

Echec de la participation: une abstention record
Le principal gagnant de ces élections sont les abstentionnistes. Plus de 43% des électeurs ne se sont pas déplacés pour élire leurs députés, lors de ce scrutin dont les enjeux étaient pourtant importants tant la situation du pays est difficile. Il s'agirait de la plus forte abstention depuis l'arrivée de la démocratie en 1974. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette abstention. L'alternance entre droite et gauche n'a guère changé la politique et le programme du PS n'a sans doute pas enthousiasmé les électeurs.

Autre raison possible, le poids de la crise et l'absence de vraie alternance a sans doute aussi pesé. Avec 104 députés élus, la coalition de droite est loin des 116 requis pour gouverner seule. Pour le site Bastamag, l'exemple grec de cet été avec l'incapacité de Syriza à faire plier l'Europe sur l'austérité a pesé sur le scrutin : «Le message est passé à tous ceux qui oseraient remettre en cause la doxa de la troïka : cela ne sert à rien d’élire un gouvernement anti-austérité.»

Echec de la droite: en tête mais plus de majorité absolue
La coalition de droite de Pedro Passos Coelho, le Premier ministre sortant, est arrivée en tête du scrutin (38% des voix), mais ne dispose plus de la majorité absolue à l'issue du vote. Lors des dernières législatives en 2011, il avait obtenu 50% et 129 sièges. Un demi-succès pour celui qui pensait que les quelques bons résultats économiques affichés par le pays allaient suffire à masquer les difficultés des habitants.

Conscient des difficultés, le Premier ministre sortant a tendu la main au Parti socialiste en se disant prêt à négocier «les accords indispensables à la mise en œuvre de réformes importantes»...

Echec du PS: le principal parti d'opposition a été devancé
Face à lui, l'ensemble des gauches (PS, Bloc de gauche et PC-écologistes) est majoritaire mais désuni. Le PS a progressé par rapport à 2011 (+4% des voix) tandis que le Bloc de gauche a quasi doublé son score à 10% (19 sièges) et que le PC-Ecologistes (CDU) remporte 17 sièges (8% des voix).  

Portugal : demi-succès pour la droite http://t.co/aKW473t0pQ pic.twitter.com/rWb3hJ05sB
«Le PS n’avait pas rempli ses objectifs électoraux», a reconu son leader Antonio Costa. Pour le PS, le constat est aussi dur. «Avec 32,4%, M.Costa fait à peine mieux qu’un José Socrates, crédité en 2011 de 28%, les mains plongées dans le cambouis de l’austérité et déjà empêtré dans les affaires qui allaient le conduire en prison. L’échec d’António Costa est d’autant plus frappant que le candidat socialiste a longtemps dominé les sondages», note le journal suisse Le Courrier. En effet, le PS qui a longtemps été en tête dans les sondages n'a pas réussi à offrir une perspective satisfaisante. Entre l'austérité affichée de la droite et l'austérité douce dus PS, le message n'a pas fonctionné.

Le PS au centre du jeu pour une alliance ?
Le Bloc de gauche, que l'on peut comparer au Syriza grec, est-il pour autant le grand gagnant de ces élections. Certes, il a quasiment doublé son score passant de 5,1 à 10,2% des voix. Pour autant, cette progression pourrait ne pas déboucher sur grand chose tant les divergences avec le PS sont grandes.

Pourtant le Bloc a fait un geste d'ouverture envers le PS. «Le Bloc de gauche est disponible pour discuter d'une solution de gouvernement si le Parti socialiste accepte d'abandonner» certains points de son programme, a déclaré sa porte-parole Catarina Martins à l'issue d'une commission politique de son parti. Parmi ces points, le Bloc met en cause des coupes dans les retraites, des réduction de charges sociales dans les salaires et une mesure facilitant les licenciements.

Si la coalition ne se fait pas à gauche, la solution pourrait passer par une forme d'union nationale, passant par un accord entre le camp conservateur et le PS. Une situation que l'on retrouve dans de nombreux pays (Allemagne, Pays-bas...). Malgré son échec, le PS se retrouve curieusement au centre du jeu.