Migrants en Méditerranée : ce qu'il faut retenir du sommet européen extraordinaire

Pour s'accorder, les 28 Etats membres ont dû trouver, jeudi soir, des compromis, avec le Royaume-Uni notamment.

Le président François Hollande donne une conférence de presse à l\'issue du sommet européen extraordinaire, le 23 avril 2015, à Bruxelles.
Le président François Hollande donne une conférence de presse à l'issue du sommet européen extraordinaire, le 23 avril 2015, à Bruxelles. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Moins d'une semaine après le naufrage en Méditerranée d'un bateau avec quelque 800 migrants à bord, l'Union européenne (UE) s'est réunie lors d'un sommet extraordinaire, jeudi 23 avril, à Bruxelles. En milieu de soirée, les dirigeants européens ont pris la parole et mis fin aux rumeurs qui ont circulé toute la journée.

Après plusieurs jours de spéculation, les 28 sont arrivés à un compromis a minima, qui va permettre de renforcer la surveillance de la mer Méditerranée. Reste à savoir si cela suffira pour mettre fin au drame des milliers de migrants qui tentent la traversée. Voici les principales annonces.

L'UE va tripler le budget de l'opération Triton

Triton, c'est le nom de l'opération européenne de surveillance et de sauvetage en mer. Actuellement, son budget s'élève à trois millions d'euros par mois. "Nous voulons agir vite, ce qui signifie tripler les ressources financières", a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel. "Nous avons triplé Triton, alors que la proposition était de le doubler", a souligné le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Concrètement, cela signifie davantage de navires, d'avions, d'hélicoptères et de personnel. Angela Merkel a confirmé que l'Allemagne était prête à mettre à disposition deux navires, et la Belgique un. La France a indiqué qu'elle allait fournir un navire patrouilleur, un remorqueur de haute mer et des avions de surveillance.

Mais : Le Royaume-Uni a posé ses conditions, strictes. "Ce que je vais apporter aujourd’hui, c’est le navire amiral de notre marine, ainsi que trois hélicoptères, et deux autres navires, a promis le Premier ministre britannique David Cameron. Bien sûr, cette aide doit se faire à certaines conditions : cela signifie que les gens que nous recueillerons seront amenés dans le pays le plus proche, c'est-à-dire, sans doute l’Italie, et qu’ils ne puissent pas demander l’asile en Grande-Bretagne."

La France accueillera "entre 500 et 700 Syriens"

Face à l'important afflux de migrants, les 28 ont abordé le sujet de l'accueil de candidats à l'asile. Dans un premier texte confidentiel dévoilé par le Guardian (en anglais), mercredi, les leaders européens avaient envisagé d'accueillir "5 000" réfugiés. A l'issue du sommet, Angela Merkel a assuré que les pays de l'UE n'avaient "fixé aucun chiffre, parce que nous pensons que 5 000 n'est pas suffisant".

Les Etats membres se sont entendus pour "soutenir la proposition de la Commission, pour tester une répartition des migrants en cas de besoin". François Hollande a d'ores et déjà indiqué que "la France prendra sa part" en accueillant "entre 500 et 700 Syriens".

Mais : L'idée de quotas obligatoires, évoquée par l'Allemagne, est enterrée. Comme l'a exigé le Premier ministre britannique, David Cameron, la répartition des réfugiés à accueillir se fera sur la base du volontariat. 

Paris va saisir l'ONU pour intervenir en Libye

C'est une obligation, si l'UE veut tenir les promesses répétées depuis le dernier naufrage : s'attaquer aux passeurs, "esclavagistes" et "terroristes". François Hollande a indiqué que Paris et Londres allaient saisir ensemble le Conseil de sécurité des Nations unies, pour demander une intervention sur le territoire libyen.

"La décision a été prise de présenter toutes les options pour que les navires puissent être appréhendés, annihilés, a déclaré François Hollande à l'issue du sommet. Cela ne peut se faire que dans le cadre d'une résolution du Conseil de sécurité et la France prendra une initiative, avec d'autres."

Mais : Il faut convaincre le président russe Vladimir Poutine de ne pas opposer son veto. François Hollande doit évoquer la question avec lui, vendredi. Mais les deux chefs d'Etat n'entretiennent pas les relations les plus chaleureuses au monde, depuis la suspension de la vente des navires Mistral. François Hollande semble toutefois certain qu’il peut convaincre son homologue russe de ne pas opposer son veto, "à condition que nous soyons très clairs sur nos objectifs et les moyens utilisés".

Un sommet Union européenne-Union africaine à Malte

L'Union européenne et l'Union africaine vont organiser à Malte un sommet consacré à la question de l'immigration, selon le Premier ministre maltais Joseph Muscat. Le sommet réunira les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, de l'UA et de "pays clés".

Mais : Pas de réunion en urgence au programme. Aucune date n'a été fixée. Le sommet se déroulera "plus tard cette année".