Non, les migrants ne veulent pas tous rejoindre la France

Les exilés qui affluent en Europe rêvent plus du Royaume-Uni et de l'Allemagne que de la France. Voici pourquoi.

Une famille de réfugiés irakiens arrive à la gare de Munich (Allemagne), le 3 septembre 2015.
Une famille de réfugiés irakiens arrive à la gare de Munich (Allemagne), le 3 septembre 2015. (ARIS MESSINIS / AFP)

Face à l'arrivée de milliers d'exilés en Europe, la France est prête à accueillir 24 000 réfugiés sur deux ans. Ce chiffre annoncé par François Hollande s'ajoute aux 6 750 personnes dont l'accueil avait déjà été acté en juillet. Dans une interview publiée mercredi 9 septembre par Le Figaro, Nicolas Sarkozy, le président du parti Les Républicains, met quant à lui en garde contre "la désintégration de la société française" en l'absence d'une politique migratoire distinguant "migrants économiques", "réfugiés politiques" et "réfugiés de guerre".

A "l'idée que la France serait un pays extraordinairement attractif", grâce aux aides sociales notamment, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, rétorque par "la réalité des chiffres", qui montrent que "la demande d'asile a diminué l'an dernier et ceux qui veulent venir en Europe essaient de passer en Grande-Bretagne et en Allemagne". 

Francetv info vous explique pourquoi la France n'est pas un eldorado pour les réfugiés.  

Le chômage y est plus élevé qu'au Royaume-Uni

La crise économique et le chômage sont des arguments régulièrement avancés par ceux qui s'opposent à l'accueil d'exilés toujours plus nombreux. Mais c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles nombre de ces migrants ne rêvent pas de la France, mais du Royaume-Uni. En plus d'une croissance économique à faire pâlir d'envie ses voisins européens (2,8% en 2014 et 2,7% attendus en 2015), le pays enregistre un taux de chômage autour de 5,6%, contre 10,4% en France, selon Eurostat (en anglais). La situation des migrants de Calais, qui tentent de traverser la Manche par tous les moyens, le montre : le Royaume-Uni reste bien leur objectif, malgré des aides sociales inférieures à celles proposées en France.

L'Allemagne aussi, avec son taux de chômage à moins de 5%, apparaît plus prometteuse que la France. Majd Ashour, ingénieur syrien de 32 ans, travaillait chez Honda à Damas. Parti de Budapest (Hongrie) avec des milliers d'autres réfugiés, il explique à francetv info : "Je veux aller en Allemagne parce qu’il y a du travail là-bas. Je suis ingénieur et j’aime l’Allemagne pour ses voitures."  

Les petits boulots y sont plus rares

Stations service, cuisines des restaurants, réparation à domicile, ménage… La flexibilité du marché du travail britannique, où les emplois précaires sont légion, attire les migrants, explique Christian Salomé, président de l'association L'Auberge des migrants, au Huffington Post : "Comme pour les Anglais, ces petits boulots, qu'il faut parfois chercher tous les jours, permettent de survivre."

Le travail au noir y est en outre moins sévèrement réprimé qu'en France, d'autant plus qu'il n'existe pas de carte d'identité au Royaume-Uni, ce qui complique les contrôles. "Il est encore trop facile de travailler illégalement dans ce pays", avait d'ailleurs reconnu le Premier ministre, David Cameron, après sa réélection, en mai. Les migrants qui choisissent de ne pas demander formellement l'asile, pour ne pas risquer de refus, peuvent donc trouver des emplois non déclarés plus facilement.  

L'asile y est plus compliqué à obtenir

L'arrivée de milliers de migrants par la Hongrie va peut-être changer la donne, en incitant la France à mettre en place des procédures accélérées pour certains réfugiés. C'est la raison pour laquelle l'Office de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), présent à Munich à l'arrivée des réfugiés, s'adresse principalement aux Syriens et aux Irakiens, qui ont "un besoin manifeste de protection", en raison de la guerre, et "peuvent donc rapidement être admis en France pour une demande d’asile", explique Libération.

Les autres doivent s'armer de patience, car les différentes étapes peuvent durer jusqu'à deux ans. Pour Christian Salomé, c'est d'ailleurs la différence majeure entre la France et l'Angleterre : "Six mois en moyenne, contre deux ans chez nous." 

Les chiffres indiquent par ailleurs qu'une fois sur le territoire, il est plus facile d'obtenir l'asile au Royaume-Uni. En 2014, 31 475 migrants ont déposé une demande d'asile outre-Manche. C'est deux fois moins qu'en France (62 735), presque sept fois moins qu'en Allemagne (202 645), mais le taux d'acceptation y est nettement supérieur : 39%, contre 22% en France, selon Eurostat. 

Le français est une barrière à l'intégration

La langue est également capitale dans l'orientation des migrants. Et "l'anglais est le plus souvent la langue étrangère qu'ils maîtrisent le mieux", assure Hugo Tristram, responsable des réfugiés à la Croix-Rouge britannique. Et si ce n'est pas le cas, "ils mettent seulement quelques semaines à l'apprendre alors qu'il leur faut des mois pour avoir quelques tournures de phrases en français", explique la Cimade au Huffington Post.

"On a pensé à aller en Angleterre, la langue est plus simple pour nous, mais c'est compliqué de traverser la Manche", raconte d'ailleurs Majd Ashour à francetv info. Il ne parle pas l'allemand non plus, mais espère que ses notions de turc l'aideront à s'intégrer en Allemagne, où vit une importante communauté turque. La France ne fait pas partie des plans de la famille, juste de ses souvenirs. "J’ai visité Paris", plaisante son frère Mslam, 23 ans, en montrant au journaliste de francetv info son t-shirt à l'effigie de la tour Eiffel.