Naufrage de migrants dans la Manche : "Quand les contrôles sont renforcés, les personnes empruntent d'autres voies", estime un chercheur

"Ce qui s'est passé à Calais était un drame annoncé", dénonce Olivier Clochard à propos de la mort des 27 migrants qui tentaient de rejoindre le Royaume-Uni. Le géographe fait partie des signataires d'une tribune où il est écrit que "ce sont bien les États qui tuent aux frontières de l'Europe".

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Radio France
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Des policiers français surveillent la plage de Wimereux (Pas-de-Calais) d'où des migrants tentent régulièrement de partir pour rejoindre le Royaume-Uni, le 25 novembre 2021. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

"La gestion policière ne peut pas être la seule réponse aux différentes situations migratoires", estime le géographe Olivier Clochard, et membre du réseau Migreurop, mercredi 1er décembre sur franceinfo. Avec 200 autres universitaires, il signe une tribune dans Le Monde dans laquelle est écrit que "ce sont bien les Etats qui tuent aux frontières de l'Europe".  Au moins 27 personnes sont mortes mercredi 24 novembre dans le naufrage de leur embarcation dans la Manche. "Quand les contrôles sont renforcés, les personnes empruntent d'autres voies, explique Olivier Clochard. Ce qui s'est passé à Calais était un drame annoncé."

TRIBUNE >> Noyade de migrants dans la Manche : des associations appellent les autorités françaises à "changer de politique"

franceinfo : Pour vous, les Européens ne prennent pas leurs responsabilités ?

Olivier Clochard : Depuis vingt ans, les différentes études faites par mes pairs ou moi-même montrent que quand les contrôles sont renforcés, les personnes empruntent d'autres voies. Ce qui s'est passé la semaine dernière à Calais le montre. Les personnes n'ont d'autre issue que d'emprunter ces small boat pour gagner l'Angleterre.

"C'était un drame annoncé. Il y avait déjà eu plusieurs alertes faites par les associations, les chercheurs, et les ONG par rapport à ces traversées qui ont lieu depuis maintenant plus de deux ans. Rien n'a été fait."

Olivier Clochard, géographe

à franceinfo

La seule réponse, c'est une réponse policière. Or, on voit bien toute la limite de cette gestion policière de l'immigration puisqu'elle ne produit pas ses effets. Le nombre de morts ne cesse de s'accumuler au fil des années.

Il faut changer de système ?

En partie oui. La gestion policière ne peut pas être la seule réponse à ces différentes situations migratoires, que ce soit à Calais, à Lesbos ou dans le sud de l'Italie ou au détroit de Gibraltar. Il faut que l'accueil et le traitement des dossiers des personnes qui se présentent à nos frontières soient faits par des services juridiques ou sociaux, mais la réponse policière ne produit pas ses effets sinon les personnes ne pourraient plus passer les frontières... Ce n'est pas le cas, donc ce serait bien de penser à autre chose, ce que le gouvernement n'est absolument pas prêt à faire au vu des réponses qui ont été données par le ministre de l'Intérieur.

L'avion de l'agence européenne des frontières Frontex déployé au dessus de la Manche n'est pas non plus la bonne réponse, selon vous ?

Ce sont des coûts assez importants en termes de surveillance migratoire. On avait demandé notamment au ministre de l'Intérieur en 2015, Bernard Cazeneuve, d'essayer au moins d'avoir une estimation du coût que ça représentait ce contrôle frontalier et on n'a pas eu de réponse à ce jour. C'est vraiment dommage parce que ça permettrait de voir les coûts engendrés par ces différentes mesures et on verrait bien que d'autres réponses beaucoup moins coûteuses et plus humaines pourraient être proposées.

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