Migrants : "Rien n’a changé en Libye", d'après Médecins sans frontières

Le directeur adjoint des opérations de MSF s'indigne et dénonce sur franceinfo le traitement réservé aux migrants en Libye.

Des migrants à l\'extérieur du centre de détention de Tajoura, dans la banlieue de Tripoli, le 3 juillet 2019.
Des migrants à l'extérieur du centre de détention de Tajoura, dans la banlieue de Tripoli, le 3 juillet 2019. (MAHMUD TURKIA / AFP)

Selon un rapport humanitaire des Nations unies publié jeudi 4 juillet, des gardes libyens ont ouvert le feu sur des migrants près de la capitale libyenne, Tripoli, alors qu’ils essayaient de fuir le camp de détention visé par un bombardement qui a fait 53 morts et 130 blessés. Les informations, catégoriquement démenties par le ministère de l’Intérieur du pays, apportent de nouvelles preuves démontrant les conditions de détention des migrants en Libye.

Le traitement qu'ils subissent est "absolument horrible, pour plein de raisons qui vont de la traite, l'extorsion, la torture, la privation de nourriture, la privation de libertés", s’indigne Pierre Mendiharat, directeur adjoint des opérations de Médecins Sans Frontières, vendredi 5 juillet sur franceinfo. 

franceinfo : Avez-vous été surpris par ce bilan ?

Pierre Mendiharat : Ça fait des mois qu'on alerte sur la prison pour migrants de Tajoura, parce qu’elle se trouve au milieu d'un complexe militaire. Elle est donc susceptible d'être bombardée. Et ce qui s'est passé est une illustration supplémentaire du manque d'intérêt total des autorités libyennes, pour ne pas dire pire, à l'égard des étrangers sur leur sol.

Ça veut dire que les migrants sont en quelque sorte des victimes collatérales, et que ce camp de rétention n’était pas directement visé ?

On ne peut pas se contenter de dire que ce sont des victimes collatérales. Ça fait des années que la manière dont sont traités les exilés, les voyageurs, les étrangers en Libye est archi-documenté. C’est absolument horrible, pour plein de raisons qui vont de la traite, l'extorsion, la torture, la privation de nourriture, la privation de liberté, parce qu'en fait ces gens sont dans une prison, mais ils n'ont rien fait. Ils sont enfermés parfois depuis des années, et ne sont jamais présentés à un juge. C'est de la détention arbitraire. Donc, ce nouveau bombardement ne vient pas changer le tableau général. Le tableau général, ce sont déjà des migrants qui meurent par dizaines, tous les mois, en Libye. Et ça fait deux ou trois ans que c'est énormément documenté.

Les dirigeants de l'Union européenne en sont-ils conscients ?

Ils ne peuvent pas dire qu'ils n'en sont pas conscients, puisque encore une fois, c'est énormément documenté et médiatisé. Vous souvenez-vous de cette vidéo prise par une journaliste de CNN, qui montrait comment les gens étaient achetés et vendus en Libye ? Parce qu’en Libye, on achète et on vend les gens. Rien n'a changé aujourd'hui et, au contraire, le système est entretenu puisque, finalement, les autorités libyennes ont intérêt à ce que cela dure. Elles sont soutenues, et payées par l'Union européenne pour soi-disant contrôler cette migration. Mais si ça s'arrête, alors elles ne seront plus payées.