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L’Aquarius, seul bateau humanitaire au large de la Libye : "Ce n’est absolument pas suffisant"

La co-fondatrice de SOS Méditerranée, Sophie Beau, rappelle que l'ONG "reste mobilisée tant que des personnes feront cette traversée très dangereuse de la Méditerranée".

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Radio France
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L’Aquarius, affrété par l’ONG SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières, le 11 août 2017. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

La marine libyenne a annoncé, jeudi 10 août, la création d’une zone de recherche et de secours pour s’occuper seule du problème des migrations. Son accès serait interdit aux navires étrangers pour en éloigner les organisations non gouvernementales qui viennent en aide aux migrants.

L’Aquarius, affrété par SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières, est resté dimanche le seul bateau au large de la Libye. "Un seul bateau ne suffit pas", a estimé Sophie Beau, co-fondatrice de l’ONG SOS Méditerranée, lundi 14 août sur franceinfo. 

franceinfo : La Libye comme seul gendarme en Méditerranée, comme le veut l’Italie, est-ce la bonne méthode ?

Sophie Beau : L’Italie est restée seule sur la ligne de front pendant des années et des années. Face à la défaillance de l’Europe et l’absence de solidarité européenne, l’Italie est en train de dérouler toute une politique de partenariat avec la Libye pour endiguer ces flux migratoires. Nous sommes une organisation de sauvetage et sans faire de commentaires politiques, ce qui nous préoccupe, c’est de secourir ces milliers de personnes qui mettent leur vie en danger en mer pour fuir ce pays qu’ils qualifient eux-mêmes "d’enfer libyen".

C’est pour cela que vous êtes l’unique ONG qui a décidé de rester et de maintenir un bateau sur place ?

Il faut relativiser cela. Certains ont dû faire des escales et se ravitailler mais toutes les ONG n’ont pas déclaré qu’elles quittaient la zone. MSF est présent depuis 2016 sur l’Aquarius et ne s’est pas du tout retiré. Il ne faut pas dire que la Libye a banni les ONG, ce n’est pas tout à fait cela.

Les déclarations libyennes ne sont pas confirmées officiellement, il y en a eu dans la presse mais on ne déclare pas une zone de sauvetage comme cela au large de ses côtes. Les procédures internationales ne sont, pour l’instant, pas respectées.

Sophie Beau, co-fondatrice de l’ONG SOS Méditerranée

à franceinfo

Nous faisons un suivi très attentif de la situation et avons pris toutes les mesures de sécurité pour ne pas mettre nos équipes en danger. En temps normal, nous n’allons jamais dans les eaux territoriales libyennes, nous patrouillons à 20 miles nautiques, là nous nous sommes reculés à 24-25 miles, une distance de sécurité suffisante pour ne pas mettre nos équipes en danger. Nous avons déjà eu affaire à des situations délicates, avec des hommes armés mais nous ne savons pas qui ils sont. Ils se présentent parfois comme des gardes-côtes libyens mais nous restons prudents. Ils n’agissaient pas du tout comme des gardes-côtes, ils tiraient en l’air, ils faisaient sauter les migrants des embarcations, ce n’est pas comme cela que l’on sauve.

Avez-vous les moyens d’être le seul bateau de sauvetage en Méditerranée ?

Non, un bateau ne suffit pas. Il y a eu moins de traversées donc il y a probablement des choses qui se passent au départ en Libye. Mais de toute façon, un bateau n’est pas absolument pas suffisant. Déjà avec huit bateaux, nous n’arrivions pas du tout à répondre à tous les besoins. Il y a eu 2 300 morts cette année. Nous restons mobilisés tant que des personnes feront cette traversée très dangereuse de la Méditerranée.

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