L'extrême droite aux portes du pouvoir en Autriche : l'article à lire avant le second tour de la présidentielle

Dimanche, les Autrichiens vont voter pour le populiste Norbert Hofer ou l'écologiste Alexander Van der Bellen. Les deux grands partis du pays ont été éliminés dès le premier tour. Une première. 

Un homme passe devant les affiches électorales du candidat écologiste Alexander Van der Bellen (à gauche) et du populiste Norbert Hofer (à droite), le 11 mai 2016, à Vienne (Autriche). 
Un homme passe devant les affiches électorales du candidat écologiste Alexander Van der Bellen (à gauche) et du populiste Norbert Hofer (à droite), le 11 mai 2016, à Vienne (Autriche).  (HEINZ-PETER BADER / REUTERS)

L'extrême droite va-t-elle accéder au pouvoir en Autriche ? Dimanche 22 mai, plus de six millions d'électeurs vont élire celui qui succédera au président social-démocrate Heinz Fischer, arrivé au terme de ses deux mandats. La pression monte après un premier tour riche en surprises : les partis traditionnels ont été balayés et Norbert Hofer, le candidat du parti d'extrême droite, a viré en tête. Si vous n'avez rien suivi à ce scrutin, surveillé de près à Bruxelles comme par tous les pays membres de l'Union européenne, pas de panique : on vous résume tout.

Qui les Autrichiens vont-ils départager dimanche ?

Les électeurs auront le choix entre le populiste Norbert Hofer, 45 ans, et l'écologiste Alexander Van der Bellen, 72 ans. Les deux hommes ont créé la surprise en remportant le premier tour de la présidentielle, organisé le 24 avril. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le futur président autrichien ne sera ni conservateur, ni social-démocrate.

Norbert Hofer est sorti grand gagnant de cette première étape. Le candidat du Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite) a recueilli 35% des suffrages, soit le meilleur score du parti à une élection nationale. La carte ci-dessous, qui montre le parti arrivé en tête dans chaque canton, illustre l'ampleur de la vague bleue, la couleur du FPÖ :

Cet ingénieur, peu connu du public, est arrivé en tête dans huit des neuf Länder autrichiens - seul celui de Vienne lui a résisté. Il a devancé Alexander Van der Bellen, ex-patron des Verts (Die Grünen) et prof d'économie à la retraite, qui cumule 21,3% des voix.

Le candidat écologiste Alexander Van der Bellen pose devant ses affiches de campagne, le 26 avril 2016, à Vienne (Autriche). 
Le candidat écologiste Alexander Van der Bellen pose devant ses affiches de campagne, le 26 avril 2016, à Vienne (Autriche).  (LEONHARD FOEGER / REUTERS)

Les partis traditionnels, eux, ont pris une sévère déculottée. Jamais le Parti social-démocrate (SPÖ) et le Parti populaire (ÖVP, chrétiens conservateurs) n'avaient été éliminés dès le premier tour. Rudolf Hundstorfer (SPÖ) et Andreas Khol (ÖVP) n'ont obtenu qu'un peu plus de 11% des voix chacun. Leurs partis, associés au sein d'une grande coalition depuis 2008, attiraient d'ordinaire huit électeurs sur dix lors de la présidentielle, souligne Le Monde.

Le président autrichien joue-t-il un rôle primordial ?

Non, l'Autriche est un régime parlementaire. Le président ne participe pas vraiment à la gestion au quotidien du pays. Elu pour un mandat de six ans renouvelable une fois, il est normalement réduit à un rôle protocolaire et moral, au contraire du chancelier. La Constitution lui offre toutefois des pouvoirs étendus : le président fédéral est ainsi chef des armées, nomme le chancelier, peut démettre le gouvernement et dissoudre le Parlement dans certaines circonstances.

D'habitude, ces compétences ne sont guère utilisées ; or, cela pourrait changer en cas d'accession au pouvoir du candidat d'extrême droite, Norbert Hofer. Pendant la campagne, il a menacé de dissoudre le Parlement si le gouvernement ne suivait pas sa ligne, notamment sur la question des migrants. L'Express précise qu'il souhaite aussi participer aux sommets européens, un rôle d'ordinaire dévolu au chancelier.

Comment expliquer le succès de Norbert Hofer ?

Plusieurs facteurs sont à l'origine de ce raz-de-marée en faveur du candidat d'extrême droite.

La crise des migrants. Située sur la route des Balkans, l'Autriche constitue la dernière étape avant l'Allemagne pour des milliers de réfugiés. En 2015, le pays a enregistré 90 000 demandes d'asile, ce qui en fait l'une des premières terres d'accueil de l'Union européenne. Ces arrivées ont suscité le rejet d'une partie de l'électorat. La fermeture des frontières, fin 2015, n'a pas réussi à convaincre les Autrichiens. Le sujet a polarisé toute la campagne et Norbert Hofer a surfé dessus, alimentant la peur de ses concitoyens.

Le ralentissement économique. A la crise des migrants s'ajoute aussi une crise économique dans ce pays prospère. Les indicateurs révèlent un ralentissement, assure La Tribune. En avril, le chômage a atteint 9,1%, son niveau le plus haut. Dans le même temps, la croissance s'est ralentie, le déficit s'est creusé et le moral des ménages est l'un des plus bas de la zone euro.

L'usure vis-à-vis de la classe politique. Le pays traverse une grave crise politique. Pour le politologue Jean-Yves Camus, interviewé par Libération, les électeurs ont exprimé leur colère "envers un système politique bloqué" par les sociaux-démocrates et les conservateurs. "Après huit ans de coalition, les gens en ont marre", résume Gustav Gressel, chercheur au Conseil européen des relations internationales, interrogé par La Tribune de Genève.

Son profil l'a-t-il aidé ?

Oui. En s'opposant à l'Europe sur la question des migrants ou en voulant redonner la parole au peuple via des référendums, le discret vice-président du Parlement a réussi à rassembler. Tout au long de la campagne, il a pris soin d'afficher un visage affable, en évitant tout dérapage. L'homme "maîtrise son discours et (...) n'appartient pas à l'aile radicale" du parti, souligne Jean-Yves Camus.

Les électeurs ont aussi vu en lui un renouveau. Parmi les six candidats en lice, Norbert Hofer était le seul à afficher moins de 50 ans. Un sondage Public Opinion Strategies le confirme : 30% de ses électeurs disent avoir voté pour lui parce qu'il est "jeune et dynamique". Son profil lisse, loin de la surenchère xénophobe, a séduit.

Que se passe-t-il en Autriche depuis le premier tour ?

Ça valse ! Le premier tour a fait l'effet d'un "tsunami", et la coalition gauche-droite se trouve fragilisée. Les journaux évoquent même une ère politique inédite. Le 9 mai, le chancelier social-démocrate Werner Faymann a préféré jeter l'éponge, miné par la débâcle de son parti. "Est-ce que je bénéficie d'un fort soutien au sein du parti ? Je dois admettre que la réponse est non", a-t-il déclaré, en annonçant qu'il quittait aussi la tête du SPÖ.

Werner Faymann n'avait pas d'autre choix. C'est lui qui a choisi d'envoyer un de ses proches ministres au casse-pipe, "malgré des sondages inquiétants", explique Le Monde. Il s'est aussi attiré les foudres de son aile gauche à cause de la coalition avec les conservateurs. Le SPÖ a donc dû lui trouver un remplaçant. Mardi, Christian Kern a été investi par le président sortant. Le quinquagénaire n'a jamais été élu, mais jouit d'un bon bilan au sein de la société nationale de chemins de fer, qu'il dirigeait. Il a tout de suite pris position en faveur du candidat écologiste.

Le nouveau chancelier Christian Kern, un social-démocrate, a été investi le 17 mai 2016, à Vienne (Autriche). 
Le nouveau chancelier Christian Kern, un social-démocrate, a été investi le 17 mai 2016, à Vienne (Autriche).  (HEINZ-PETER BADER / REUTERS)

Norbert Hofer peut-il vraiment l'emporter ?

Difficile à dire. Dans Politico (en anglais), un expert autrichien estime que Norbert Hofer "doit être considéré comme le favori" vue son avance sur son rival. Pour lui, Alexander Van der Bellen risque d'avoir du mal à rattraper l'écart, d'autant que l'entre-deux-tours n'a pas donné lieu à un front républicain, comme le souligne Le Monde. Mais le signal positif du changement de chancelier pourrait favoriser l'écologiste. Du coup, personne n'ose établir de pronostic. Le seul sondage publié donne Hofer et Van der Bellen à égalité, indique L'Express.

Que va-t-il se passer si Norbert Hofer gagne l'élection ?

Pour la première fois, un pays membre de l'Union européenne aura un président d'extrême droite. Cela pourrait notamment affecter la gestion de l'afflux des réfugiés au niveau européen, surtout si l'ensemble de l'exécutif vire à l'extrême droite. Cela dépendra des volontés de Norbert Hofer : nommera-t-il le chef du FPÖ au poste de chancelier ? Avancera-t-il les élections législatives, prévues à l'automne 2018, alors que les sondages créditent son parti de 30% des voix ?

En Autriche, le système à la proportionnelle obligera à une coalition. Le débat agite le Parti social-démocrate, dont certains membres hésitent sur une alliance avec l'extrême droite. Le mariage n'aurait pourtant rien d'inédit : les deux partis se sont déjà alliés à l'échelon national entre 1983 et 1986. La cohabitation existe aussi au niveau local, depuis 2015. Sociaux-démocrates et populistes dirigent le Burgenland, dans le sud-est du pays, et l'expérience s'avère réussie, décrit Le Monde.

Que pense l'Europe de ce scrutin ?

Le second tour sera scruté de près par Bruxelles, inquiète de la montée des eurosceptiques. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'est rangé derrière l'écologiste Alexander Van der Bellen. En France, Jean-Marc Ayrault s'est alarmé de la situation. Seuls les dirigeants des partis populistes se sont réjouis du résultat, à l'instar du Néerlandais Geert Wilders. Sur Twitter, Marine Le Pen, autre alliée du FPÖ au Parlement européen, a salué un "résultat magnifique".

J’ai eu la flemme de tout lire. Vous me faites un petit résumé ? ;)

Dimanche, les Autrichiens vont élire leur nouveau président. Ils départageront Norbert Hofer, candidat de l'extrême droite, et Alexander Van der Bellen, candidat écologiste. Les deux grands partis ont été éliminés d'emblée, reflétant l'érosion des formations traditionnelles en Europe. Profitant des crises migratoire et économique, Norbert Hofer a recueilli 35% des suffrages. Le duel s'annonce serré, mais il fait figure de favori. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, un pays européen pourrait donc être dirigé par un populiste, au grand dam de Bruxelles.