Pour entrer en Europe, des Syriens passent par l'Arctique

Environ 150 personnes ont traversé la frontière entre la Russie et la Norvège depuis le début de l'année.

Le poste-frontière de Kirkenes, entre la Russie et la Norvège, en juin 2013.
Le poste-frontière de Kirkenes, entre la Russie et la Norvège, en juin 2013. (CORNELIUS POPPE / AFP)

Pour rejoindre l'Europe, certains Syriens fuyant la guerre dans leur pays ont trouvé une nouvelle porte d'entrée sur le Vieux Continent : l'Arctique. "Environ 150 personnes ont traversé la frontière entre la Russie et la Norvège jusqu'à présent cette année, des Syriens pour la plupart", a déclaré, lundi 31 août, Hans Møllebakken, le chef de la police norvégienne dans la ville frontalière de Kirkenes, à plus de 4 000 kilomètres à vol d'oiseau de Damas. Selon lui, "leur nombre a vraiment décollé cette année".

Alors que des milliers de leurs compatriotes s'embarquent au péril de leur vie sur des embarcations fragiles et surchargées pour traverser la Méditerranée, certains migrants empruntent des chemins plus détournés, mais moins risqués, via le poste-frontière russo-norvégien de Storskog, dans le Grand Nord de l'Europe.

Des températures de -15 °C l'hiver

En 2014, seuls une douzaine de demandeurs d'asile avaient franchi ce passage septentrional qui fut, du temps de la guerre froide, l'une des seules zones frontalières directes entre l'URSS et l'Otan. A cette latitude, les températures peuvent tomber à près de -15 °C l'hiver.

Parmi les migrants syriens, "une partie vivait en Russie depuis des années et d'autres ont pris l'avion depuis le Moyen-Orient jusqu'à Moscou, puis voyagé jusqu'à Mourmansk (grande ville du nord-ouest de la Russie) pour finalement atteindre Kirkenes", explique Hans Møllebakken. Il est difficile d'en savoir plus sur leurs motivations et leurs parcours.

Dirigée par une coalition comprenant la droite populiste anti-immigration, la riche Norvège – qui n'est pas membre de l'Union européenne, mais appartient à l'espace Schengen de libre-circulation des personnes – applique une politique d'accueil assez restrictive, surtout en comparaison à la ligne suivie par la Suède voisine. Cette dernière a reçu l'an dernier 13% des demandes d'asile déposées dans l'UE, ce qui la place au deuxième rang derrière l'Allemagne, mais elle occupe la première place une fois ces chiffres rapportés à sa population.

Une frontière traversée à vélo

Le passage de Storskog étant interdit aux piétons, certains migrants exploitent une faille dans la réglementation et traversent la frontière à vélo. "On en a qui sont passés en vélo en plein hiver", confie le numéro deux du poste-frontière, côté norvégien, l'inspecteur Gøran Stenseth. "Le froid, la neige, l'obscurité... Tout cela pose un vrai défi pour ces personnes." La police de Kirkenes dit avoir saisi une vingtaine de bicyclettes. Elle a aussi infligé des amendes allant jusqu'à 6 000 couronnes (près de 650 euros) à des Russes et à des Norvégiens multirécidivistes ayant fait passer dans leur véhicule et moyennant finances des demandeurs d'asile.

"Nous ne voulons pas que ces personnes vulnérables soient exploitées", souligne Gøran Stenseth. "Nous cherchons à déterminer si elles sont transportées dans le cadre d'un trafic organisé mais, à ce stade, rien ne l'indique", ajoute-t-il, précisant qu'il pouvait s'agir d'individus isolés, de familles ou de petits groupes. "Ceux qui arrivent ici ont l'air d'être en bonne santé et heureux d'être arrivés en Norvège."

Contrairement à ce qui peut se passer dans d'autres pays européens, les migrants ne sont pas refoulés à la frontière. Une fois celle-ci franchie, ils sont immédiatement transportés vers Oslo où leur demande d'asile est enregistrée pour être traitée. Selon les autorités de l'immigration, la Norvège a reçu un peu moins de 1 000 demandes d'asile de Syriens depuis le début de l'année.