Italie : la difficile gestion d'un afflux de migrants en hausse

Les répercussions de la crise migratoire en Europe sont particulièrement visibles en Italie. Reportage à Milan où le dispositif d'accueil, présenté jusqu'ici comme un modèle, est saturé.

Le centre d\'accueil des réfugiés de Milan est géré par l\'association Progetto Arca
Le centre d'accueil des réfugiés de Milan est géré par l'association Progetto Arca (Marco Garofalo)

L’Italie est plus que jamais en première ligne en matière de crise migratoire. Les migrants continuent d’affluer vers la Sicile, tandis que les frontières dans le nord et l’est du pays et notamment la frontière française, se sont fermées. Les effets se traduisent par un record : 160.000 migrants stationnent dans le pays. Le système d’accueil sature, en particulier à Milan, la capitale économique, jusqu’ici présentée comme un modèle.

Des allers-retours vers Milan

En cette fin septembre, les bénévoles milanais auprès des migrants ne cachent pas leur fatigue. Dans le centre géré par le projet Arca près de la gare, les matelas sont collés les uns aux autres. Selon Fabio Pisani, l’un des responsables du centre, il y a eu cet été jusqu’à 500 arrivées par jour à Milan. "Une partie de ces migrants échappent aux contrôles du ministère de l’Intérieur et remontent la péninsule jusqu’ici", précise-t-il. "Le bouche à oreille fait son travail. Milan a la réputation d’avoir de bonnes structures et stratégiquement la ville se situe près des frontières. Mais les frontières sont fermées," constate Fabio Pisani. 

Ils tentent leur chance. Ils n’arrivent pas à traverser et ils reviennent dans nos centres d’accueil.Fabio Pisani, un des responsables du centre d'accueil de migrants de Milan

Les frontières opaques se situent vers Vintimille et la France, vers Côme et la Suisse ou vers Bolzano et l’Autriche. Le résultat fait qu’après un été de débarquements continus en Sicile, 160.000 réfugiés stationnent en Italie. Amar, Syrienne, a fui son pays. Elle explique être arrivée en Sicile au mois d’août et à Milan, il y a trois semaines.

J’ai en tête de partir en Suisse ou en Allemagne où j’ai des proches. Je veux le faire pour mes enfants de 10 ans, 13 ans et 15 ans. Maintenant je voudrais qu’ils aillent à l’école.Amar, Syrienne

Un plan d'accueil corrigé à la hausse

Les migrants voulant quitter l’Italie n’y déposent pas de demande d’asile. Ils ne sont donc pas pris en compte dans le plan qui répartit les réfugiés par région. Un plan selon lequel en 2016 la Lombardie devra accueillir 24.000 réfugiés contre 21.000 aujourd’hui. La Ligue du Nord – parti d’extrême droite - qui gouverne la Lombardie s’insurge.

Simona Bordonali, adjointe régionale à l’immigration, réclame un autre calcul. "Les régions frontalières [la Lombardie et la Ligurie] ont déposé une proposition au gouvernement pour que dans le calcul des quotas de chaque région, il tienne compte de ces clandestins qui restent bloqués chez nous", explique-t-elle.

La région Lombardie est déjà celle qui accueille le plus d’étrangers. Cela, ça pose des problèmes en termes de cohabitation et d’intégration.Simona Bordonali, Ligue du Nord

De l’autre côté de l’échiquier politique, le maire de Milan du Parti démocrate a aussi saisi les autorités. Le gouvernement, lui, peste contre des voisins européens qu’ils jugent décidément peu solidaires.

A Milan, le dispositif d'accueil des migrants, présenté jusqu'ici comme un modèle, est saturé : un reportage de Mathilde Imberty
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