Avec l'arrivée de l'extrême droite en Italie, la route des migrants est de plus en plus périlleuse

Le ministre de l’Intérieur de la Ligue Matteo Salvini a fermé début juin les ports italiens aux ONG et en limite l’accès aux autres navires.

Une embarcation de migrants est secourue en mer Méditerranée, le 11 septembre 2016.
Une embarcation de migrants est secourue en mer Méditerranée, le 11 septembre 2016. (MARCO PANZETTI / NURPHOTO / AFP)

Le 12 juillet dernier, Médecins sans Frontières a décompté plus de 600 personnes noyées en Méditerranée en quatre semaines. 

La route entre la Libye et l'Italie devient de plus en plus périlleuse. En cause, la nouvelle politique du ministre de l'intérieur de la Ligue, Matteo Salvini. Depuis le début du mois de juin l'homme d'extrême droite a fermé les ports aux ONG, obligeant ainsi beaucoup de migrants à être renvoyés en Libye où ils décrivent tous des conditions de vies infernales. 

Quand tu rentres en Libye, c'est fini pour toiMoussa, un migrant de 17 ans

Parmi les migrants qui ont réussi à fouler le sol européen, Moussa un Guinéen de 17 ans est arrivé au port de Catane en Sicile, le 14 juin dernier. Lui et les 900 autres rescapés ont été secourus sur l'Aquarius, le navire de l'ONG SOS Méditerranée. C'était le dernier grand débarquement en Italie jusqu'à aujourd'hui. Avant de tenter la traversée de la Méditerranée, il a dû affronter les prisons libyennes : "Je n'ai pas mangé pendant trois semaines et j'ai été frappé", raconte Moussa (le prénom a été modifié). "On a eu de la chance (...), il y a encore beaucoup d'Africains là-bas. Il faut que l'Europe fasse quelque chose pour eux", poursuit-il.

Selon l'ONU, cette nouvelle politique a pour conséquence d'augmenter le nombre de victimes dans la Méditerranée. Depuis le début du mois de juillet et la prise en charge du secours des migrants par les garde-côtes libyens, les noyés se comptent par centaines.

Les ONG ont été éloignées et depuis il y a plus de morts en mer'Riccardo Gatti est le capitaine du navire d’Open Arms

Les ONG sont écartées loin des côtes libyennes. Selon Riccardo Gatti le capitaine du navire d’Open Arms, une ONG espagnole, les garde-côtes sont armés de kalachnikov et n'hésitent pas à frapper les migrants. "Les ONG ont été éloignées et depuis il y a plus de morts en mer", raconte Riccardo Gatti. 

L'ONU réclame un renforcement des secours en Méditerranée

Alerté sur cette situation, le Haut Commissariat aux Réfugiés a demandé plus de moyens pour secourir les migrants en Méditerranée. "Ils (les migrants) finissent tous dans les centres de détention ! Ils étaient déjà très précaires. C’est pire maintenant", explique Roberto Mignone, chef de mission pour le HCR en Libye. 

Selon lui, parmi les 17 centres officiels qui existent actuellement en Libye, certains ont accueilli jusqu'à 10 000 personnes au lieu de 6 000 en moyenne. 

Ils étaient déjà très précaires. C’est pire maintenantRoberto Mignone, chef de mission pour le Haut Commissariat aux Réfugiés en Libye

Mais il existe également d'autres centres clandestins dans lesquels de nombreux abus sont rapportés aux ONG très régulièrement. 

Dans le même temps, la fermeture de la route méditerranéenne a provoqué une chute des arrivées en Italie. Moins de 18 000 arrivées depuis le début de l’année 2018, soit cinq fois moins qu'en 2017 sur la même période.