"Aquarius" : une pétition lancée en Suisse pour que le pays lui attribue un pavillon, au "nom de la tradition humanitaire helvétique"

La conseillère nationale suisse Ada Marra rapporte, samedi sur franceinfo, qu'une pétition, lancée par un citoyen, pour que la Suisse attribue un pavillon à l'"Aquarius" circule, a recueilli plus de 22 000 signatures en une semaine.

Le bateau \"Aquarius\" dans le port de Malte, le 15 août 2018.
Le bateau "Aquarius" dans le port de Malte, le 15 août 2018. (MATTHEW MIRABELLI / AFP)

L'initiative vient d'Ada Marra. La conseillère nationale socialiste du canton de Vaud explique, samedi 6 octobre sur franceinfo, que son appel à accorder un pavillon suisse à l'Aquarius "est une démarche" qui est lancée "au nom de la tradition humanitaire helvétique". Le bateau qui a déjà perdu son pavillon de Gibraltar est menacé de perdre celui du Panama. SOS Méditerranée a appelé à des rassemblements, samedi dans plusieurs dizaines de villes de France et d'Europe, pour soutenir sa cause. Tous les manifestants sont appelés à s'habiller en orange, la couleur du bateau et des gilets de sauvetage.

franceinfo : Pourquoi souhaitez-vous que la Suisse attribue un pavillon humanitaire à l'Aquarius ?

Ada Marra : C'est une démarche inter-partis avec le centre droit et la droite. Ce n'est pas partisan en soi. On le fait au nom de la tradition humanitaire helvétique. La Suisse, ce n'est pas seulement ce que j'appelle la "Suisse S.A." avec les banques, les assurances. Évidemment, elles font fructifier la Suisse, mais c'est aussi l'éthique, notre tradition humanitaire avec les organisations internationales sur notre sol. Nous pensons que ce geste est simple, parce la Suisse n'est pas impactée comme la Grèce, la France, l'Espagne par l'arrivée des migrants. Il faudra faire la différence entre le fait d'accorder un pavillon et le fait de recevoir les migrants. Aujourd'hui pour que notre initiative ait une quelconque chance on a fait exprès de séparer les deux questions. Maintenant, je pense que la Suisse pourrait faire plus en matière d'accueil des réfugiés, mais là n'est pas la question aujourd'hui.

Pensez-vous que cette demande de pavillon au Conseil fédéral a une chance d'aboutir dans le climat politique actuel en Europe ?

La Suisse, c'est comme le reste de l'Europe. Il y aura probablement quelques difficultés juridiques, mais je crois que le Conseil fédéral et les politiques ne doivent pas se cacher derrière le juridique et doivent dire politiquement s'ils souhaitent ou pas accorder ce pavillon à l'"Aquarius". Il faut un coup de pied dans la fourmilière. Soit on le fait à la manière de [Matteo] Salvini en prenant les gens en otage dans un bateau où on les laisse mourir, et l'Europe sera complice si on ne fait rien. Ou bien, on choisit la culture de vie et de l'éthique en sauvant des êtres humains en danger en espérant que cela ait un effet sur la redistribution des flux migratoires dans toute l'Europe.

Que dit la loi suisse sur cette question. Autorise-t-elle le pays à accorder un pavillon à un navire comme l'Aquarius ?

Elle l'autorise en faisant des exceptions pour des solutions humanitaires. La difficulté va se poser au niveau de la société ou du propriétaire qui affrètent, et qui doivent être suisses. Dans ce cas-là, le propriétaire est allemand et SOS Méditerranée a son siège principal en France. Mais il y a des solutions qui devront être trouvées s'il y a une volonté politique. Je pense que la population suisse serait extrêmement fière si nos autorités, jouaient cette carte de l'éthique et de la tradition humanitaire. Il y a des personnalités représentant la Suisse dans le domaine judiciaire, politique, associatif ou religieux qui vont se manifester dans les jours à venir auprès du Conseil fédéral pour dire qu'elles soutiendront une telle demande. Il y a une pétition sur le sujet qui circule et qui en une semaine a recueilli plus de 22 000 signatures, c'est même énorme, c'est en train de cartonner. Elle a été lancée par un citoyen qui s'appelle Nicolas Morel.