A Budapest : "Les gens disent qu'on va nous emmener en Allemagne. C'est possible ?"

La Hongrie a accepté de conduire les migrants qui campaient dans l'une des gares de Budapest en Autriche. Mais de nouveaux arrivants continuent de se presser aux abords de Keleti. Reportage.

Des réfugiés embarquent dans un train pour l\'Autriche, le 6 septembre 2015 à la gare de Budapest (Hongrie).
Des réfugiés embarquent dans un train pour l'Autriche, le 6 septembre 2015 à la gare de Budapest (Hongrie). (LASZLO BALOGH / REUTERS)

Keleti a retrouvé un peu de calme. Des milliers de migrants qui se pressaient ces derniers jours dans cette gare de Budapest (Hongrie) ont quitté les lieux pour rejoindre l'Autriche et l'Allemagne. Une opération spéciale entre les trois pays a permis de les évacuer par bus et par train vendredi et samedi. Mais le chancelier autrichien l'a répété, cette solution n'est que "temporaire".

Le flux migratoire qui conduit ces réfugiés du Moyen-Orient à l'Europe de l'Ouest, lui, n'est pas prêt de s'arrêter. Dimanche 6 septembre, le campement des passages souterrains de la gare de Keleti n'est pas levé. Quelques centaines de migrants se reposent, à l'abri de tentes pour les plus chanceux, sur de simples matelas de mousse pour la majorité d'entre eux. D'autres profitent du seul point d'eau disponible pour faire leur toilette.

"Je veux retrouver ma vie d'avant la guerre"

Certains patientent sur le quai, où des affiches de fortune annoncent les prochains trains vers la frontière. Yeux bleus, cheveux plaqués vers l'arrière, un jeune Syrien de 25 ans accepte de nous parler, sans nous donner de nom. "Je suis parti d'Alep il y a deux ans. A cause de la guerre, je n'ai pas pu terminer mes études", raconte-t-il. Première étape : Istanbul, en Turquie, où il commence à travailler. "Je n'avais aucun droit en tant que réfugié, ils pouvaient me virer quand ils voulaient", poursuit-il.

Après avoir réuni la somme nécessaire, il décide de partir à nouveau, direction l'Europe. "Je veux aller en Allemagne ou en Suède, pour finir mes études. Je veux retrouver ma vie d'avant", explique-t-il dans un bon anglais. En 10 jours, et moyennant 2 000 euros, il rallie la Grèce en bateau, puis la Macédoine, la Serbie et la Hongrie. "Je suis allé très vite, je n'ai pas de temps à perdre", indique le jeune homme, avant de grimper dans un train.

"Certains y arrivent"

Pour d'autres, le voyage est plus laborieux. Hamza, 29 ans, et son groupe de 13 Syriens ont quitté Deir Ezzor il y a un mois et demi. Comme la famille d'Aylan Kurdi, il voyage avec des enfants en bas âge, ses deux neveux de 9 mois. Il a vu l'image qui a fait le tour de la planète. "Il y a des gens qui meurent dans notre pays, d'autres en mer, philosophe-t-il. Mais certains y arrivent. Il faut venir".

Le petit groupe a dépensé 1 300 dollars par personne pour traverser la Méditerranée, puis 800 euros par tête pour rejoindre Budapest. Ils n'ont plus d'argent et cherchent maintenant un moyen de rejoindre l'Allemagne à peu de frais.

"Les gens disent que le train est gratuit. C'est possible ?"

Mohamad n'a plus d'argent non plus, après avoir dépensé 4 400 dollars pour arriver jusqu'ici. Cet Afghan de 30 ans vient de tenter sa chance auprès du cordon de policiers qui contrôle l'accès au train, sans résultat. Il espère que ce n'est que partie remise. "Les gens disent que le train est gratuit, qu'on va nous emmener en Allemagne. C'est possible ?", interroge-t-il.

C'était possible hier, mais ce dimanche, rien n'est moins sûr. Les policiers hongrois laissent passer les voyageurs munis de tickets, même si leurs papiers ne sont pas en règle. Mais il n'y a plus de bus pour conduire ceux qui n'ont plus rien à la frontière. Pire, des rumeurs courent sur la fermeture prochaine de cette dernière.

Bénévole pour l'association Migration Aid Hungary, Baba, 31 ans, met les gouvernements hongrois et autrichiens en garde. "Si on ferme la frontière cette nuit, il y aura autant de gens qu'auparavant à Keleti", dit-il. Tous les jours, de nouveaux réfugiés traversent la frontière sud et entrent en Hongrie.