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Menaces de mort pour un dessin: le dessinateur Chaunu sous le choc

Pas facile d'être dessinateur de presse. Quelques mois après les attentats de Charlie, le Mémorial de Caen réunissait à l'occasion des 5es rencontres internationales du dessin de presse une trentaine de dessinateurs de plusieurs pays, dont le français Emmanuel Chaunu. Un dessinateur qui a reçu des menaces de mort pour son dessin sur Eylan et la rentrée scolaire.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Pour ce dessin (présenté ici aux 5es rencontres internationales du dessin de presse au Mémorial de Caen), le dessinateur Chaunu a reçu des menaces de mort. (Chaunu)

Le dessinateur Emmanuel Chaunu n'en est toujours pas revenu. Son dessin, à l'origine de la polémique, reprenait trait pour trait le corps du petit Eylan noyé sur la plage, mais avec, en plus, un sac à dos d'écolier. Un dessin fort qui répondait bien à la définition du dessin de presse, celui de pousser l'actualité dans ses contradictions. Ce que le texte ne peut pas faire.

«Je voulais faire un dessin qui confronte deux actualités, en rendant hommage à cet enfant mort. L'actualité de la rentrée scolaire avec ses marronniers comme le prix des cartables et autres qui revient chaque année de la même façon et celle du choc de la photo du petit Eylan mort sur une plage », raconte le dessinateur qui ne s'attendait pas à une vague de critiques pour ce dessin.

Né à Caen en 1966, Chaunu croque l’actualité depuis 1986 pour de nombreux titres de presse nationale et internationale. Il publie chaque jour ses dessins dans L’Union de Reims et Ouest-France, touchant ainsi plus d’un million de lecteurs. Il croque la vie politique en direct à la télévision, pour France 3 Normandie quotidiennement. Bref, ce n'est pas un débutant. Mais cette affaire l'a secoué. « Il s'est produit un phénomène que je n'imaginais pas », explique Chaunu. Via les réseaux sociaux, les critiques se sont multipliées allant jusqu'à des menaces de mort.

Le dessinateur signant des autographes sous forme de portrait au Mémorial de Caen (11 septembre 2015).
Moi, «je suis juste un observateur, cet enfant c'est mon fils. Pourquoi ce dessin m'a-t- il valu des menaces de mort, pourquoi ce tsunami de haine», affirme-t-il.

Pour le dessinateur, l'ampleur des réactions montrent une certaine inculture dans la compréhension des dessins. En ce 11 septembre 2015, Il fait le lien avec l'attentat de Charlie, comme si une partie de la population voyait le mal dans tout dessin. «On m'a accusé d'aider au bombardement de Daech, de me moquer de l'enfant..., alors qu'au contraire je lui rendais hommage », explique-t-il.

Pas de caricature sans culture, dit le dessinateur. Dans Ouest-France, le philosophe Michel Onfray ajoute : «Le peintre Marcel Duchamp a dit un jour "c'est le regardeur qui fait le tableau"... Un dessin de presse suppose des prérequis: de l'intelligence, de l'humour, de la subtilité, de la culture, des références.» Il semble que certains lecteurs manquent de tout ça.
 

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