Belgique : ce que l'on sait de la traque d'un militaire d'extrême droite soupçonné de "tentative d'assassinat terroriste"

Un instructeur de l'armée, proche de l'extrême droite et soupçonné de radicalisation,  est activement recherché par les forces belges de sécurité depuis plusieurs jours.

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D'importants moyens militaires sont mobilisés à Maasmechelen, le 21 mai 2021, dans le parc où aurait disparu le fugitif Jürgen Conings. (ROB ENGELAAR / ANP MAG / AFP)

Pendant quatre jours, des centaines de militaires et policiers ont sillonné le nord de la Belgique à la recherche d'un homme : Jürgen Conings. En vain. Cet ancien militaire d'extrême droite, probablement armé et donc jugé dangereux, reste introuvable. Seul son véhicule a été découvert mardi en fin d'après-midi, en lisière du parc national de la Haute-Campine, non loin de la frontière entre Belgique et Pays-Bas. Une gigantesque chasse à l'homme a été lancée dans cette réserve par les autorités belges, qui le soupçonnent de vouloir s'en prendre à des représentants de l'Etat ainsi qu'à un virologue médiatisé. Un juge d'instruction a été saisi d'une enquête pour "tentative d'assassinat terroriste", vendredi 21 mai. Franceinfo fait le point sur cette affaire.

Un tireur d'élite armé

Âgé de 46 ans, Jürgen Conings est un militaire expérimenté et connu pour sa "maîtrise des armes à feu", selon le parquet fédéral belge. Au moment de sa disparition, il était instructeur dans une base militaire à Peutie, dans le Brabant flamand, rapporte Le Soir.

A l'intérieur de son SUV abandonné ont été retrouvés quatre lance-roquettes anti-char et des munitions, a précisé le parquet fédéral. Le militaire est "probablement encore en possession d'un armement plus léger", ajoute le parquet. Il reste donc potentiellement dangereux. Il a laissé derrière lui deux lettres, l'une adressée à la police et l'autre à sa compagne, leur signifiant qu'il était "entré en résistance" et vivrait "[s]es derniers jours" comme il l'entendait. Sa petite amie l'a par ailleurs appelé publiquement à se rendre.

Les décorations militaires du fugitif ont été retrouvées mardi sur la tombe de ses parents, note la RTBF, qui souligne qu'il s'agit selon les experts d'"un signal inquiétant", symbolisant l'abandon du soldat.

Surveillé et sanctionné pour des menaces et propos racistes

Jürgen Conings est fiché par les services de renseignement militaires. Il faisait partie de la "trentaine" de membres de l'armée belge surveillés pour leurs "sympathies" avec l'extrême droite, ont fait savoir des sources officielles.

Pour la même raison, il est également fiché par l'Ocam, l'organisme belge d'analyse de la menace terroriste, depuis trois mois, a précisé le Premier ministre belge, Alexander De Croo. "Une information qui avait été transmise à la Défense", a ajouté le dirigeant libéral flamand, en appelant l'armée à "durcir absolument" ses "procédures et contrôles internes". "Appeler à la haine et à la violence c'est inacceptable, qu'il s'agisse de virologues, de scientifiques, d'adversaires politiques. C'est punissable par la loi", a aussi dit le Premier ministre.

De son côté, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, a admis au Parlement que Jürgen Conings avait fait l'objet de sanctions de sa hiérarchie en 2020 après avoir "tenu des propos racistes" et "proféré des menaces" sur Facebook. Une plainte avait même été déposée par l'état-major, classée sans suite, selon elle. Mais le suspect continuait d'avoir accès à des armes et des munitions en tant que préparateur des candidats aux missions à l'étranger. "S'il s'avère qu'il avait bel et bien une mission d'instructeur pour d'autres militaires, est-ce une fonction compatible avec son profil inquiétant ? La réponse paraît évidente et pourtant", interroge un journaliste de la RTBF. 

La polémique a poussé vendredi le gouvernement à promettre de durcir les règles d'accès aux armements pour les militaires.

Plusieurs cibles potentielles identifiées

D'après des lettres retrouvées par les enquêteurs, l'homme semble déterminé à s'en prendre à des représentants de l'Etat et à des virologues, résume l'AFP.

rgen Conings pourrait notamment s'en prendre au virologue Marc Van Ranst, l'un des experts les plus médiatiques en Belgique. Devenu la bête noire des "anti-masque" et autres opposants aux restrictions de rassemblements, ce scientifique de 55 ans est également coutumier des prises de position contre le racisme et la xénophobie et va régulièrement au clash sur les réseaux sociaux avec l'extrême droite flamande. Depuis la disparition du militaire, le virologue et sa famille sont sous protection policière.

Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, a précisé vendredi que le fugitif avait passé le soir de sa disparition "plus de deux heures dans le quartier d'une cible" potentielle, sans préciser s'il s'agissait du domicile du scientifique ou non. Les mosquées des environs du parc national de Haute Campine font également l'objet d'une surveillance accrue, rapportent les médias flamands. Un certain nombre de mosquées dans les municipalités voisines de Maasmechelen ont déjà fermé leurs portes par précaution, précise le quotidien Het Nieuwsblad (en néerlandais).

D'importants moyens déployés pour le retrouver

Un important dispositif a été déployé dans le parc national de la Haute Campine pour retrouver le suspect. Les recherches, interrompues vendredi soir, ont nécessité la fermeture d'une portion de l'autoroute E314, qui borde le parc national. Malgré le déploiement de "plus de 400 personnes" dont 250 policiers et 150 militaires belges et des renforts venus d'Allemagne et des Pays-Bas, l'homme n'a pas été retrouvé dans ce vaste espace de 12 000 hectares de forêts et de landes.

Le ratissage des trois secteurs de la réserve naturelle où le fugitif était soupçonné s'être retranché s'est terminé vendredi, mais "le travail d'enquête continue", a assuré Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral belge. Un juge d'instruction a ainsi été saisi pour "tentative d'assassinat terroriste" et "possession d'armes dans un contexte terroriste". Les recherches se poursuivent à présent dans l'environnement proche de Jürgen Conings. Son domicile a été perquisitionné vendredi soir.

Une autre perquisition a été menée au domicile de l'ancien militaire Tomas Boutens, condamné en 2014 à cinq ans de prison pour son appartenance à un groupe néonazi, selon Le Soir.

Une manifestation organisée pour le soutenir

Quelque 150 personnes se sont rassemblées à proximité du parc où a disparu le militaire pour lui manifester leur soutien, samedi 22 mai. Ces manifestants, au milieu desquels se trouvaient des enfants, avaient répondu à l'appel lancé quelques jours plus tôt sur Facebook, explique la RTBF. Créée jeudi, la page a rassemblé en deux jours plus de 10 000 membres pour défendre l'intérêt du militaire. "Sauvez notre héros. C'est un abus de pouvoir", enjoignait la description du groupe. Lors du rassemblement, des pancartes à la gloire du fugitif étaient brandies, telles que "Tous derrière Jürgenraconte Het Nieuwsblad

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