"Margaret Thatcher est une référence de l'austérité"

Rémi Pérès, auteur d'une "Chronologie de la Grande-Bretagne au XXe siècle ", revient sur la politique de la "dame de fer", morte ce lundi.

Margaret Thatcher, alors Première ministre, lors d\'une conférence de presse à Londres (Royaume-Uni), le 8 juin 1987.
Margaret Thatcher, alors Première ministre, lors d'une conférence de presse à Londres (Royaume-Uni), le 8 juin 1987. ( REUTERS)

Margaret Thatcher a succombé, lundi 8 avril, à un accident vasculaire cérébral. Diplômée de la prestigieuse université d'Oxford en chimie et en lettres, elle reste la seule femme à s'être installée au 10, Downing Street, l'adresse du Premier ministre britannique. Pour mieux mesurer son influence en Europe, francetv info a interrogé Rémi Pérès, qui est notamment membre du jury du concours de l'ENA et auteur d'une Chronologie de la Grande-Bretagne au XXe siècle - Histoire des faits politiques, économiques et sociaux.

Francetv info : Que va-t-il rester de Margaret Thatcher, qui a dirigé le Royaume-Uni durant onze ans, de 1979 à 1990 ?

Rémi Pérès : Elle a imposé une posture ferme dans les relations que la Grande-Bretagne entretient avec l'Union européenne (UE). Mais de façon plus large, elle a marqué une période forte dans les liens entre l'UE, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis, en se rapprochant nettement de Washington. Et puis elle avait ce verbe, cette sémantique très forte. On se souvient de sa fameuse phrase lancée à l'issue du sommet de Dublin en 1979 : "Je veux qu'on me rende mon argent" ("I want my money back"). Autrement dit, elle attendait des compensations de l'Europe, elle ne signait pas des chèques en blanc, comme le fait savoir Angela Merkel en ce moment.

Rétrospectivement, elle a été visionnaire. Elle est dans la continuité d'une tradition britannique de méfiance à l'égard du continent. Mais elle a été assez juste dans sa lecture de l'avenir de l'Europe : les difficultés à la construire avec un nombre croissant de pays membres, la monnaie unique, la réticence à l'ouverture de l'Union à des pays plus à l'Est. Tony Blair [Premier ministre britannique de 1997 à 2007] n'a pas dévié de cet axe. Et il y a une filiation directe entre Margaret Thatcher et David Cameron, qui reprend nombre de ses arguments.

Il y a aussi sa politique d'austérité...

Margaret Thatcher est parfaitement dans la mouvance de ce qui se faisait à l'époque, dans les années 1980. Elle est très proche des mesures appliquées par Ronald Reagan aux Etats-Unis : une tendance libérale lourde qui se caractérise par la déréglementation des chemins de fer, de l'électricité, et des services publics en général. C'est aussi le retour à l'emploi avec, par exemple, la réduction des indemnités chômage. Elle a heurté les pays européens continentaux qui n'étaient pas habitués à une telle radicalité.

Les cas actuels de la Grèce, de l'Espagne et de l'Italie font penser à ce qu'a traversé la Grande-Bretagne sous Thatcher. On revisite, vingt ans après, sa politique et on constate qu'elle est toujours d'actualité. Elle est incontestablement une source d'inspiration pour certains dirigeants européens actuels, dans sa volonté d'action et de privatisation malgré une importante impopularité. Elle est devenue une référence de l'austérité.

Est-ce que l'exemple de Thatcher peut servir d'argument aux défenseurs européens de l'austérité ?

Non. Il ne faut pas oublier que la Grande-Bretagne a profité du second choc pétrolier de 1979 et que Thatcher a accédé au pouvoir la même année. Le pays a bénéficié de la hausse des prix du pétrole et des opportunités de recherches de brut et de gaz en mer du Nord. Cette manne a duré 10-15 ans. L'embellie de la Grande-Bretagne est largement due à cela.

Mais elle a également permis au pays de laisser sous le tapis de nombreux problèmes sociaux, comme l'accès aux soins et le fossé croissant entre les plus riches et les plus pauvres. En effet, si le niveau de vie moyen des Britanniques a augmenté sous les années Thatcher, les inégalités sociales se sont fortement creusées.