Témoignages "Les cris des enfants, on ne les oubliera jamais" : à Dnipro, les souvenirs de Marioupol hantent ceux qui ont réussi à fuir

En l'absence de corridors humanitaires, les civils de Marioupol ont dû fuir par leurs propres moyens la ville, bombardée depuis le début du conflit et assiégée par les Russes depuis plus de 40 jours.

Article rédigé par
Faustine Calmel et Jérémy Tuil, édité par Théo Uhart - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Dans le plus grand centre de réfugiés de Dnipro, à l'est de l'Ukraine, 80% des volontaires et la moitié des 3000 bénéficiaires quotidiens sont de Marioupol. (FAUSTINE CALMEL / RADIO FRANCE)

"Nous sommes partis avec notre véhicule à nos risques et périls", explique Tatiana, depuis le plus grand centre de réfugiés de Dnipro, dans l'est de l'Ukraine, où 80% des volontaires et la moitié des 3000 bénéficiaires quotidiens sont de Marioupol. Elle a fui la ville martyre avec son mari ses deux filles d'un et neuf ans, il y a un mois.

"On suivait le corridor humanitaire avec nos propres moyens, mais notre colonne a été bombardée avec des missiles Grad, relate-t-elle. Les cris des enfants, à ce moment-là, on ne les oubliera jamais. La façon dont ils pleurent, la façon dont ils crient... Ca, c'est une peur que vous gardez toute votre vie." Aujourd'hui encore, inquiète, elle scrute le ciel constamment pour vérifier que rien n'en tombe. 

>> Que se passe-t-il à l'usine Azovstal, le dernier refuge des soldats ukrainiens à Marioupol ?

Comme elle, nombreux sont les civils qui ont fui par leurs propres moyens, les corridors humanitaires n'ayant jamais vraiment vu le jour de façon très organisée. Il y aurait encore dans la ville 100 000 personnes à évacuer, selon le maire de Marioupol. 

Cacher ses tatouages pour passer les checkpoints

Irina est partie une semaine avant Tatiana, le 15 mars. Elle a fait étape à Osipenko, près de Berdiansk, où elle a appris qu'aux checkpoints, les Russes obligeaient les hommes à se déshabiller pour vérifier leurs tatouages. Ils espèrent ainsi débusquer les plus patriotes. Or, le fils d'Irina porte sur le bras un immense trident, symbole de la nation ukrainienne. "S'il était passé, il aurait été déshabillé et tué, c'est sûr. Alors, on a cherché des gens pour modifier son tatouage. Ils en ont fait une croix", raconte Irina. Elle poursuit : "Quand nous sommes partis au dernier checkpoint, il y avait des soldats. L'un d'eux a remarqué que le tatouage n'était pas complètement cicatrisé. On a commencé à mentir, expliquer que le tatouage avait été fait juste avant la guerre et donc pas complètement guéri. On les a payés avec des cigarettes et nous sommes passés."

"S'ils avaient retrouvé ce tatouage de trident, c'était pour mon fils au minimum la mort directement au checkpoint, et au pire, les tortures dans des caves à Donietsk."

Irina, qui a pu fuir Marioupol

à franceinfo

Les yeux bleus d'Irina s'embuent quand elle évoque le départ de chez elle. À Dnipro, comme ailleurs, elle ne supporte plus le bruit des sirènes. Mais elle craint aussi de devoir reprendre la route, pour s'éloigner encore un peu plus de Marioupol.

Le reportage de Faustine Calmel et Jérémy Tuil à Dnipro
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