Reportage "Il faut recommencer notre vie à zéro" : des habitants de Borodyanka, au nord-ouest de Kiev, découvrent leur logement détruit

Les destructions se poursuivent en Ukraine. Le passage des troupes russes à Borodyanka a laissé une ville défigurée. Près de 40% des bâtiments ont été touchés et certains habitants n’ont plus rien.

Article rédigé par
Farida Nouar et de Fabien Gosset - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Devant son immeuble détruit par les bombes russes à Borodyanka en Ukraine, Oleskander retient ses larmes. 30 ans de sa vie partis en fumée. (photo du 29 avril 2022). (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

Des immeubles en partie effondrés, certains pulvérisés… En quittant Borodyanka, au nord-ouest de Kiev en Ukraine, les Russes ont laissé dans leur sillage une ville meurtrie et défigurée. La reconstruction commence petit à petit, mais pour certains immeubles, il n’y a plus rien à faire. Près de 40% des bâtiments sont touchés.

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"Quatre heures après que nous sommes partis, ils ont tout bombardé", raconte Oleskander qui regarde très ému son immeuble éventré. "Je suis venu voir mon appartement. J’ai mal au cœur. C’est au septième étage. Tout est détruit, constate-t-il des sanglots dans la voix. C’est dur. On n’arrive pas à réaliser qu’une chose pareille puisse arriver."   

Oleskander habitait au septième étage de cet immeuble pulvérisé par les Russes, à à Borodyanka en Ukraine (photo du 29 avril 2022). (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

L’escalier est encore là. Nous montons avec lui. Son appartement est carbonisé. "Regardez ! Ça c’était ma salle de bain, ça ma cuisine. C’était le frigo ici, la chambre, là !", décrit-il. Mais derrière le mur, c’est le vide. "J’ai vécu ici pendant 30 ans, les enfants, moi… Tout a brûlé. La bombe a traversé tout l’immeuble." Des voisins restés sont morts. Il est trop dangereux de s’éterniser. Nous redescendons.

Dans l'appartement détruit d'Oleskander à Borodyanka en Ukraine, le 29 avril 2022. (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

Oleskander aperçoit le parrain de ses enfants. Viktor, 56 ans, habite une petite maison, elle aussi touchée par le souffle de l’explosion. "Entrez !, nous invite-t-il tout en prévenant : Ne tombez pas. Le toit est abimé."

La maison de Viktor tient à peine debout, abimée par les bombardements russes, à Boryanka, en Ukraine (photo du 29 avril 2022). (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

"Nous sommes partis à 7h10. À 7h40 il y a eu l’explosion", raconte à son tour Viktor. Dans un coin de la pièce, une planche de bois est tombée sur le berceau de son petit-fils d’un 1 an et deux mois. Il répète un peu hébété la question qu'on lui a posé : "Qu’est-ce que je peux ressentir ? Il faut recommencer notre vie à zéro, à mon âge. On n’a même pas eu le temps de  prendre le tensiomètre de la grand-mère. On est parti habillés comme on était. Là, on essaie de récupérer des documents, des photos. Qu’est-ce qu’on peut y faire ? La vie continue", conclut-il fataliste.  

Derrière la maison soufflée, le jardin de Viktor est miraculeusement intact, protégé par le garage presque effondré. Comme un symbole, comme le signe qu’il faut avancer malgré la tragédie. "Et ça, ce n’est rien. J’ai mon jardin d’iris !, s’exclame Viktor qui ne cache pas sa fierté. 300 variétés, une collection ! Fin mai, vous pourrez revenir, nous invite-t-il. Tout ça aura fleuri. Là, il y a la guerre mais ça c’est la vie qui continue." 

À Borodyanka en Ukraine, derrière la maison en partie détruite, le jardin de Viktor a survécu, comme un miracle -photo du 29 avril 2022). (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

En Ukraine, Borodyanka dévastée. Le reportage de Farida Nouar et de Fabien Gosset.
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