Guerre en Ukraine : les pertes humaines, c'est "quelque chose que l'on n'a pas vu en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale"

"On doit être à quelque chose comme 300 morts par jour" en Ukraine, réagit sur franceinfo le journaliste Jean-Dominique Merchet.

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Radio France
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Une femme se recueille sur la tombe d'un militaire ukrainien tué lors de l'invasion russe de l'Ukraine, dans la section militaire du cimetière numéro 18 de Kharkiv à Bezlioudivka (Ukraine), le 21 mai 2022. (DIMITAR DILKOFF / AFP)

Plus de trois mois après le début de l'invasion russe en Ukraine, "on est dans quelque chose que l'on n'a pas vu en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale" sur la question des pertes humaines, estime vendredi 27 mai sur franceinfo Jean-Dominique Merchet, journaliste à L'Opinion, spécialiste des questions militaires et auteur du blog Secret Défense. "On doit être à quelque chose comme 300 morts par jour", poursuit le spécialiste, "c'est énorme".

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franceinfo : Est-ce qu'on peut savoir de part et d'autre combien cette guerre a déjà fait de victimes ?

Jean-Dominique Merchet : En réalité, non. On n'arrive pas à le savoir de manière précise, il n'y a que des évaluations, d'ailleurs sur les pertes du côté russe. Les services français parlent de 15 à 20 000 morts. Et tout cela concerne les effectifs militaires parce que les pertes civiles, elles, sont encore plus inconnues. Il y a quand même un rideau de silence du côté des autorités ukrainiennes, elles ne disent rien. Il est donc très difficile de savoir ce qu'il en est réellement.

Est-ce que c'est un conflit nettement plus meurtrier que d'autres ?

C'est absolument énorme. Si l'on fait des comparaisons, les Russes auraient perdu en trois mois, en termes de morts, à peu près autant qu'ils avaient perdu en Afghanistan sur une dizaine d'années.

"À titre de comparaison, l'armée française en Algérie a perdu 25 000 hommes. Là, c'est 15 000 morts en trois mois, ce sont des chiffres considérables."

Jean-Dominique Merchet, journaliste à L'Opinion

à franceinfo

Si on additionne les Russes et les Ukrainiens, on doit être à quelque chose comme 300 morts par jour. On est donc effectivement dans quelque chose qu'on n'a pas vu en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

La Russie est si grande et sa population si nombreuse qu'on l'imagine pouvoir mobiliser à nouveau des troupes immenses ?

C'est en grande partie une illusion parce que c'est une guerre asymétrique. D'un côté, il y a l'armée russe, une armée professionnelle expéditionnaire qui ne fait pas appel à la levée en masse, à la conscription, qui n'envoie pas ses jeunes, elle n'envoie que des volontaires. En face, on a l'Ukraine, un pays de 40 millions d'habitants qui a mobilisé très massivement sa population.

Aujourd'hui, en termes de réserves d'effectifs, les Ukrainiens sont bien au-delà de ce que les Russes peuvent fournir. Ils ont des capacités en termes d'effectifs supérieurs, de l'ordre du double ou du triple. Pour l'instant, politiquement, ça semble très compliqué pour le pouvoir russe de décréter ça. Ça voudrait dire qu'il faut reconnaître l'échec de son opération. Et est-ce que la société russe est prête à l'accepter ? On n'en sait rien, la capacité que le Kremlin a d'imposer des choses à sa population est plus limitée qu'on ne le croit aujourd'hui.

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