Guerre en Ukraine : comment des dizaines de sites relayant de fausses informations prorusses se financent grâce à la publicité sur Google

L’analyse de l'organisation NewsGuard montre que plus de vingt sites relayant des infox pro-Kremlin empochent des revenus grâce à des publicités. Et deux tiers d'entre eux sont distribués par la plateforme publicitaire du géant américain.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Dans les rues de Saint-Pétersbourg (Russie), le 25 février 2022. (SERGEI MIKHAILICHENKO / AFP)

Google finance-t-il involontairement la désinformation de sites russes ? A l'heure où la guerre en Ukraine fait de la propagation de fausses informations un enjeu majeur, les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) sont depuis le début du conflit pressés d'agir pour sanctionner Moscou et empêcher de relayer de fausses informations qui ont pour but de servir la propagande du gouvernement russe. En conséquence, Google et Facebook ont annoncé la suspension de la possibilité, pour les médias financés par l'Etat Russe, de monétiser leurs contenus via la publicité. De son côté, Apple a affirmé qu'il arrêterait les exportations vers la Russie et a retiré de l'App Store les applications des médias d'Etat russe RT et Sputnik.

>>Guerre en Ukraine : comment ne pas se faire berner par les images qui circulent sur les réseaux sociaux ?

Pourtant, un rapport publié lundi 7 mars par l'organisation NewsGuard (qui analyse le degré de crédibilité et de transparence des sites d'information) alerte sur le financement par Google de sites internet propageant des fausses informations sur la guerre en Ukraine. Parmi les 116 sites identifiés par l'organisation comme participant à la désinformation, plus de vingt bénéficieraient toujours des revenus générés par les publicités distribuées par le géant américain. Ainsi, si NewsGuard constate la disparition des publicités Google sur les sites de RT et de Sputnik, l'organisation affirme également que plusieurs sites faisant partie de "l'écosystème plus vaste de désinformation russe", et ayant pour certains des liens cachés avec le Kremlin, continuent d'être en grande partie financés par les publicités de Google.

Une bannière Google sur le site de la "Pravda"

L'organisation cite en exemple le cas du site Pravda.ru, version numérique du célèbre journal russe, aujourd'hui géré par un soutien de Vladimir Poutine. On trouve au-dessus d'articles du site qualifiant l'Etat ukrainien "d'illégal" et les membres du gouvernement ukrainien de "néonazis" une large bannière Google Ads diffusant des publicités ciblées. Le média est identifié depuis plusieurs années par l'organisation comme relayant de fausses informations pro-Kremlin.

Le rapport souligne que ces publicités sont placées par des algorithmes, et que Google ne les finance donc pas volontairement. Mais le document met l'accent sur la contradiction entre la présence de ces publicités et les règles censées être imposées aux éditeurs par la firme américaine. Celle-ci affirme en effet que la plateforme ne diffusera pas de publicités sur des sites contenant des "allégations peu fiables et dangereuses, dont les contenus qui relaient des allégations fausses qui peuvent saper de manière significative la participation ou la confiance dans un processus électoral ou démocratique". Par conséquent, selon l'organisation, "la présence de publicités programmatiques sur des sites comme Pravda — et les dizaines d'autres sites identifiés par NewsGuard dans le cadre de cette analyse– suggère que les dispositions mises en place pour faire respecter ces politiques par des plateformes comme Google n'ont pas été efficaces ou n'ont pas été appliquées."

Plus généralement, le rapport rappelle que la désinformation ne s'arrête pas à celle distillée par certains Etats. Il affirme ainsi que, pendant la pandémie de Covid-19, la publicité de 4 000 marques avait involontairement financé des sites (majoritairement privés) faisant la promotion d'infox sur le Covid-19. Selon NewsGuard, chaque année, près de 2,6 milliards de dollars (2,38 milliards d'euros) de revenus publicitaires viennent gonfler les poches des sites de désinformation.


Après la publication de cet article, un porte-parole de Google a apporté cette réponse à franceinfo, mardi 8 mars : "Le mois dernier, nous avons cessé de monétiser les médias financés par l'Etat russe sur nos plateformes". Jeudi 3 mars, le géant américain a également mis sur pause sa plateforme publicitaire, Google Ads, en Russie. "Nos équipes évaluent en permanence les sites et les canaux de notre réseau, et prendront les mesures appropriées lorsque nous détecterons d'autres entités médiatiques financées par l'Etat, poursuit le représentant de l'entreprise. De plus, tous les éditeurs doivent respecter nos politiques existantes, que nous avons continué à appliquer avec vigueur." Le site Pravda.ru a fait l'objet d'examens réguliers de la part de Google. Le groupe américain a déjà par le passé supprimé des publicités des pages sur lesquelles des violations des règles d'utilisation avaient été constatées.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Guerre en Ukraine

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.