Gaz russe : "Poutine peut à tout moment décider de couper le robinet, nous devons nous y préparer", prévient un spécialiste

Thierry Bros, spécialiste de l’énergie et professeur à Sciences Po, estime sur franceinfo mardi qu'il est probable que Vladimir Poutine décide, à un moment ou à un autre, de priver les Européens de l'approvisionnement en gaz russe.

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Vladimir Poutine, le 9 juin 2021, à Moscou. (SERGEI ILYIN / SPUTNIK)

GRDF, le gestionnaire du réseau français, se prépare au pire et craint de devoir bientôt se passer des approvisionnements de gaz russe, si Vladimir Poutine décidait de couper le robinet : "C'est un scénario probable et nous devons nous y préparer", estime mardi 29 mars sur franceinfo Thierry Bros, spécialiste de l’énergie et professeur à Sciences Po.

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GRDF appelle les particuliers et les industriels à baisser leur consommation pour ne pas puiser dans les stocks : "Il faut trouver 10% de baisse" au niveau européen "et donc chacun devra apporter sa petite pierre à l'édifice. Mais 10%, c'est beaucoup", dit-il. Selon lui, "le temps des gazoducs est fini". Aujourd'hui, "c'est le temps du gaz naturel liquéfié" pour réduire la dépendance de l'Europe au gaz russe.

La Russie qui coupe totalement le robinet, c'est un scénario que vous qualifiez de probable ?

Thierry Bros : Oui, il est probable et nous devons nous y préparer. Il est probable parce que peut-être la Commission, poussée par les citoyens, va mettre un embargo sur le charbon, le pétrole, puis le gaz russe. Et puis, il est aussi probable parce que Vladimir Poutine peut à tout moment décider de couper le robinet et donc nous devons nous préparer à cette alternative. On doit réaliser des stocks de gaz pour l'hiver prochain. On est à 21 % de stocks. Il faut être à peu près à 85% ? Oui, mais en France, on avait déjà une réglementation qui le permettait. Mais il faut être à ce niveau-là au niveau de la maille européenne, puisque ce qui est important, ce n'est pas que la France, c'est l'Europe, puisque la sécurité d'approvisionnement se regarde au niveau de l'Europe. Et c'est malheureusement le plus mauvais élève en Europe qui va garantir ou pas la sécurité d'approvisionnement, de l'ensemble des Européens.

La Commission de régulation estime que cela pourrait coûter 10 milliards d'euros, cinq fois plus cher que la normale. Sur qui va tomber la facture ?

Normalement, elle devrait retomber sur les consommateurs de gaz à la fin, c'est-à-dire les résidentiels, les industriels et les producteurs d'électricité. Il se peut que le gouvernement fasse des gestes pour limiter la hausse pour les particuliers.

Est-ce pertinent de demander aux industriels et aux particuliers de baisser leur consommation de gaz ?

C'est pertinent puisque si demain, nous n'avons plus de gaz russe, une partie du gaz est irremplaçable et donc nous devrons collectivement en Europe, baisser notre consommation de 10%. Donc, il faut trouver 10% de baisse et donc chacun devra apporter sa petite pierre à l'édifice. Mais 10% c'est beaucoup. Qui peut nous fournir du gaz à part la Russie ? On peut arriver à récupérer des cargaisons de gaz naturel liquéfié, ce que l'on a déjà fait en décembre, puisque je vous rappelle qu'en décembre, on avait des prix record sur le gaz et donc des cargaisons de gaz naturel liquéfié ont été reroutées. Au lieu d'aller en Asie, elles sont revenues en Europe et on peut continuer à faire ça, évidemment, à des prix élevés. Puisqu’il faut que nous incitions ces cargaisons à venir chez nous et donc à avoir des prix plus élevés qu'en Asie. Un gazoduc entre Israël et la Turquie pourrait être une solution pour réduire la dépendance de l'Europe envers les hydrocarbures russes. C'est un projet sérieux ? Il y a beaucoup de projets que j'appelle des gazoducs PowerPoint, c'est-à-dire qu'on les montre lors des conférences sans jamais les construire. Un gazoduc, c'est une dizaine de milliards d'euros ou de dollars d'investissements et je pense que le temps des gazoducs est fini. En fait, c'est le temps du gaz naturel liquéfié puisqu'il faut avoir cette capacité à rerouter les flux. Or, le gazoduc, on le voit bien avec la crise russe, ne le permet pas. Donc, aucun intérêt à ce gazoduc-là.

Le biogaz, à partir de déchets agricoles et organiques, pourrait-il être une solution pour assurer une grosse partie de notre consommation à l'avenir ?

Il faut bien avoir à l'idée que le biogaz, ça coûte beaucoup plus cher que le gaz naturel produit et livré en France. Il y a un facteur 5. Le gaz naturel, quand vous le produisez, il coûte très peu cher. Aujourd'hui, il est payé très cher sur les marchés parce qu'on en manque. Mais si on fait les investissements nécessaires au Qatar, en Algérie, voire aux États-Unis, on pourra avoir du gaz naturel en Europe qui coûtera moins cher que le biométhane. Alors le biométhane a un avantage, il permet d'augmenter notre indépendance énergétique et de réduire nos émissions de CO2.

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