En Turquie, interrogations autour de la première centrale nucléaire du pays exploitée par la Russie

Alors que la guerre en Ukraine pose à l’Europe la question de sa dépendance énergétique, la Turquie mise sur le nucléaire. Il s'agit d'une centrale d’Akkuyu est construite et sera exploitée jusqu’à sa fermeture... par la Russie.

Article rédigé par
Anne Andlauer - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le logo du géant russe du nucléaire, Rosatom. (ERIC PIERMONT / AFP)

C’est un aspect assez méconnu des relations russo-turques : la première centrale nucléaire d’Akkuyu, projet-phare du président Recep Tayyip Erdogan, qui doit entrer en fonction l’an prochain, est en travaux depuis 2018 dans le sud du pays, dans la province de Mersin. C’est une centrale qui a vu le jour grâce à un accord signé en 2010 entre les gouvernements turc et russe, et qui appartient intégralement à des entreprises russes. Son actionnaire (très) majoritaire n’est autre que le géant public russe, Rosatom.

"32 milliards de dollars pendant 15 ans"

Cette centrale est pourtant présentée comme un grand projet national, visant à réduire la dépendance de la Turquie en matière énergétique : le pays importe la quasi-totalité du gaz qu’elle consomme, dont un tiers lui sert à produire de l’électricité. Même si le pays cherche ces dernières années à diversifier ses sources d’approvisionnement, son premier fournisseur reste de loin la Russie, qui lui a fourni l’an dernier 45 % de son gaz.

Avec sa centrale nucléaire, la Turquie pourra sans doute se passer d’une partie de ces importations, mais elle continuera de payer des milliards à la Russie. En vertu de l’accord signé en 2010, Ankara sera obligée d’acheter à Moscou au moins 50 % de l’électricité produite par la centrale pendant 15 ans. Pour Özgür Gürbüz, journaliste spécialisé dans les questions environnementales, la Turquie est donc loin de diminuer sa dépendance à la Russie : "La Turquie devra payer au minimum 32 milliards de dollars pendant 15 ans pour l’électricité produite par cette centrale. Autrement dit, la Turquie devra payer environ 2 milliards de dollars par an à la Russie pour la seule centrale d’Akkuyu, en plus de ce qu’elle lui paye pour le gaz."

Contexte national et diplomatique

Lancés il y a quatre ans, les travaux avancent vite. Les autorités turques ont bon espoir de mettre en route le premier réacteur l’an prochain. C'est en tout cas l'objectif du gouvernement. Les travaux ont aussi avancé ou tout juste débuté sur deux autres réacteurs. Mais même si la Turquie refuse, depuis le début de la guerre en Ukraine, de se joindre aux sanctions occidentales contre la Russie, ces dernières pourraient compliquer la suite du projet : "On sait que Rosatom est en difficulté, affirme Özgür Gürbüz. La Finlande a récemment annulé un contrat pour la construction d’une centrale. Rosatom doit donc essayer de trouver de nouveaux financements au moment où ses revenus baissent. Pour ce qui est d’Akkuyu, il est clair que la Russie veut mettre en marche la centrale le plus tôt possible, pour commencer à bénéficier des revenus garantis élevés que la Turquie lui a promis. Mais les sources de financement risquent d’être plus difficiles à trouver pour terminer la construction, notamment celle du quatrième réacteur qui n’a pas encore commencé."

Recep Tayyip Erdogan insiste lui aussi sur une mise en route de la centrale dès l’an prochain, en 2023, année du centenaire de la République de Turquie... et année électorale au cours de laquelle le président turc fêtera ses 20 ans au pouvoir et remettra son mandat en jeu.

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