Les Roumains ont fait mentir les sondages et choisi le changement avec Iohannis

Les sondages donnaient le Premier ministre social-démocrate Victor Ponta vainqueur à l'issue du second tour de la présidentielle en Roumanie. Mais celui qui disait vouloir regarder les résultats devant sa télévision «avec un paquet de popcorn», tant il était sûr de sa victoire, s'est vu infliger un cinglant revers. Les Roumains ont choisi le changement avec Klaus Iohannis.

Klaus Iohannis a été choisi par les électeurs roumains comme président.
Klaus Iohannis a été choisi par les électeurs roumains comme président. (DANIEL MIHAILESCU / AFP)
Pourquoi ? Sans doute parce que le maire de Sibiu (dont la candidature était soutenue par deux partis de centre-droit) a fait campagne sur sa volonté d'éradiquer la corruption. Il faut dire que le pays est miné par les affaires et que le projet de loi d'amnistie, qui devait aboutir à la mise en liberté d'hommes politiques ou de hauts magistrats condamnés pour corruption, a fini de convaincre les Roumains sceptiques de voter pour M.Iohannis. Depuis des mois, la majorité du Parlement fidèle à Ponta bloquait des enquêtes du parquet anti-corruption et refuse de lever l'immunité de plusieurs élus sociaux-démocrates présumés corrompus. 

Réitérant ses promesses de campagne, M.Iohannis a enfoncé le clou au lendemain de son élection à la tête du pays: «J'appelle le Parlement à tenir sa parole et à rejeter la loi sur l'amnistie et à donner son feu vert à toutes les demandes de poursuites formulées par le parquet anti-corruption» contre des élus.

A l'étranger, des électeurs empêchés de voter
Pour certains observateurs, l'impossibilité de voter pour certains Roumains de l'étranger (évalués entre 3 et 4 millions) a également mobilisé le camp anti-Ponta permettant la victoire de Klaus Iohannis. Bucarest a eu beau augmenter les capacités d'accueil des bureaux de vote et alléger les procédures administratives pour les membres de la diaspora, le nombre de bureaux de vote est resté le même, créant dans certains pays un engorgement prompt à empêcher des centaines d'électeurs (plutôt conservateurs) de voter. Si seuls 380.000 électeurs ont voté le 16 novembre à l'étranger (16% pour Ponta), ce chiffre représente le double de celui enregistré au premier tour le 2 novembre. 

L'entre-deux-tours a été marqué par des défilés de dizaines de milliers de personnes qui réclamaient le respect du droit de vote. 


Une élection «historique»
Selon le politologue Radu Alexandru, le résultat de cette élection présidentielle est «historique» (Klaus Iohannis a recueilli contre toute attente 54,5% des voix après le dépouillement de 99% des suffrages). Il représente «une victoire de la démocratie, une victoire du peuple contre le système dirigé par les partis politiques, dans leur propre intérêt.»

Et d'ajouter : «La Roumanie représente une exception positive, également par son choix d'un président membre d'une minorité.» En effet, le nouveau président, appelé l'«Allemand», est issu de la minorité allemande du pays. Une communauté de 36.000 membres, sur 20 millions de Roumains, dont la plupart sont des descendants des colons saxons installés dans la région depuis 900 ans. Iohannis est par ailleurs protestant dans un pays à 90% chrétien orthodoxe.

Considéré comme atypique sur la scène politique roumaine, Klaus Iohannis, qui n'est pas un homme à l'aise devant les caméras, déteste par dessus tout les polémiques. 

Vers une cohabitation sereine ?
Confronté à une majorité parlementaire hostile, M.Iohannis devra donc montrer sa détermination à éviter les tensions. Et comme le prévoit la Constitution roumaine, il va devoir gouverner avec Victor Ponta qui peut se maintenir à son poste de Premier ministre (depuis 2012) et qui exclut de démissionner (les prochaines législatives sont prévues en 2016). Le nouveau président l'a affirmé : il n'y aura pas de cohabitation houleuse entre eux deux. Il faisait allusion aux conflits survenus ces deux dernières années entre Victor Ponta et le président conservateur sortant, Traian Basescu.

Quoi qu'il en soit, Victor Ponta dit avoir «compris le message» des électeurs. Et pour le prouver, il a appelé le Parlement à se réunir pour rejeter le fameux projet de loi controversé sur l'amnistie. Aussitôt dit, aussitôt fait... le Parlement a entendu le message et a enterré le texte dès le 18 novembre 2014.