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Les prévisions de croissance, comment ça marche ?

Institutions, banques, chercheurs, à chacun son chiffre et sa méthode. L'exercice de prévision économique est un art délicat.

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France Télévisions
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Les auteurs du rapport sur l'état de l'économie mondiale et allemande posent à Berlin (Allemagne), le 13 octobre 2011. (ODD ANDERSEN / AFP)
"Il n'y a rien de magique" dans les prévisions de croissance : Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas, est formelle. Pourtant, à regarder les différents chiffres, difficile de s'y retrouver. Si ceux donnés par l'Insee font foi pour la mesure - selon la note publiée mardi 15 novembre, la croissance française s'établit à 0,4 % pour le troisième trimestre -, il en va autrement pour les prévisions.

Exemple avec les estimations pour 2012 : l'augmentation du produit intérieur brut (PIB) français, estimée à 1 % par Bercy, baisse à 0,9 % chez BNP Paribas (ouvrir le PDF "octobre 2011") et chute à 0,6 % pour la Commission européenne. Ces variations s'expliquent par des critères et des méthodes différentes.

• Court terme ou long terme

Insee, Banque de France, institutions internationales, banques ou encore centres de recherche se livrent à l'exercice de la prévision de croissance, mais tous n'adoptent pas le même horizon. L'Insee et la Banque de France délivrent des prévisions trimestrielles. La Commission européenne, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ou le FMI adoptent un horizon annuel, et livrent pour chaque pays des prévisions à deux ans. Plus la prévision est à long terme, moins elle est précise. 

Le choix de l'horizon considéré détermine en partie la méthode. Celle-ci va du modèle automatisé, comme celui de l'Observatoire français des conjonctures économiques de Sciences Po, à l'expertise subjective effectuée par un groupe d'économistes. 

"A court terme, on dispose d'indicateurs conjoncturels fiables, l'approche statistique tend donc à prévaloir
, explique Hélène Baudchon. A plus long terme, les prévisions découlent aussi de l'appréciation qu'on a de l'évolution de la situation." La Banque de France, qui publie des prévisions à court terme, a ainsi une approche purement mathématique. 

• Des données microéconomiques

Pour calculer le chiffre de croissance du trimestre suivant, la Banque de France extrapole les taux trimestriels précédents, qu'elle met en relation avec des données recueillies auprès de centaines d'entreprises, interrogées sur leurs perspectives à court terme (carnets de commandes, prévisions d'investissement...) : sa prévision est donc une "projection", fondée sur l'indicateur synthétique mensuel d'activité.

• Des indicateurs sur la situation économique globale

D'autres structures ont des approches plus larges : en plus des données venant des entreprises, beaucoup utilisent des indicateurs macroéconomiques. C'est le cas de la Commission européenne, comme l'explique Reinhard Felke, de la direction générale des affaires économiques et financières de l'institution bruxelloise. Son équipe prend en compte notamment les taux de change (un euro fort va avoir un effet négatif sur les exportations pour un pays de la zone euro), les taux d'intérêt (qui influent sur l'investissement) ou encore les prix du pétrole (qui pèsent sur l'activité industrielle). Ces observations permettent aux économistes de se forger une opinion sur le contexte économique global. 
 
La politique économique du pays

Dans ce type de méthode, les politiques économiques du pays concerné sont également prises en compte. Les mesures d'austérité, par exemple, ont un impact négatif sur la croissance. A l'inverse, une politique de taux bas pratiquée par une banque centrale favorise l'économie.

Grâce à ces considérations, les économistes déterminent l'évolution probable des différentes composantes du PIB, et estiment ainsi sa croissance future. "On a un raisonnement économique : qu'est-ce qui fait bouger l'investissement, l'emploi, la consommation..." , explique Hélène Baudchon. Mais "à un moment donné, il y a un jugement qui est basé sur l'expérience de chacun"

• Une dose d'optimisme 

Enfin, quelle que soit la méthode, des considérations politiques entrent parfois en ligne de compte. Bercy produit ainsi des prévisions délibérément optimistes, comme l'expliquait récemment L'Express. Un travers qu'a voulu éviter la Commission européenne en élaborant ses propres estimations pour chaque membre de l'Union. "Nos prévisions tendent à être moins biaisées que celles des Etats", précise Reinhard Felke.
 

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