Le tabou de la scission commence à tomber dans le monde politique francophone, près de trois mois après les élections

Samedi soir, le roi Albert II a accepté la démission du socialiste wallon Elio di Rupo qui a échoué dans ses tentatives de rapprocher néerlandophones et francophones et de former un gouvernement.Dimanche, des ténors de la classe politique francophone ont ouvertement évoqué l'éventualité d'une scission entre Wallons et Flamands.

Un enfant brandit un drapeau flamand à Rhodes-Saint-Genèse (sud de Bruxelles) lors d\'une manif néerlandophone (05/09/10)
Un enfant brandit un drapeau flamand à Rhodes-Saint-Genèse (sud de Bruxelles) lors d'une manif néerlandophone (05/09/10) (AFP / Bas Bogaerts)

Samedi soir, le roi Albert II a accepté la démission du socialiste wallon Elio di Rupo qui a échoué dans ses tentatives de rapprocher néerlandophones et francophones et de former un gouvernement.

Dimanche, des ténors de la classe politique francophone ont ouvertement évoqué l'éventualité d'une scission entre Wallons et Flamands.

Les déclarations sont venues du parti socialiste, vainqueur des élections législatives du 13 juin en Wallonie. "Espérons d'abord que ça n'arrive pas parce qu'en cas de scission, ce sont les populations les plus fragiles qui en paieront le prix le plus lourd", a déclaré la ministre de la Santé et des Affaires sociales du gouvernement actuel, Laurette Onkelinx, dans un entretien publié par le quotidien La Dernière Heure. "D'un autre côté, on ne peut plus ignorer que parmi une grande partie de la population flamande, c'est un voeu", a poursuivi celle qui est également vice-Premier ministre, "donc, oui, il faut se préparer à la fin de la Belgique. Sans quoi on risque d'être les dindons de la farce" côté francophone.

Un autre responsable francophone, le ministre-président de Wallonie, Rudy Demotte, a appelé sa communauté à envisager désormais "toutes les hypothèses", dont celle de se prendre en mains toute seule sans la Flandre, a-t-il dit à la radio RTBF.

Ces prises de position s'ajoutent à celle d'un autre responsable important du parti socialiste francophone, Philippe Moureaux, le premier à briser le tabou en évoquant dans une interview vendredi la scission du pays. "On est jusqu'à présent dans un processus de délitement de l'Etat. On va peut-être entrer dans l'organisation progressive de la séparation."

Dans la partie néerlandophone du pays, le parti indépendantiste flamand NV-A a remporté les élections législatives.

Depuis ces scrutins, les négociations visant à former un gouvernement de coalition avec les francophones ont échoué en raison de divergences sur l'avenir du royaume. Les partis néerlandophones réclament une plus large autonomie pour la Flandre mais les Francophones craignent un appauvrissement de leur région, la Wallonie, et de Bruxelles. La précédente coalition s'est effondrée après l'échec des deux communautés à parvenir à un accord concernant Bruxelles et les droits linguistiques spécifiques dont jouissent les francophones dans la banlieue flamande de la capitale.

Si cette impasse se confirmait, les Belges pourraient être à nouveau appelés aux urnes, avec un risque de radicalisation accrue de l'électorat flamand.

Samedi, le roi des Belges Albert II a désigné deux médiateurs, un francophone et un Flamand, pour tenter de relancer les discussions et surmonter la crise politique.

Les Flamands marquent leur territoire
Dimanche, plusieurs dizaines de milliers de Flamands ont participé à une manifestation annuelle consistant à faire le tour de Bruxelles, à vélo ou à pied, pour rappeler aux francophones qui résident dans la capitale et sa banlieue qu'ils vivent entourés de la Flandre, et pour bien marquer le caractère néerlandophone de leur territoire...