Le meurtre de Birna Brjansdottir au pays de la criminalité quasi-nulle plonge l'Islande dans l'émoi

Le corps de la jeune femme de 20 ans a été retrouvé le 14 janvier sur une plage, à une trentaine de kilomètres de la capitale islandaise.

Photo non datée de Birna Brjansdottir, Islandaise de 20 ans retrouvée morte, le 14 janvier 2017 à Reykjavik (Islande).
Photo non datée de Birna Brjansdottir, Islandaise de 20 ans retrouvée morte, le 14 janvier 2017 à Reykjavik (Islande). (HO / REYKJAVIK METROPOLITAN POLICE)

Sur les images des caméras de surveillance, on la voit tituber, ramasser un objet, puis reprendre son chemin, avant de disparaître des écrans à 5h25, vendredi 13 janvier, dans la nuit noire et glaciale de Reykjavik, la capitale islandaise. C'est la dernière fois que Brina Brjansdottir, une jeune assistante commerciale de 20 ans, a été aperçue. Elle sortait tout juste d'une soirée en ville, avec un groupe d'amis.

Sa disparition entraîne la plus grande opération de recherche et de sauvetage depuis des décennies dans le pays, raconte le New York Times (en anglais). Près de 775 habitants se portent volontaires pour aider l'enquête. Une marche blanche est organisée en son honneur. Le visage souriant de la jeune femme fait les unes de la presse nationale, tout le pays suit avec stupeur et attention les avancées de l'enquête.

Du sang et de la neige 

Mais huit jours plus tard, son corps est retrouvé de l'autre côté de la péninsule, sur la plage de Selvogsviti, près du phare jaune. Ce meurtre défraye la chronique, raconte Le Parisien"On vit suspendus aux infos, on en parle tous les jours, au travail, en famille. C'est comme si plus rien d'autre n'avait d'importance", raconte une habitante de l'île au quotidien francilien.

De nombreux éléments troublent les enquêteurs. Le lendemain de sa disparition, les chaussures de la jeune femme sont retrouvées dans le port de Hafnarfjordur, au sud de Reykjavik. Elles portent des traces de neige, alors qu'il ne neigeait pas dans la ville. Le soir de sa disparition, un chalutier groenlandais, le Polar Nanoq, était amarré non loin de l'endroit où les chaussures ont été retrouvées.

Très vite, nous avons compris qu'il s'agissait d'un cas peu ordinaire. Cela ne ressemblait pas à une fugue, il y avait trop d'éléments inexplicables.Grimur Grimsson, chef de la policeau "Parisien"

Les images de vidéosurveillance attestent aussi de la présence vers 6h30 d'une citadine rouge dans le port, une Kia Rio. Une agence de location reconnaît le véhicule et assure l'avoir loué à deux marins groenlandais, du vendredi au samedi, la nuit où Birna a disparu. 

Des traces de sang sont retrouvées dans la voiture. Élément intrigant, sur les images de vidéosurveillance prises à Reykjavik, dans la rue où Birna a été vue pour la dernière fois, on voit un homme nettoyer pendant près de quarante-cinq minutes un véhicule similaire. "Qui passe autant de temps à nettoyer une voiture louée pour 24 heures ?" s'interroge un enquêteur, au Parisien.

Le bateau Polar Nanoq accosté au port de Hafnarfjordur en Islande, le 23 janvier 2017.
Le bateau Polar Nanoq accosté au port de Hafnarfjordur en Islande, le 23 janvier 2017. (BIRGIR THOR HARDARSON / KJARNINN)

Face à ces soupçons, le Polar Nanoq est sommé de faire demi-tour et ramené à Reykjavik, escorté par les garde-côtes danois. Le navire est passé au peigne fin par la police technique et scientifique. Aucun indice ne prouve que la jeune femme ait été portée à bord.

Deux marins du Groenland, "soupçonnés de posséder des informations sur la disparition de Birna", sont arrêtés. Habituellement connue pour ses selfies sur les réseaux sociaux, plutôt que pour ses enquêtes criminelles, la police islandaise confirme que Birna Brjansdottir a été tuée, mais refuse de préciser les circonstances du meurtre.

Des homicides extrêmement rares

Depuis deux semaines, le pays attend donc d'écrire l'épilogue d'une affaire hors du commun. Il faut dire qu'avec 330 000 habitants, l'Islande possède un taux de criminalité très faible : depuis 2001, l'île n'a connu en moyenne "qu'1,8 homicide" par an, selon les statistiques de la police reprises par l'AFP.

Le port de Reykjavik en Islande, photographié le 21 novembre 2016.
Le port de Reykjavik en Islande, photographié le 21 novembre 2016. (MAXPPP)

"Nous avons toujours été une société homogène, soucieuse d'égalité", analyse le sociologue islandais Helgi Gunnlaugsson. "Nous sommes une famille, nous avons besoin les uns des autres pour survivre sur cette île."

Paradoxalement, un des auteurs de romans policiers les plus vendus au monde, Arnaldur Indridason, est islandais. Imagination débridée ? Pas tant que ça à en croire son traducteur français, Eric Boury : "Cette société qui semble apaisée ne l'est pas tant que ça. Il y a des problèmes de drogue et d'alcool, de graves problèmes d'alcool. Le polar social a toute sa place ici."