Le déficit public de la Grèce a atteint 10,5% du produit intérieur brut en 2010, plus que prévu jusqu'ici

C'est ce qu'a indiqué mardi l'institut statistique européen Eurostat.La dette est quant à elle montée à 142,8% du PIB, contre 142,5% prévus jusque-là, a ajouté Eurostat, qui publie les chiffres de déficit et de dette pour 2010 notifiés par les Etats de l'UE.

(AFP)

C'est ce qu'a indiqué mardi l'institut statistique européen Eurostat.

La dette est quant à elle montée à 142,8% du PIB, contre 142,5% prévus jusque-là, a ajouté Eurostat, qui publie les chiffres de déficit et de dette pour 2010 notifiés par les Etats de l'UE.

Fin mars, le ministre grec des Finances Georges Papaconstantinou avait prévenu que le déficit public de la Grèce pour 2010 serait "très probablement" supérieur au pourcentage estimé de 9,4% du PIB, retenu pour base par la loi de finances 2011.

Cet écart, attendu, entre les prévisions grecques et le chiffre final des services statistiques européens "découle surtout de la récession plus grave que prévu de l'économie grecque, qui a affecté les rentrées fiscales et les cotisations sociales", selon un communiqué du ministère.

Il a également dit que le gouvernement grec "ferait tout le nécessaire" pour tenir, malgré cette réévaluation, les objectifs du plan de redressement que lui ont dicté zone euro et Fonds monétaire international, prévoyant à son échéance, en 2014, un déficit ramené à 2,6% du PIB.

Athènes sous la pression de sa dette
Un an après sa cure d'austérité, l'économie de la Grèce se trouve toujours dans un état critique. Entre récession aigüe et gonflement de la dette, la Grèce demeure sous la pression des marchés.

Alors qu'Athènes a dû de faire appel ses partenaires l'année dernière, le pays vient d'être contraint d'enclencher un nouveau tour de vis budgétaire. Il a annoncé il y a quelques semaines les premiers détails d'un plan de privatisation massif destiné à se désendetter.


La Grèce tente ainsi dans d'éviter la restructuration de dette que lui promettent les marchés et même certains pays partenaires comme l'Allemagne. Une menace que le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a voulu désamorcé. Il avait affirmé à Washington que les "rumeurs" sur une restructuration de la dette de la Grèce étaient "totalement infondées". "Ce n'est même pas une possibilité", avait-il déclaré à la presse, en marge d'une réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du G20.

Le plan de "sortie de crise" de la Grèce s'ajoute aux économies réalisées en 2010, obtenues par des coupes salariales chez les fonctionnaires, une réforme des retraites, une hausse des taxes et une refonte des collectivités locales.

Extinction de la consommation
Comme certains économistes l'avaient prévu, ces mesures d'austérité d'une rare ampleur, demandées par les créanciers, Union européenne et FMI, ont éteint la consommation, provoqué une inflation record (4,5% en mars) et au final, accentué la récession qui avait démarré en 2009. Le PIB de la Grèce a chuté de 4,5% l'an dernier.

Même si la Grèce et ses créanciers assurent que 2011 sera la troisième et dernière année de récession, les taux sur les obligations grecques à 10 ans restent à des niveaux record (13%). "La situation reste encore critique, les difficultés sont devant nous (...), mais la Grèce peut peut-être revenir sur les marchés vers la fin 2012", a estimé Anguélos Tsakanikas, chercheur à l'Institut pour la recherche économique et industrielle (IOBE), proche du patronat grec.

Privatisation, libéralisation
Selon lui, "les coupes salariales de l'année dernière étaient des interventions horizontales, mais les mesures actuelles (de rigueur) se veulent chirurgicales, ce qui est plus dur, visant à fusionner des organismes publics déficitaires, privatiser, et libéraliser encore plus les marchés et les services pour favoriser la concurrence".

Depuis le printemps 2010, la Grèce a réduit son déficit d'au moins cinq points (15,4% du PIB en 2009), "un progrès très important si on tient compte de la récession", souligne Georges Pagoulatos, professeur d'économie à l'Université d'Athènes.

Dette la plus élevée de la zone euro
Toutefois, "malgré cet effet positif, le fardeau de la dette", qui devrait grimper à 152% du PIB en 2011 et à 157% en 2012 -la plus élevée dans la zone euro, selon le FMI-, "empêche la Grèce de convaincre les marchés qui restent très hostiles", souligne cet universitaire.

La dette colossale de quelque 330 milliards d'euros continue de nourrir les arguments des agences de notation (Standard & Poor's, Moody's Investors Service) sur l'insolvabilité du pays.

Elle a provoqué, en mars, à la veille du sommet de l'UE, un nouvel abaissement de la note souveraine grecque tombée dans la catégorie des pays à risque de défaut de paiement. Et le pays a obtenu de ses créanciers un répit, avec un allongement de la période de remboursement du prêt UE-FMI de 110 milliards d'euros et un abaissement du taux d'intérêt. Ce qui devrait lui permettre de lisser le montant des lourdes échéances prévues en 2014 et 2015, espère le gouvernement.

Pas de restructuration de la dette, affirment l'UE et le FMI
Mais cela n'empêche pas les marchés de continuer de parier sur une restructuration de la dette totale du pays, comportant un non remboursement d'une partie du capital, scénario catastrophe qui aurait des répercussions sur toute l'Europe. Tous les jours, le gouvernement et ses créanciers, UE et FMI, s'emploient à le démentir.

Le chef du Fonds européen de stabilitén financière (FESF) Klaus Regling ne voit aucune raison de restructurer la dette grecque, malgré des "risques" qu'Athènes ne rembourse pas ses crédits, a-t-il déclaré au Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a laissé entendre le ois dernier qu'il attendait "juin" pour juger en détail le plan de la Grèce et ainsi jauger de la solvabilité du pays et du caractère ou non inévitable d'une restructuration.