Le défi démographique de l'Allemagne

REPORTAGE | C'est le gros problème de l'Allemagne. Son taux de natalité est un des plus faibles de l'Europe. Avec 1,36 enfant par femme, le renouvellement de la population ne se fait plus et la moyenne d'âge explose. Conséquence, pour continuer à fournir de la main d'oeuvre, le pays a décidé de s'ouvrir à l'immigration. Une petite révolution.

(Baptiste Schweitzer Radio France)

Dans une salle de
l'Institut Goethe de Brême – chargé de donner des cours
d'Allemand – Fati apprend la langue. Ce médecin libyen est arrivé
il y a trois mois en Allemagne et il vient finir ici sa formation. Le
pays, dit-il, l'a très bien accueilli. "Avant il fallait
aller en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, mais c'est devenu très
difficIle pour les étrangers. L'Allemagne en revanche a besoin de
médecin
". Fati a donc obtenu une bourse pour étudier pendant sept ans. Il pourra ensuite trouver un emploi sans problème.

Car l'Allemagne
manque de médecins. Mais pas uniquement. Dans les journaux, sur les
sites Internet, les offres d'emplois se multiplient pour rechercher
des électriciens, des informaticiens, des conducteurs d'engins.
D'ici à 2025 ce sont cinq millions de travailleurs qui vont manquer
en raison du faible taux de natalité et du vieillissement de la
population.

L'Espagne, vivier d'emplois pour l'Allemagne

Les entreprises
n'ont donc pas le choix. Elles se tournent vers les pays de l'Est
pour recruter, Pologne en tête. Ou vers les pays du sud de l'Europe. "Nous formons nous même des gens mais cela ne suffit plus ", explique Ronald Wermann, le PDG d'Abat, une entreprise de 300
salariés qui travaille dans la logistique et l'informatique pour les
grands groupes automobiles allemands notamment. Face à la difficulté
de recruter en Allemagne, il a donc décidé de se tourner vers
l'Espagne.

"Là-bas,
beaucoup de jeunes formés sont au chômage. Nous avons donc décidé
d'aller chercher des gens là-bas
", raconte le chef
d'entreprise. En deux ans, six Espagnols ont rejoint la société
installée à Brême. Pour le plus grand bohneur de tout le monde
raconte Ronald Wermann : "Pour nous c'est la chance d'avoir une
autre nationalité, une autre mentalité dans l'entreprise sachant
que l'on travaille aussi avec des pays hispanophones. Pour nos
salariés, c'est la chance de pouvoir faire une carrière
interressante chez nous...où ils sont d'ailleurs plutôt bien
payés."

Les règles assouplies

Cette capacité
pour les entreprises de recruter à l'étranger a été facilitée
par différentes mesures prises par le gouvernement allemand ces
dernières années. Il y a 13 ans, un ponte de la CDU avait fait
scandale en lançant un slogan "Kinder statt Inder" . Traduction : Plutôt que de recruter des Indiens pour programmer, faisons des
enfants qui travailleront derrières les ordinateurs. Depuis
les mentalités ont changé.

Pour rendre le
pays plus attractif et attirer les travailleurs, les règles
administratives ont été assouplies, l'agence pour l'emploi a lancé
des partenariats avec ses homologues à l'étranger, un site Internet
a été ouvert – Make it Germany – qui propose des offres d'emplois
et qui explique comment venir s'installer en Allemagne.

"Une véritable petite révolution"

Le gouvernement
d'Angela Merkel a aussi décidé de répondre à la demande
principale des entreprises. Avoir des salariés étrangers qui
parlent allemand. Les budgets des instituts Goethe – chargé de
donner des cours d'allemand – ont à nouveau été augmentés après
avoir été sabrés sous la cure de rigueur du gouvernement
Schroeder. Un programme de 140 millions d'euros sur trois ans a été
lancé pour aider au développement de la langue et au recrutement
de talents à l'étranger.

Pour Thomas
Liebig, économiste à l'OCDE spécialiste des questions
d'immigration, "si l'on regarde les mesures dans leur ensemble,
c'est un véritable petite révolution qui s'est passée.
L'Allemagne est maintenant un de pays les plus ouverts à
l'immigration hautement qualifiée. Il y a maintenant les outils en
place pour avoir bien plus d'immigration de travail que par le
passé".

Berlin fait rêver mais n'emploie pas

Reste qu'il y a encore des centaines de milliers d'offres d'emploi non pourvues. Car, outre la question de la langue, il existe un autre problème. Celui de l'inadéquation entre les attentes des entreprises et les envies des immigrés. Beaucoup d'entre eux rêvent de Berlin alors que les besoins des nombreuses PME se situent plus dans les campagnes allemandes.

"Berlin est une ville très attractive pour les
immigrés... Mais il n'y a pas d'industrie. Berlin c'est une ville
pour les acteurs, les musiciens, les écrivains. Pas pour les
ingénieurs"
, explique Diego Ruiz del Arbol, un informaticien
espagnol qui a réussi à s'installer à Berlin. C'est un des
rares car le taux de chômage dans la capitale allemande dépasse
les 10%.

La demande des entreprises se situe plus dans les länder de Bavière, de Bade-Würtenberg, de Hesse. "C'est tout de
suite moins attractif et l'intégration y est beaucoup plus
difficile"
, explique Diego Ruiz del Arbol.

"Il y a une
statistique qui dit que les deux tiers des Espagnols qui viennent en
Allemagne finissent par repartir. Pas parque qu'ils ne sont pas bien
formés, non, mais pour des raisons d'intégration et de
culture." (Diego Ruiz del Arbol)

Ces derniers mois,
de nombreuses petites communes ont lancé des opérations de
séduction à destination de l'Espagne et du Portugal avec voyages de
presse et découverte des charmes de la campagne allemande. Sans
véritable réussite. La nécessité de mieux recevoir les immigrés
a été partie prenante dans la campagne. La CDU-CSU d'Angela Markel
a ainsi plaidé pour le développement d'une "culture
d'accueil"
 en Allemagne. Là aussi une véritable révolution.