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Le coût de la crise sur la santé en Europe

Les dépenses de santé ont reculé au sein de l’Union Européenne en 2010, selon l’OCDE. C’est la première chute en Europe depuis l’année 1975. Le rapport avec la crise économique est évident, note l’organisation internationale.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Grève dans un hôpital athénien en 2012. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)
D’un taux de progression annuel moyen de 4,6% entre 2000 et 2009, les dépenses de santé par habitant ont reculé de 0,6% en 2010. L'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) n'a pas encore les données pour les années 2011 et 2012, deux années marquées par de nouvelles coupes dans les dépenses publiques.

En Irlande, elles ont reculé de 7,9% en 2010, alors que leur taux de progression annuel moyen entre 2000 et 2009 était de 6,5%. En Grèce, on estime qu’elles ont décliné de 6,7% en 2010, après avoir connu une progression annuelle de 5,7% entre 2000 et 2009.

Ces deux pays figurent parmi les pays de l’Union les plus touchés par la crise de la dette. Les deux ont été astreints à des politiques de restriction budgétaire.

En Espagne, on assiste à une remise en question du modèle social fortement contesté par l’ensemble des acteurs de la santé publique dans le pays. Il est ainsi prévu de réaliser 7 milliards d’euros d’économies sur la santé», note Médecins du Monde (MDM).
 
Le rapport de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques, publié mi-novembre, met en garde quant aux conséquences possibles à long-terme pour la santé des populations de la réduction ou du ralentissement des dépenses dans la quasi-totalité des pays de l’UE.

«Les pouvoirs publics subissent des pressions pour maintenir le niveau de financement des soins aigus et choisissent donc de réduire d’autres dépenses, telles que les programmes de santé publique et de prévention», note l’OCDE, organisme qui nous a pourtant habitués à défendre les réformes structurelles et d’adaptation au marché...

Sur le terrain, Médecins du Monde constate que «les mesures prises en Grèce comme en Espagne ont des conséquences lourdes sur la santé individuelle et collective, injustes pour les plus pauvres, et aberrantes économiquement». L'association de french doctors ajoute que «les coûts des prises en charge tardives de pathologies et des complications médicales dépassent de loin les économies à court terme».

L'exemple grec
«Les conséquences sur la santé de conditions de vie détériorées ne sont plus à démontrer», notait MDM en mai. «La Grèce doit faire face à une réduction drastique du financement des hôpitaux publics (-40%) avec l’instauration d’un droit d’entrée de 5 euros (25 selon le prochain budget, soit le prix d'une consultation de base en France) pour chaque acte. Les plus vulnérables (SDF, Grecs paupérisés, migrants) affluent dans les policliniques de Médecins du monde».

Dans Le Monde, le journaliste Benoît Vitkine racontait comment à Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, un médecin expliquait au mari d'une femme atteinte d'un cancer : «Nous avons dû faire un choix et allons garder l'argent pour soigner des enfants. Votre femme a 62 ans, laissez-la donc mourir à la maison

«On estime à 40% le nombre de Grecs qui n'a plus de couverture maladie», expliquait un médecin au Huffington Post.

«Un but fondamental du système de santé est de faire en sorte que personne ne devienne pauvre en raison d’une utilisation des services de santé et que nul ne soit obligé de choisir entre la santé (tant physique que mentale) que son bien-être économique en cas de maladie», rappelle l’Organisation montiale de la Santé. L'Europe est-elle en train de quitter sa culture du wellfare développée dans l'après guerre ?


Vidéo Arte, publiée le 22 novembre 2012

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