Le burkini plus ou moins bien accepté à l'étranger

L'interdiction du burkini par les maires de Cannes, de Villeneuve-Loubet et de Sisco en Haute-Corse fait polémique et étonne parfois. Notamment à l’étranger.

(Une baigneuse en burkini, sur la plage de Pampelonne à Saint-Tropez, le 12 août 2009 © Maxppp)

En Espagne, le débat français sur le burkini surprend. Si ici les plages sont nombreuses et fréquentées, les burkinis sont rares et personne n’a jamais songé à les interdire. Comme pour le voile à l'école, les Espagnols observent avec surprise le déchirement de leurs voisins français sur la question. Le pays n’a pas le même rapport à la laïcité et dans les esprits c’est la liberté individuelle qui doit primer. Fidèle au sentiment général, cet éditorialiste écrit ainsi dans le journal El País  : "Le burkini est moche et incommode. Il donne chaud et cache le corps. Il est choquant dans une société occidentale du 20ème siècle mais qui veut le porter doit être aussi libre de le faire que les religieuses de porter leurs coiffes ou les enfants pâles du Nord de l’Europe leurs combinaisons en néoprène pour se protéger du soleil".

En Allemagne le burkini ne fait pas polémique mais il ne laisse pas indifférent. Il y a par exemple quelques jours dans le Brandebourg,  dans l’est du pays, deux jeunes musulmanes ont été prises à partie par des baigneurs dans une piscine publique parce qu’elles portaient un burkini. Les deux jeunes femmes ont porté plainte. Cet incident reste un cas isolé, mais il démontre que le climat change. Jusqu’ici, en Allemagne, le port du burkini est largement accepté – seules quelques piscines municipales, surtout en Bavière, ont prononcé des interdictions - et la justice a arbitré plusieurs fois en faveur de femmes musulmanes réclamant le droit de porter ce qu’elles veulent. Mais le débat est en train de se durcir sur fond de montée de l’extrême droite, et cela va au-delà de la question du burkini. A l’approche de plusieurs scrutins régionaux dans les prochaines semaines, des ténors de la CDU, le parti d’Angela Merkel, ont fait de la burqa un thème de campagne. Ils proposent une interdiction générale de la burqa, sur le modèle de la France. Ce serait une vraie révolution dans ce pays où la liberté de culte est jugée bien plus importante que les principes de laïcité à la française.

Au Maroc , pays où l’Islam est religion d’Etat, on voit depuis quelques années certaines femmes se baigner en maillot de bain intégral. Le sujet fait polémique mais pas autant qu’en France. Pour résumer, le Maroc n’est le royaume ni du bikini ni du burkini. Sur les plages populaires, la plupart des femmes se baignent habillées, en gardant tunique et voile. Certaines jeunes filles mettent un short par-dessus leur maillot et gardent un tee-shirt. Les bikinis sont plus nombreux sur les plages privées ou dans les piscines. Le burkini reste minoritaire mais il est de plus en plus présent. Une présence qui ne se retrouve pas comme en France la Une de la presse mais qui fait débat dans les discussions ou sur internet. Les "anti" disent stop à ces tenues qui ne sont pas traditionnelles au Maroc et sont arrivées ces dernières années des pays du Golfe. Les "pour" défendent la liberté individuelle. Des femmes ont notamment lancé leur page sur internet "Marocaine, musulmane et fière de mon maillot de bain intégral". Enfin, il y a ici quelques interdictions de porter le burkini, dans des piscines d’hôtels par exemple. Les raisons avancées : pas une question religieuse mais une question d’hygiène. 

En Angleterre , le débat n'intéresse pas vraiment. Par contre, la réaction des Français amuse beaucoup. La presse anglaise ironise un peu de voir qu’un simple maillot de bain puisse les effrayer autant.

Pour la BBC , le burkini n’est ni plus ni moins qu’une combinaison de plongée un peu ample. Le Télegraph quant à lui revient sur les raisons pour lesquelles les maires des communes ont décidé d’interdire le burkini. Des excuses ridicules pour le quotidien conservateur qui pense que les règles d’hygiène, la sécurité des baignades ou encore la prévention des troubles à l’ordre public ne sont pas incompatibles avec le port du burkini. En Angleterre, la mode s’adapte doucement mais sûrement aux besoins des femmes musulmanes. Les burkinis sont d’ailleurs en vente dans plusieurs enseignes de prêt-à-porter, tel que Marks & Spencer. La Britannique Mariah Idrissi était d’ailleurs la première musulmane à se lancer en tant que mannequin voilée dans une campagne publicitaire pour H&M.

 

De nos correspondants Mathieu de Taillac en Espagne, Cyril Sauvageot en Allemagne, Frédérique Prabonnaud au Maroc et Marina Daras en Angleterre. Page éditée par Cécile Mimaut.

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