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Navalny, premier opposant à Poutine, condamné à cinq ans de camp

Reconnu coupable de détournement de fonds, il se dit victime d'un procès politique.

Article rédigé par franceinfo avec AFP
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L'opposant russe Alexeï Navalny (G) au tribunal de Kirov (Russie) lors de l'annonce de son jugement, le 18 juillet 2013. (VASILY MAXIMOV / AFP)

L'un des principaux opposants à Vladimir Poutine définitivement écarté ? Alexeï Navalny, 37 ans, a été condamné, jeudi 18 juillet à Kirov (Russie), à cinq ans de camp pour détournement de fonds. Il a été directement menotté et embarqué par la police à l'issue de son procès. Ses avocats ont promis qu'ils allaient faire appel de ce jugement. Si sa peine est confirmée en appel, l'opposant, qui ne cachait pas ses ambitions politiques, deviendra inéligible. L'opposition prévoit de manifester jeudi soir.

Navalny était accusé d'avoir organisé en 2009 le détournement de 16 millions de roubles (377 000 euros) au détriment d'une exploitation forestière de Kirov, à l'époque où il travaillait pour le gouverneur de la région. Il a toujours démenti ces accusations, assurant qu'il était victime d'une "vengeance politique" du Kremlin. En effet, Alexeï Navalny est réputé pour être un blogueur anticorruption, figure de proue du mouvement de contestation de 2011 contre le régime. Francetv info détaille les conséquences et les enjeux de cette décision de justice.

Le juge s'explique

"Après avoir examiné l'affaire, le tribunal a établi que Navalny avait organisé une activité criminelle et le détournement de biens sur une échelle particulièrement étendue", a déclaré le juge Sergueï Blinov. Il a mis en avant la "gravité du crime" et le "danger qu'il représente pour la société".

Le magistrat a expliqué qu'il n'existait pas de circonstances atténuantes de nature à prononcer une condamnation avec sursis et qu'Alexeï Navalny ne pouvait être "puni" sans être mis à l'écart de la société.

Navalny dénonce une justice aux ordres du Kremlin

L'opposant n'a pas ménagé ses critiques. Selon lui, le président russe a "donné personnellement des instructions aux enquêteurs". "Il n'y aura pas de belle scène d'acquittement", a-t-il réagi sur son compte Twitter (en russe).

L'opposant russe Alexeï Navalny au tribunal de Kirov (Russie), le 18 juillet 2013. (SERGEI KARPUKHIN / REUTERS)

D'après Navalny, jugé depuis le 17 avril, il s'agit d'une "vengeance politique" du Kremlin après ses révélations sur la corruption, ainsi que pour la campagne qu'il a menée contre la réélection de Vladimir Poutine en 2012. En effet, cette condamnation peut étonner puisque "sur trente-cinq témoins de l'accusation, trente-trois avaient témoigné pour l'opposant", remarque Le Monde.

De son côté, le Kremlin dément que les tribunaux soient manipulés à des fins politiques par Vladimir Poutine. Son porte-parole, Dmitri Peskov, n'a pas commenté la décision du tribunal de Kirov.

Une carrière politique en sursis

Mercredi, Alexeï Navalny a été officiellement enregistré comme candidat aux élections municipales de Moscou, qui auront lieu le 8 septembre. Mais sa condamnation à cinq ans de camp le rend d'office inéligible. "Ils m'écartent de l'élection parce qu'ils ont peur", prédisait-il mercredi dans une interview au quotidien Moskovski Komsomolets. L'opposant a aussi annoncé son intention de briguer la présidentielle de 2018.

Pour l'ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine, proche de longue date de Vladimir Poutine, le Kremlin est derrière cette décision. "La condamnation de Navalny ressemble moins à une punition qu'à une tentative de l'isoler de la société et du processus électoral", écrit-il sur Twitter.

L'Europe et les Etats-Unis condamnent le jugement

"Les accusations retenues contre [Navalny] n'ont pas été étayées par des preuves lors du procès", a déclaré un porte-parole de la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton. La France a fait part de sa "préoccupation", le Royaume-Uni a déploré une justice "sélective". Berlin juge la sentence "disproportionnée".

De son côté, l'ambassadeur américain à Moscou, Michael McFaul, a écrit sur Twitter (en anglais) : "Nous sommes profondément déçus par la condamnation de Navalny et la motivation apparemment politique de son procès."

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