L'Allemagne loge des demandeurs d'asile à Dachau

En Allemagne, les autorités font face à un afflux de réfugiés sans précédent depuis plusieurs semaines. Et le pays se trouve confronté à des difficultés pour les héberger. Le problème des lieux d’accueil n’est pas nouveau en Allemagne. Pour remédier au problème, une annexe de l’ancien camp de concentration de Dachau, près de Munich, en Bavière, a été reconvertie en centre d’hébergement.

(L'entrée du jardin aromatique du camp de Dachau © Radio France / Sébastien Baer)

Du grand jardin où travaillaient les prisonniers, il reste les squelettes métalliques de plusieurs serres. A côté, de vastes bâtiments jaunes ont été découpés en appartements. Des sans-abri sont hébergés là depuis plusieurs mois. Mais Mohamed, un Irakien, vient d’arriver. Il occupe une chambre du rez-de-chaussée, avec ses parents et ses deux frères. "Ces maisons, là, ce sont celles où habitaient les travailleurs qui faisaient du jardinage pour Hitler. Et de l’autre côté, il y avait le potager. Certains ont été tués quand ils ne faisaient pas du bon travail.  Hier, on a visité le camp, et j’ai vu des photos de ces maisons. Rien  n’a changé. Les murs, les façades sont les mêmes qu’à l’époque d’Hitler. Ils ont changé seulement la porte et la serrure. "

L'Allemagne loge des demandeurs d'asile à Dachau - reportage Sébastien Baer
--'--
--'--
(Mohamed, Irakien de 15 ans, devant l'un des bâtiments du jardin aromatique. Derrière lui, les fenêtres de la chambre qu'il occupe avec sa famille © RF/SB)

A l’entrée du jardin, une plaque rappelle que parmi les 1.500 prisonniers affectés au jardinage, des centaines sont morts de faim, de froid ou de tortures. Mais l’histoire chargée du lieu ne dérange pas Ashkan. Cet Afghan de 22 ans est arrivé il y a un mois. Il s’est réfugié en Allemagne après l’exécution de son père, par les Talibans. "Je ne trouvais pas de logement, ici c’est difficile ; il faut travailler, gagner beaucoup d’argent, sinon ça ne va pas. De toute façon, j’avais besoin d’un toit, peu importe l’endroit, tant que ce n’est pas dans la rue ou sous un pont. Ici, il y a tout ce qui faut : une cuisine, de l’électricité, des toilettes, ça vient d’être rénové. Et puis, tout ça, c’est du passé, je n’y pense pas. "

(Les bâtiments qui jouxtent le jardin aromatique et qui ont été transformés en lieu d'accueil © Radio France/Sébastien Baer)

A 100 mètres du jardin aromatique, un quartier résidentiel, et juste à côté une aire de jeux. Simon, qui habite là avec sa femme et sa fille, s’étonne du choix qui a été fait car, dit-il, ces bâtiments n’ont pas vocation à être habités. "Je ne trouve pas ça bien, parce que c’est un lieu historique où des choses graves se sont passées. Et accueillir ici des réfugiés, ce n’est pas terrible.  Ç a doit rester un mémorial, tel qu’il est ;  un endroit où chacun peut venir se recueillir. "

Miradors et barbelés

Les miradors ne sont pas très loin, juste de l’autre côté de la route, ils surmontent le mur et les fils barbelés de l’ancien camp. A l’intérieur, les touristes visitent le musée, les baraques où s’entassaient les prisonniers, le crématorium. Mais la plupart ne s’aventurent pas jusqu’au jardin aromatique. Christl, 73 ans, venue de Wolfsbourg, au nord de l’Allemagne, ignorait même son existence. Mais elle ne trouve rien à redire à sa reconversion. "Pour moi, ce n’est pas un crime ou une trahison à l’égard de ceux qui sont morts là-bas. On ne doit certainement pas oublier mais ça appartient maintenant au passé. En ce moment, on a besoin de lieux d’accueil. C’est encore plus important de venir en aide à ceux qui en ont besoin aujourd’hui. Je trouverais ça beaucoup plus grave si on rejetait ces gens. "

(L'entrée du camp de concentration de Dachau, en Bavière © RF/SB)

Afflux de réfugiés

Le train de Munich s’arrête trois fois par heure à la gare de Dachau. Le trajet dure 26 minutes. Et ces dernières semaines, plusieurs dizaines de réfugiés en provenance de la capitale bavaroise sont arrivés à Dachau. Quasiment tous ou presque ont été logés dans des foyers. Mais la situation devient très tendue, prévient Michael. Il travaille pour Caritas, une association caritative. "Il y a deux semaines, 140 réfugiés sont arrivés ! Et on doit se débrouiller, avec peu de moyens, pour les loger. On n’a plus de places disponibles. C’est un défi. Dans le camp de concentration, il y a une église. Elle aussi a  fait partie du camp, mais ça ne dérange personne d’y aller. On vit avec. A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle ."

La directrice du mémorial de Dachau s’est inquiétée, elle aussi, de voir quelle reconversion avait été faite du jardin aromatique. Interrogée par une radio Deutschlandradio Kultur, Gabrielle Hammermann explique qu’elle a d’autres projets pour le site. "A notre avis, il devrait y avoir, d’un côté, une exposition historique et d’un autre côté, un centre de formation continue. Nous ne trouvons pas que c’est une belle marque d’accueil que de recevoir des gens dans ces conditions. C’est pour cette raison là, que nous trouvons que ce n’est pas une très bonne idée. "

L’hébergement d’urgence dans d’anciens camps de concentration n’est pas nouveau. En janvier, 21 demandeurs d’asile ont été accueillis dans une annexe du camp de Buchenwald. Signe des difficultés de l’Allemagne à faire face à l’afflux de réfugiés.