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L'Allemagne fermera toutes ses centrales nucléaires d'ici 2022, a annoncé lundi le ministre de l'Environnement

La grande majorité des 17 réacteurs allemands ne sera plus en service d'ici fin 2021, et les trois derniers, les plus récents, fonctionneront jusqu'à fin 2022."Je pense que la méthode est à suivre. A.Merkel a pris le problème à bras-le-corps. Elle n'a pas pris une position comme si Fukushima n'existait pas", a affirmé Martine Aubry lundi soir.
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Des militants de Greenpeace manifestent contre le nucléaire au sommet de la porte de Brandebourg à Berlin le 29-11-3011 (AFP - ODD ANDERSEN)

La grande majorité des 17 réacteurs allemands ne sera plus en service d'ici fin 2021, et les trois derniers, les plus récents, fonctionneront jusqu'à fin 2022.

"Je pense que la méthode est à suivre. A.Merkel a pris le problème à bras-le-corps. Elle n'a pas pris une position comme si Fukushima n'existait pas", a affirmé Martine Aubry lundi soir.

La décision de renoncer au nucléaire a été prise dimanche soir entre les partis de la coalition au pouvoir: l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel, la CSU, son aile bavaroise, et les libéraux du FDP. Cette décision, qui intervient à la suite de l'accident de Fukushima en mars au Japon, marque un revirement complet. Malgré l'hostilité d'une grande partie de l'opinion allemande, la coalition avait opté fin 2010 pour une prolongation de 12 ans en moyenne de l'exploitation des réacteurs du pays.

Mais confrontée à la catastrophe de Fukushima en mars, Angela Merkel avait immédiatement arrêté les centrales les plus vieilles. Elle avait aussi lancé une réflexion sur l'abandon du nucléaire civil, qui doit aboutir à une décision formelle lors du conseil des ministres du 6 juin. "Plus tôt on sortira de l'énergie atomique, mieux ce sera", avait-elle même déclaré le 23 mars.

La décision de dimanche risque d'être vivement contestée par les grandes compagnies d'électricité RWE et ENBW, qui exploitent les 17 centrales atomiques allemandes, notamment en raison du maintien envisagé d'une taxe sur le combustible nucléaire. Selon une source politique proche du pouvoir à Berlin, citée par Reuters, les autorités fédérales pourraient renoncer à cette taxe si les exploitants acceptent cette sortie prématurée et renoncent à toute poursuite contre l'Etat.

Réactions en Europe
Le ministre suédois de l'Environnement, Andreas Carlgren, a critiqué la décision allemande. "L'Allemagne risque maintenant de se retrouver avec une politique très irrégulière", a déclaré le ministre, cité par l'agence TT. L'Allemagne "va probablement devoir augmenter ses importations d'énergie nucléaire depuis la France et il y a un risque qu'elle ne parvienne pas à mettre fin aussi rapidement à sa dépendance aux énergies fossiles, notamment l'énergie produite à partir du charbon", estime M. Carlgren.

La Suisse avait procédé à une décision du même ordre il y a quelques jours, décision qui doit désormais être vôtée par le parlement.

Réactions en France
La décision allemande relance de l'autre côté du Rhin, le débat sur les risques et les avantages économiques de cette source d'énergie.

-"Je pense que la méthode est à suivre. Mme Merkel a pris le problème à bras-le-corps. Elle n'a pas pris une position comme si Fukushima n'existait pas", a affirmé Martine Aubry lundi soir. "Les socialistes ont pris une décision commune de sortir de la dépendance du nucléaire et du pétrole et nous pensons qu'au lieu de faire comme le président, de faire comme si rien ne s'était passé, nous pensons qu'il faut discuter rapidement avec les experts, les scientifiques", a-t-elle affirmé.

-Auparavant, le premier ministre François Fillon avait affirmé "Cette décision (allemande), nous la respectons mais elle ne nous conduit pas à changer notre politique", a-t-il dit à Strasbourg. "Il n'y aujourd'hui aucune solution qui permette de respecter les engagements européens sans un recours important à l'industrie nucléaire", a-t-il ajouté.

-"Cela prouve que c'est tout à fait possible d'engager de manière résolue la sortie du nucléaire", a déclaré Cécile Duflot, la secrétaire nationale du parti. "C'est un exemple et j'espère que c'est ce qui se passera en Europe, et en tout cas en France, très bientôt", a-t-elle ajouté.

-La présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, a mis en doute la validité de la décision des partis allemands. "C'est une décision totalement politique puisqu'il n'y a jamais eu de référendum, ni appel à ce que pensait l'opinion publique même si, de manière générale, les sondages là-dessus montrent l'émotion des Allemands", a-t-elle dit. Par quoi les Allemands "vont-ils remplacer l'électricité nucléaire ? (...) Ils vont faire ce qu'ont fait en leur temps les Autrichiens, c'est-à-dire importer de l'électricité nucléaire venant des pays voisins".

Les différentes sources d'énergie Outre-Rhin

- NUCLEAIRE
Les 17 réacteurs théoriquement encore en activité représentent 22 % de la production d'électricité brute de l'Allemagne, qui est d'environ 620 terrawatt-heures (TWh), selon les derniers chiffres disponibles. Huit d'entre eux, qui ont produit l'an dernier un total de 42 TWh, soit 6,8 % du total, sont actuellement à l'arrêt et ne redémarreront pas, en réponse aux craintes massives de l'opinion à l'égard de cette énergie.

- CHARBON
Les centrales au charbon assurent 43 % de la production brute, 24 % pour le lignite et 19 % pour la houille. Les producteurs allemands travaillent en permanence à l'amélioration de cette technologie, pour minimiser les émissions de dioxyde de carbone.
Ils prévoient tous la construction de nouvelles centrales dans les années à venir, mais un recours accru au charbon compliquera la tâche pour atteindre les objectifs ambitieux de réduction d'émission de gaz à effet de serre. En outre, la résistance de la population à la construction de nouvelles centrales est forte localement. Signe qu'il continue à miser sur le charbon, le gouvernement a adopté récemment un projet de loi sur le stockage de carbone.

- ENERGIES RENOUVELABLES
L'Allemagne a beaucoup subventionné les renouvelables, qui représentent maintenant 18 % de la production électrique. L'éolien domine (6 %), suivi par la biomasse (4,6 %) et l'eau (4,2 %). Le pays mise dorénavant beaucoup sur l'éolien offshore. Une dépendance accrue aux renouvelables, dont la production est très décentralisée, implique d'étoffer le réseau électrique pour acheminer le courant, ce qui a un coût élevé et se heurte dans beaucoup d'endroits à l'opposition des riverains.

- GAZ NATUREL
La part du gaz dans la production énergétique est de 14 %. L'Allemagne ne produit pas de gaz naturel et doit donc l'importer. La Russie est son plus gros fournisseur, pour environ un tiers du gaz consommé. Cela la met à la merci d'une part de fluctuations importantes du prix, d'autre part de conflits géopolitiques qui perturbent les livraisons.


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