Ginette Kolinka : "Je me faisais la plus petite possible, tellement j'avais peur"

Le 27 janvier 1945, le camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne était libéré par l'Armée rouge. 70 ans après, il reste quelques dizaines de survivants parmi lesquels Ginette Kolinka. Elle avait 19 ans quand elle a été déportée avec sa famille. A près de 90 ans, elle est retournée sur place avec Pascal Delannoy et raconte ce qu'elle a vécu.

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Ginette Kolinka avait 19 ans quand elle a été déportée au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, près de Cracovie en Pologne. Elle était juive athée. Sa famille avait été dénoncée alors qu'elle était réfugiée à Avignon. A leur arrivée en avril 1944, son père qui avait 61 ans et son petit frère de 12 ans ont été immédiatement envoyés vers la chambre à gaz. Quand l'Armée rouge a libéré le camp le 27 janvier 1945, il ne restait que 8.000 déportés sur les 1,6 million de personnes envoyées à Auschwitz-Birkenau. Ginette Kolinka sera transferée peu avant vers un autre camp dans ce que l'on a appelé les "Marches de la mort". ​En tout, 75.000 juifs français ont  été déportés vers des camps d'extermination, 2.500 seulement sont revenus en 1945.

70 ans après la libération, Ginette Kolinka, matricule 78599, est retournée sur place avec Pascal Delannoy et Jean-Luc Grzeskowiak de France Info. A près de 90 ans, elle fait partie des quelques dizaines de survivants encore en vie. Elle raconte son arrivée dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, la séparation d'avec son père et son petit frère et sa découverte des fours crématoires qu'elle prend alors pour des usines. Elle explique ne pas y avoir cru au départ. Ginette Kolinka pense d'ailleurs que "si quelqu'un vient ici tout seul sans personne qui lui explique comment c'était, et bien il peut se dire 'ces juifs, ils racontent des blagues, ils veulent toujours se faire plaindre'" .

"Je me faisais le plus petit possible, tellement j'avais peur qu'on me repère"

Elle raconte "l'enfer " qu'elle a vécu, le travail dans le camp à faire des routes, qu'elle "se faisait le plus petit possible, tellement j'avais peur qu'on me repère, qu'on me cogne. Mon cerveau était vide, vide, vide, vide. Il n'était pas capable de réflechir, pas capable de penser ." "La sélection était là sur nos têtes tout le temps, nuit et jour on pouvait venir nous chercher ." Les Allemands "considéraient que si on avait quoi que ce soit, on n'était pas capables de travailler. Et on ne nourrit pas des gens qui sont pas capables de travailler, alors c'est la chambre à gaz ".

Que va ou doit devenir d'Auschwitz-Birkenau ? Ginette Kolinka estime que "pour l'instant, il y a encore quelques déportés, il y a encore les enfants cachés qui peuvent parler, il y a aussi les enfants de prisonniers de guerre qui ont été épargnés, cela peuvent encore parler quand nous ne serons plus là, mais après ?". "Il y aura les guides que l'on a formés mais après, quand ces guides qui nous ont entendus et qui répètent ce que l'on a dit ne seront plus là non plus, qu'est-ce que ça deviendra. Je ne sais pas ? Je ne sais pas, je ne sais pas ", conclut-elle.