Loi sur la négation du génocide arménien : les deux camps mettent la pression

Manifestations, menaces de sanction, lettres ouvertes : tous les moyens sont bons pour mettre sous pression les sénateurs, qui vont examiner la loi lundi.

Des officiers ottomans posent devant des Arméniens pendus en place publique à Alep (Syrie), en 1915.
Des officiers ottomans posent devant des Arméniens pendus en place publique à Alep (Syrie), en 1915. (AFP)

Des Turcs et des Arméniens vivant en France ont publié samedi 21 janvier dans la presse deux lettres ouvertes en vue du vote sur la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien, lundi au Sénat. Les Turcs demandent aux sénateurs de rejeter le texte. Les Arméniens, eux, de l'adopter. Ce génocide, reconnu par la France, a provoqué la mort de plus d'un million d'Arméniens en 1915 et 1916.

Le Comité de coordination des associations franco-turques de France, qui affirme représenter plus de 600 000 Franco-turcs, estime dans une lettre publiée dans le quotidien Libération (classée comme "publicité") "qu'il est immoral d'instrumentaliser une tragédie historique à des fins politiques". Il appelle "les sénateurs à privilégier la défense des valeurs républicaines de tolérance et de fraternité à l'exaltation d'une émotion communautariste basée sur la haine et le repli sur soi".

Un texte rejeté en commission

En parallèle, le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France a publié dans Le Monde un appel au "respect pour les victimes du génocide arménien (...) Nous encourageons le président de la République, le gouvernement ainsi que les principaux partis, de gauche comme de droite, qui ont soutenu l'adoption de cette loi à confirmer leur geste en permettant sa ratification par le Sénat dans la législature actuelle". L'appel est soutenu par des intellectuels, politiques, artistes et célébrités françaises.

La commission des lois du Sénat a rejeté mercredi ce texte, exprimant les fortes réticences d'une partie des sénateurs. Elle a voté une motion d'irrecevabilité, jugeant le texte "contraire à la Constitution". Mais il devrait toutefois être voté lundi en séance, une majorité semblant se dessiner en sa faveur.

Manifestation devant le Sénat
Une manifestation contre la loi a rassemblé samedi 21 janvier devant les grilles du Palais du Luxembourg 15 000 personnes selon la police, 40 000 selon les organisateurs. On pouvait notamment lire sur les banderoles : "Halte aux lois électoralistes".

L'un des organisateurs explique : "Il se passe quelque chose de très grave. Les Arméniens font du lobby auprès des sénateurs. Il y a une épée de Damoclès sur la tête des sénateurs qui veulent s'abstenir ou se prononcer contre cette loi."

La Turquie menace de sanctions
Le ministre des Affaires Etrangères du pays menace sur France 24 : "Ne croyez pas que la Turquie restera silencieuse. Il y aura de nouvelles sanctions, et cette fois, les sanctions seront permanentes, jusqu'à ce que la France change sa position. Il est temps pour les intellectuels français, pour les sénateurs français de défendre nos valeurs communes, la liberté d'expression. Ce sont des valeurs européennes, des valeurs françaises."