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Euro 2016 : quand le foot raconte l'immigration

Le foot raconte l’histoire coloniale des nations mais aussi les migrations récentes et l’attraction économique des pays les plus riches. S’il est toujours délicat de parler des origines des gens en général et des footballeurs en particulier, un site internet s’est lancé dans une étude sur l’ouverture au monde des équipes participant à l’Euro de foot.
Article rédigé par Pierre Magnan
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min

1998 avait célébré une France Black-Blanc-Beur rêvée…Depuis toujours le football est un moyen d'intégration. Dans l'équipe de France, on se souvient de Platini (fils d'Italien), de Kopa (grands-parents nés en Pologne) ou plus près de nous de Zidane (parents algériens).


L’Euro 2016  regroupe 24 pays européens. Et tous ces pays, à des degrés divers, affichent des équipes ouvertes sur le monde. Pour preuve, dix joueurs de cet euro sont nés en Afrique, selon Slate Afrique.

Jeune Afrique comptabilise, lui, quelque 35 joueurs originaires d'Afrique. «Ils ont pourtant choisi de jouer pour leur pays d’adoption – ou de naissance. Français, Belges, Portugais, Anglais, Suisses, Tchèques.», écrit le journal qui donne leurs noms, leurs équipes et leurs origines nationales.

Les ex-puissances coloniales 
Chaque pays européen a son histoire. Les pays, comme la France, ayant eu un empire ont bien sûr plus de probalité de compter dans son équipe nationale des joueurs ayant une ascendance venant de ses ex-colonies. La Belgique qui possédait le Congo compte ainsi parmi ses joueurs six originaires de ce pays, comme le «Marseillais» Batshuayi. Même phénomène pour le Portugal, dont l'origine de quelques joueurs dessine l'ancien empire portugais : Pepe (Brésil), Carvalho (Angola) ou Nani (Cap Vert).
 


Les nouveaux pays d'immigration
Même des pays ayant un passé colonial très limité, comme l'Allemagne, mais économiquement attractifs et devenus pays d'immigration peuvent aussi compter beaucoup de footballeurs ayant des origines étrangères. En quelques années, l'Allemagne a fait de la Manschaft une équipe très «internationalisée» au point que la politique s'est emparée du phénomène. Un membre de l'extrême droite s'en est même pris à un joueur. Alexander Gauland, vice-président du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), a affirmé que les gens «ne veulent pas avoir Boateng comme voisin» provoquant une vague de réactions, au sein même de son parti.


Ce type de polémiques ne touche pas que l'Allemagne. L'équipe suisse, qui compte quelque 14 joueurs aux ascendances étrangères a aussi connu des débats houleux. Le joueur d'origine kosovare Valon Behrami a même dü affirmer : «la Suisse est un pays qui donne leur chance aux gens issus de l'immigration. Il faut arrêter de parler de joueurs "kosovars-suisses" ou "suisses-suisses". Cela ne mène nulle part. Nous sommes des Suisses qui jouons pour la Suisse.». 

Dans cet Euro, un tiers des joueurs auraient pu représenter un autre pays, affirme l'enquête portant sur les 552 joueurs du tournoi. Cas symbolique, deux frères vont peut être jouer l'un contre l'autre. Ainsi, Taulant Xhaka pourrait jouer dans l'équipe albanaise contre son frère Granit Xhaka de l'équipe suisse.

En Italie, la double nationalité de Thiago Motta sert à attaquer le joueur du PSG. Joueur brésilien naturalisé italien, il est souvent attaqué sur la qualité de son jeu. Et certains estiment qu'il ne devrait pas porter le numéro 10...réservé, selon ces attaques, à de grands joueurs italiens...


Europe de l'Ouest et Europe de l'Est
Le site netbet donne un classement des pays les plus «ouverts» : France et Suisse arrivent en tête, mais pour des raisons totalement différentes. Le site montre, en revanche, que les équipes d'Europe de l'Est sont les moins susceptibles de compter des footballeurs venant d'autres pays ou régions du monde.

La Roumanie, par exemple, ne compte aucun joueur ayant des racines lointaines. Il est vrai que le pays est plus connu pour son émigration que pour son immigration (en tout cas récemment, puisque son président a de très lointaines origines allemandes).

Le classement donné par le site est certes sujet à caution puisqu’il est toujours difficile de définir les origines de quelqu’un (à quel niveau de parenté…) et qu’en plus le site considère des joueurs venant de Guadeloupe ou de la Réunion comme venant de l’étranger…ou comptabilise des joueurs venus d'Angleterre pour rejoindre l'équipe d'Irlande du Nord... deux pays du Royaume Uni. 

Il n'en reste pas moins que les données enregistrées par cette étude (voir la carte cliquable ci-dessous) montrent une Europe ouverte sur le monde et un football à l'image de la société.

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