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COP21 : les futurs ajustements politiques se décident déjà

Quelles sont les concessions politiques que les Etats seront prêts à faire pour obtenir un accord mondial à la fin de la COP21 en décembre 2015 à Paris? La présidence française tente déjà de trouver des points de convergence avant le début des négociations.
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France Télévisions
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Laurent Fabius (à gauche), futur président de la COP21 et son prédécesseur Manuel Pulgar Vidal (président de la COP20), à l'ouverture de la Pré-COP le 8 novembre 2015 à Paris.  (FG/Géopolis)

«Tout doit être fait pour un succès à Paris», lançait le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, futur président de la COP21 (la 21e Conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), à l’occasion de l'ouverture de la Pré-COP, le 8 novembre 2015, qui réunit les ministres et les chefs de délégation des Etats-parties. Avec quelque 70 participants, dont une soixantaine de ministres, c'est «la plus vaste» Pré-COP qui ait été jamais organisée et «la dernière ligne droite d'un marathon diplomatique», assure Laurent Fabius.  

Pré-COP : «la dernière ligne droite d'un marathon diplomatique»
Les experts sont unanimes et ne cessent de le marteler: l'avenir de la planète se jouera à Paris. Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), enfonce le clou. «C'est l'ultime opportunité que nous ayons d'aboutir à un accord qui soit encore soutenable. Nous pourrions conclure un accord dans les années qui viennent, mais il sera impossible d'en supporter le coût humain et économique». 

Face au risque du dérèglement climatique, «il n’y a pas de plan B puisque pas de planète B. Il faut donc réussir. C’est la volonté de tous mes collègues et pour cela, il faut beaucoup travailler et régler encore un certain nombre de sujets», insiste Laurent Fabius. En somme, ces négociations informelles visent à «trouver le chemin du compromis sur le plus grand nombre possible de sujets» relatifs, entre autres, aux ambitions de l’accord, son équité, les actions à mener d’ici 2020 et les financements à mobiliser après cette date.  
Séance plénière de la Pré-COP à Paris le 8 novembre 2015 (FG/Géopolis)

«Nous devons parvenir à un accord global, un objectif qui est assez ambitieux en soi», souligne Michel Rentenaar, le négociateur des Pays-Bas. «Il s’agit de trouver le bon équilibre entre atténuation - réduction des émissions de CO2 -  et l’attention qui doit être portée à ceux qui souffrent déjà des effets du changement climatique, en l'occurence l’adaptation».

La politique aura le dernier mot
Le texte de Bonn, préparé en amont par les nécociateurs, servira de base de travail pour les pourparlers pendant la première semaine de la COP21. Il offre plusieurs alternatives. «Il nous faut donc, à notre niveau, trancher ou, en tout cas, proposer de trancher entre les grandes options disponibles», explique Laurent Fabius. «Si cette Pré-COP nous permet de confier aux négociateurs, sur un nombre suffisant de sujets, un mandat clair, ambitieux, ouvert au compromis; alors elle aura rempli son rôle».

Au terme de la première semaine de la COP21 en décembre 2015, un projet d’accord sera remis à la présidence française. Il reviendra alors aux chefs de délégation de «boucler» la négociation pendant la deuxième semaine. Pour le ministre français des Affaires étrangères, la pré-COP est une «espèce de répétition générale» car elle doit «préparer les (ministres) à prendre les commandes» du deuxième volet des négociations de Paris. 

La question de l’équité et de la mobilisation des financements constituent des questions sensibles. «Les pays en développement souhaitent, à juste titre, que les responsabilités passées, les capacités présentes de chaque pays continuent à pouvoir être prises en considération lorsqu’on a examiné leurs engagements en matière d’atténuation, par exemple. Les pays développés plaident pour une meilleure prise en compte des circonstances nationales, au-delà de l’appartenance des pays à telle ou telle catégorie. C’est la question (…) de la différenciation qui traverse beaucoup de sujets», résume Laurent Fabius. 

La ministre angolaise de l'Environnement Maria de Fatima Monteiro Jardim lors de la Pré-COP le 8 novembre 2015, à Paris (France). (FG/Géopolis)

L'épineuse question pécuniaire
Sur la question des financements, «jusqu’en 2020, nous avons déjà pas mal avancé», poursuit le chef de la diplomatie française. Après cette date, les positions sont plus floues. Les pays africains reprochent d'ailleurs aux pays riches de ne pas prendre d'engagements. Les participants à la pré-COP sont ainsi appelés à se prononcer sur «les financements pour le climat au-delà de 2020», la participation des pays émergents à cet effort, «la part affectée à l’adaptation ou encore la transparence et la prévisibilité des fonds».

Les pays en voie de développement insistent sur le fait qu'ils ont besoin le plus tôt possible de ressources pour faire face au changement climatique. «Dans tous les pays, nous avons des projets relatifs à la sécheresse, à amélioration de la qualité de l’eau, des projets dont l’objet est de lutter contre les endémies, d’aider à l’adaptation des plus pauvres (…), souligne Maria de Fatima Monteiro Jardim, ministre angolaise de l’Environnement. En Angola, nous avons besoin d’un appui immédiat pour nos projets. Il faut que les ressources financières soient disponibles après décembre.»


8 novembre 2015. Au premier plan, Christiana Figueres (à droite), secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), et Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, lors de la visite du chantier du site de la COP21 au Bourget (région parisienne).  (FG/Géopolis)


En chantier
Le succès des négociations de Paris passe aussi par l’organisation matérielle. Sur ce tableau, la France a des raisons d'être rassurée. «Les participants seront sous pression du fait du travail colossal qui doit être fait. Cela aide d'évoluer dans un environnement, qui n’a pas besoin d’être luxueux mais qui est sûr, confortable et qui offre une atmosphère apaisante» à des délégués «qui seront amenés à travailler de longues heures», a déclaré la sécrétaire éxécutive de la CCNUCC Christina Figueres lors de la visite du chantier de la COP21, situé au Bourget en région parisienne, le 8 novembre 2015. 

Le site sera livré par la France aux Nations unies 48h avant le début de la conférence. Sa construction et son futur fonctionnement répondent aux règles en vigueur en matière de développement durable. Ainsi la grande salle, qui accueillera les scéances plénières, a été fabriquée avec du bois français. Pour chaque arbre nécessaire à son édification, un autre a été réplanté. De même, les déchets produits lors de la COP21 seront «100% recyclés et valorisés». La manifestation sera in fine «neutre en carbone». La France s'est engagée à financer «un ou des projets» pour compenser  les émissions de CO2 qui n'auront pas pu être réduites.  


Grande salle plénière de la COP 21, en chantier le 8 novembre 2015, sur le site du Bourget, en région parisienne.  (FG/Géopolis)

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