Ces soldats étrangers des troupes nazies toujours payés par l'Allemagne

A l'heure où l'Allemagne juge Reinhold Hanning, un des derniers gardiens du camp d'extermination d'Auschwitz, certains comptes ne sont toujours pas soldés. C'est l'occasion de rappeler que des Espagnols, et aussi des Belges, perçoivent des pensions allemandes, pas en tant que victimes, mais comme anciens soldats des forces du IIIe Reich. Qui plus est, mieux indemnisés que les victimes.

Barcelone (Espagne), le 9 septembre 2015. Projection d\'images sur une façade, commémorant la guerre civile espagnole.  
Barcelone (Espagne), le 9 septembre 2015. Projection d'images sur une façade, commémorant la guerre civile espagnole.   (REUTERS/Gustau Nacarino)

L'Allemagne juge Reinhold Hanning, aujourd'hui âgé de 94 ans. Cet homme est l'un des derniers acteurs de l'Allemagne nazie encore en vie, identifié et arrêté. Detmold, ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a traduit en justice cet ancien nazi en présence de parties civiles venues des Etats-Unis, d'Israël et de Hongrie. 

Une des dernières occasions de regarder en face ce passé. Dernière? Pas si sûr... Plusieurs milliers d'étrangers émargent encore au budget allemand, comme bénéficiaires d'une pension rétribuant d'anciens soldats nazis.

En 1961, l'ancien dictateur espagnol Franco a négocié avec le chancelier Konrad Adenauer que les Espagnols de la division Azul touchent une pension. La Spanische Freiwilligendivision, alias División Española de Voluntarios, plus communément appelée Division Azul (division bleue, référence à la couleur de leur chemise d'uniforme), a compté jusqu'à 47.000 volontaires espagnols auprès des troupes allemandes. Ils s'étaient particulièrement illustrés sur le front de l'Est. Dans le même temps, l'accord stipulait que l'Espagne, elle, indemnisait les veuves des pilotes de la Légion Condor, unité de la Luftwaffe (l'aviation allemande), qui avait bombardé les Républicains durant la guerre civile espagnole de 1936 à 1939.

A l'heure actuelle, 50 Espagnols, anciens combattants (41), veuves (8) ou orphelin (1), bénéficiaient encore fin 2015 d'une pension versée par l'Allemagne, pour un total de 107.352 euros par an, selon el Periodico Internacional

Madrid (Espagne), mai 1942. Accueil triomphal de membres de la Division Azul, de retour du front.  
Madrid (Espagne), mai 1942. Accueil triomphal de membres de la Division Azul, de retour du front.   (Photo: Berliner Verlag / Archive)

En 2012, le quotidien flamand De Morgen révélait que près de 2500 collaborateurs belges, ou leurs veuves, touchaient une pension des Allemands pour services rendus à l'Allemagne nazie. Et c'est au tour de la Belgique de se pencher sur cet aspect de son passé. C'est à la faveur d'une réforme de la fiscalité allemande qu'un chercheur s'est intéressé aux bénéficiaires de pensions de l'Etat allemand. Il est apparu qu'en plus des 13.500 pensions versées au titre du dédommagement des victimes de l'Allemagne nazie, déportés, travailleurs forcés, veuves, le pays indemnisait aussi des collaborateurs actifs et volontaires.

1944. Hitler remercie le Belge Léon Degrelle. Après avoir été un leader d\'extrême-droite, il avait rallié l\'armée nazie, la Waffen SS, où il a commandé le contingent belge.
1944. Hitler remercie le Belge Léon Degrelle. Après avoir été un leader d'extrême-droite, il avait rallié l'armée nazie, la Waffen SS, où il a commandé le contingent belge. (AFP/BELGA PHOTO)

Ces révélations ont aussi mis en lumière ce constat ahurissant : la pension de 425 à 1275 euros par mois pour les complices se révèle plus généreuse que celle de 50 euros pour les travailleurs forcés.

Rappelons enfin que le gouvernement allemand refuse obstinément de solder la facture des dédommagements que l'Allemagne doit à la Grèce en réparation des dévastations de l’occupation entre 1941 et 1944. La Grèce n'a touché que la soixantième partie (soit 1,67%) de ce que lui doit l'Allemagne.