13h15, France 2

VIDEO. "Mourir le 11 novembre, c'était mourir deux fois" : la date du 10 est inscrite sur les sépultures et monuments aux morts

"La fin de la guerre, oui mon vieux, c'est pour aujourd'hui…" La rumeur a couru tôt le matin du 11 novembre 1918 sur le dernier champ de bataille, à Vrigne-Meuse, dans les Ardennes. Des soldats vont tomber au combat à quelques minutes du clairon sonnant le cessez-le-feu…  Extrait du magazine "13h15 le samedi" du 10 novembre 2018.

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Le 10 novembre 1918, la nuit arrive tôt à Vrigne-Meuse, dans les Ardennes. Et le froid avec. Ce jour-là, les positions se stabilisent après trois contre-attaques. Pourtant, les balles sifflent. Dans la nuit glacée, une avalanche d'obus de tous calibres. Les hommes se sont regroupés à deux ou trois par trou. Peut-être que ceux qui ne dorment pas pensent que c'est leur dernière nuit.

A l'est, si les Français tiennent encore la gare de la ville, les Allemands sont dans les rues. Un soldat parti chercher du renfort s'étale dans le noir sur la voie ferrée. Il raconte : "Les balles se sont mises à ricocher sur les rails à quelques centimètres de ma tête. Elles jetaient une longue traînée de feu." Une rumeur folle court le champ de bataille quand le jour se lève…

"Eviter un chagrin supplémentaire aux parents"

"La fin de la guerre, oui mon vieux, c'est pour aujourd'hui…" Pourtant, le billet que l'agent de liaison apporte à sept heures est clair : "Tenez-vous prêts. On reprend les positions et on repart à l'attaque." Le téléphone confirme cependant ce qui se disait : à Rethondes, les Allemands ont signé sans condition à cinq heures trente-six. La nouvelle parvient trois heures plus tard et le message en mettra deux de plus, et de main en main pour parvenir en première ligne.

Pour respecter à la lettre le délai donné aux Allemands, les combats prennent fin à onze heures, soixante minutes plus tard. Ils seront un certain nombre à tomber pendant ce "supplément de guerre". Dans le cimetière de Vrigne, les tombes indiquent toutes le 10 novembre, y compris celle du dernier poilu mort au front, quelques minutes avant le cessez-le-feu : "Mourir le 11 novembre, c'était mourir deux fois, explique Alain, une des mémoires du lieu. Pour éviter un chagrin supplémentaire aux parents, on a préféré les considérer tous comme morts le 10 novembre."

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